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Lavez-vous les pieds les uns les autres Jean 13,1-15

Traditionnellement, dans la pensée protestante, le sacrement doit avoir une origine biblique et correspondre à une demande du Christ de répéter le geste. Le lavement des pieds entre tout à fait dans cette définition !

  Par ce récit inattendu, l’évangéliste Jean a voulu se démarquer de cette tradition de la Cène rapportée par les trois synoptiques et par Paul, puisque son repas d’avant la Pâque ne comporte pas les fameuses paroles du Christ : « Prenez et mangez, ceci est mon corps… » Résumons le début : « Jésus savait que son heure était venue et il aima les siens jusqu’au bout. » On peut traduire aussi : jusqu’à l’extrême. L’arrière-plan est donc à la fois la mort imminente de Jésus et cet amour des hommes qu’il veut concrétiser une dernière fois en frappant les esprits : il se lève de table pour laver les pieds de ses disciples. Geste incongru, complètement inattendu parce que ce n’est pas le moment, en plein milieu du repas, et parce ce n’est pas à lui de l’accomplir.

  En ce temps-là, on marchait dehors avec des sandales et on rapportait avec ses pieds toute la poussière de la ville. Le dernier des esclaves était préposé à laver les pieds du maître lorsqu’il rentrait chez lui. C’était un acte de soumission, mais aussi d’amour. Et lors d’une réception, le dernier des esclaves lavait les pieds des invités à l’entrée de la maison.

  L’évangéliste Jean, en remplaçant les phrases : « Prenez, mangez, ceci est mon corps » etc. par cette scène du lavement des pieds, réoriente le sens de cette cène dans plusieurs directions.

  En premier lieu, enlever toute ambigüité concernant cette idée de boire le sang du Christ et de manger sa chair. L’image est belle, bien répandue dans l’Antiquité : selon les mythes grecs, manger la chair d’une personne permettait de s’approprier sa puissance et sa sagesse. Le risque était donc grand de prendre l’idée au sens littéral. Et les interprétations superstitieuses faisant intervenir des phénomènes surnaturels consistant à manger vraiment le corps du Christ couraient déjà en cette fin du premier siècle. Au contraire, dans le lavement des pieds, il n’y a rien de magique, rien qui soit difficile à admettre pour la raison. Tout est immédiatement compréhensible pour les participants au repas.

  Dans les deux récits de la Cène, celui des synoptiques et celui de Jean, il est question de corps. Mais ici Jésus n’offre pas son corps à manger. Il s’occupe du corps des autres, pour les soulager, leur ôter la fatigue du jour. Non pas mon corps, mais celui de l’autre. Jean remplace un geste de vénération et d’absorption du Christ, par un geste au service des hommes, d’amour jusqu’à l’extrême. Jésus se donne, mais en prenant soin de ses amis.

  Il commence par se dépouiller de ses vêtements, comme sur la croix les soldats romains le dépouilleront de ses vêtements. Nous sommes donc dans l’annonce du dépouillement final. Quitter ses vêtements, c’est perdre sa personnalité, sa dignité. Jésus est presque nu comme le montre les trop nombreux tableaux de crucifixion ; nu de tout ce qui le protège, de tout ce qui est encore à lui.

   Cet acte de grande humilité de Jésus qui se met à la place du dernier des serviteurs, est l’image qu’il veut laisser à ses disciples avant de mourir, avant de remonter vers le Père. L’élévation vers le monde divin passe par un abaissement jusqu’aux pieds de tous ses frères les hommes. Pour monter jusqu’à Dieu, il faut partir de tout en bas !

  Ce lavement des pieds rappelle à chaque disciple que son rôle est de servir et que l’aspiration à rejoindre Dieu passe par l’humble souci des hommes, par un renversement des tendances naturelles, consistant à ce que chacun se considère comme serviteur de ses semblables.

  L’enseignement de Jésus n’est pas purement verbal. Il est accompagné de son engagement. Je vous recommande, mais je le fais aussi. Vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns les autres.

  Jésus, serviteur de l’extrême, aimant jusqu’au bout, s’abaissant jusqu’aux pieds de ses amis. Voila le souvenir que veut laisser Jésus avant de reprendre sa marche vers les hauteurs du Père.

  Ce que je fais pour vous, faites-le vous aussi pour les autres.

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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