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La bombe ou la vie ?

Depuis 65 ans, la menace nucléaire terrorise le monde. Quelques grandes personnalités se sont élevées fermement contre cette arme : Schweitzer, Einstein, Théodore Monod… Mais, dans l’ensemble, le troupeau reste plutôt inerte et résigné !

“L’arme nucléaire, c’est la fin acceptée de l’humanité.

(Théodore Monod, entretien, août 1999)

Juillet 1943 : pendant une semaine, 2 700 bombardiers déversent 8 600 tonnes de bombes sur Hambourg, faisant « au moins » 40 000 morts. 6 août 1945 : un bombardier tout seul largue la première bombe atomique de l’histoire sur Hiroshima. Équivalente à 12 000 tonnes d’explosif classique, elle fait en quelques instants plus de 140 000 morts auxquels il faut ajouter autant de victimes qui ont succombé, des mois et des années plus tard, à des irradiations et contaminations radioactives effroyables.

  Le Royaume annoncé par Jésus peut-il laisser une place à la bombe atomique ? Pouvons-nous espérer un miracle divin pour supprimer la bombe atomique de notre monde ? La réponse est évidemment non !

  C’est bien à l’homme, et en particulier aux chrétiens, qu’incombe la responsabilité de la faire disparaître de la Terre. Écoutons Théodore Monod (Révérence à la vie, Grasset, 2000) : « Pourquoi ne pas tendre la main, donner ce que nous avons en excès, marcher ensemble dans la rue, demander des comptes aux gouvernants, prendre les armes ? […] N’y a-t-il rien à faire et faut-il se résoudre à penser que les Français, que les Terriens dans l’ensemble, pour reprendre le mot de De Gaulle, sont des veaux ? Des veaux qui répéteraient après Hiroshima, après Tchernobyl : “Après nous le déluge !” »

  Albert Schweitzer (prix Nobel de la paix en 1952) a passé toute la fin de sa vie à lutter contre l’arme nucléaire ; en 1957 il lance un « appel à l’humanité » pour obtenir sa destruction définitive. Il ne veut pas comprendre le christianisme comme une religion axée sur l’au-delà, mais bien comme un message éthique qui doit transformer le monde aujourd’hui. Cinquante ans plus tard, où en sommes-nous ?

  Malgré le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, entré en vigueur en 1970, plusieurs pays, signataires ou non, ont par la suite fabriqué des bombes atomiques. N’y a-t-il pas une injustice profonde à détenir des armes nucléaires, et à les interdire aux autres ? Au nom de quoi le Brésil ou l’Iran devraient-ils renoncer à posséder une dissuasion aussi efficace que celle des Français ?

 

  Certains, dont je fais partie, pensent que la diffusion du nucléaire dit « civil » ouvre la porte à la prolifération du nucléaire militaire ; on le voit bien avec l’Iran, par exemple, qui cherche actuellement à produire de l’uranium enrichi hors de tout contrôle international. Les scientifiques capables de réaliser une bombe ont à peu près les mêmes compétences que ceux qui construisent des réacteurs nucléaires. La physique de base est la même : le principe de la bombe est d’obtenir la réaction en chaîne explosive que l’on s’efforce d’éviter dans un réacteur…

  Une guerre nucléaire, accidentelle ou non, massacrerait des millions, des dizaines de millions de civils innocents et impuissants, hommes, femmes, vieillards et enfants. Bien menée, elle pourrait même anéantir toute vie sur Terre. « La guerre atomique ne connaît pas de vainqueur, uniquement des vaincus », écrit encore Albert Schweitzer.

  La France est bien plus exposée à des attaques terroristes qu’à une hypothétique menace nucléaire. Contre le terrorisme, la dissuasion nucléaire est d’une inutilité consternante ! Et, contre un ennemi plus « professionnel », à quoi sert d’avoir une bombe si, dans les minutes qui suivent son utilisation, le territoire national est vitrifié par la riposte, et rendu invivable pour quelques milliers d’années ? Mais l’option majoritaire semble être : « Plutôt crever qu’abandonner un pouce de notre sol national à l’ennemi. » À quoi Albert Jacquard répond (Le compte à rebours a-t-il commencé ?) : « Toute dictature a une fin, tandis que la mort est irréversible. »

  Louis Lecoin, anarchiste pacifiste (1888-1971), qui mit sa vie en jeu dans une grève de la faim en 1962 pour que les objecteurs de conscience soient dotés d’un statut, s’insurgeait : « On n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »

  N’est-il pas temps pour les chrétiens de se demander comment ils peuvent rejoindre un athée dont la réflexion est plus chrétienne que la leur ? Et ne pas se contenter de dire « Ah oui, c’est un très bel idéal ! », mais aussi agir, agir, agir…

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À propos Jean-Luc Duchêne

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est enseignant-chercheur retraité en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, il s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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