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5. L’Église : l’institution et l’événement

L’Église, institution, est certes importante, mais quelle est sa place au coeur de notre vie et de notre foi par rapport à la réalité si fondamentale et première de l’Évangile ?

Quand on parle de l’Église, il est classique de distinguer, par rapport à elle, ce qui relève de l’institution et ce qui relève de l’événement. Quel rapport entretiennent ces deux réalités quand on veut définir l’Église ? Cette manière d’envisager les choses peut ressembler, penseront certains, à des arguties théologiques. Or, il y a là quelque chose de fondamental où s’est joué et se joue encore une part décisive du protestantisme. Qu’est-ce à dire ?

Pour les protestants unanimes (luthériens, réformés, baptistes), l’Église, institution humaine, suppose d’abord un événement divin. Il y a Église, elle existe, elle advient, elle surgit, là où retentit la Parole de Dieu. L’Église est donc constituée par l’annonce de l’Évangile. Cela dit, il ne faudrait pas entendre cette proclamation dans un sens trop restrictif et uniquement cultuel ou communautaire. Dieu peut m’atteindre et m’interpeller n’importe quand et n’importe où. André Gounelle écrit que « quand cela arrive, l’Église naît et vit, même en l’absence d’un pasteur ou d’un prêtre, même si on ne récite pas des formules consacrées, même s’il n’existe aucune communauté visible ». C’est donc cet événement premier et divin qui va susciter ensuite l’institution humaine. Par rapport à l’Évangile et à son primat, l’Église est seconde ; elle en est en effet conséquence et non pas cause.

Le catholicisme, lui, sans nier l’importance de la Parole, promeut une autre logique et envisage une autre subordination. Il donne en effet au prêtre ordonné, comme le montre, par exemple, le sacrifice de la messe, le pouvoir de rendre le Christ présent à travers l’hostie et permet ainsi aux fidèles de rencontrer vraiment le Christ. L’institution ecclésiale est première, nécessaire. Elle permet l’événement de la rencontre avec le Christ ; via le clergé, elle a le pouvoir divin de nous mettre en relation et en communion avec lui. L’intermédiaire de cette institution est un passage obligé pour vivre une rencontre authentique et totale avec le Christ. Il en via de même pour l’orthodoxie.

Les protestants ne prennent pas l’Église suffisamment au sérieux, dit-on souvent. Seconde, est-elle pour autant secondaire ? J’aurais tendance à répondre oui. Et vous ?

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À propos Laurent Gagnebin

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docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

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