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Déconstruire en toute liberté !

 

Wokisme, intersectionnalité, décolonialisme, cancel culture… Un vent de panique a soufflé sur la France tandis que des mots barbares déferlaient sur le débat public, agitant un péril moral venu d’outre-Atlantique et propre à saper les fondements de notre civilisation. Un colloque tenu à la Sorbonne a identifié l’origine du mal, tout entier contenu dans le mot de « déconstruction ». Un mal qui, tel un boomerang, nous serait revenu en pleine face puisque la paternité de cette notion revient au philosophe français Jacques Derrida.

Pour moi, ce fut un choc : j’avais gardé de mes études de philosophie une appréciation équilibrée d’un terme qui désigne d’abord une démarche de pensée sérieuse. Si bien que l’on serait en droit d’attendre autant de rigueur de sa critique. À entendre les cris d’orfraie poussés par beaucoup à la simple évocation du mot, on est loin du compte. Sans doute y a-t-il eu des excès et des égarements dans l’emploi de la déconstruction, et la mention d’un « homme déconstruit », par exemple, a pu faire sourire. Mais la déconstruction mérite mieux que cela.

Que peut bien signifier l’émoi suscité par ce courant déconstructionniste ? La peur d’une relativisation des valeurs, voire de leur pure et simple destruction ? Mais déconstruction ne vaut pas destruction. La première est un mot-valise, subtil alliage de destruction et de construction, afin de bâtir autre chose, ôter le couvercle des dogmes et des habitudes pesantes pour donner à respirer autrement, et mieux. Contrairement à l’image que certains voudraient en donner, la déconstruction n’est pas un nihilisme, ni un nouveau totalitarisme.

Cette campagne médiatico-politique trahit peut-être la reconnaissance inquiète du trouble que révèle la déconstruction : trouble dans l’ordre établi, dans les hiérarchies instituées, dans les genres… De quoi incommoder ceux qui trouvent satisfaction dans le statu quo. Et si soufflait dans ce qui est ainsi décrié le même esprit libérateur que celui qui nous vient de la Bible ? Serait-il possible d’entendre dans la déconstruction non plus une menace mais une espérance ?

 

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À propos Sébastien Gengembre

est pasteur proposant de l’Église protestante unie de France, au sein de l’église locale de Clermont-Auvergne.

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