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Un parcours de foi bouddhiste

 

Simone Wolf est le nom donné par mes parents. J’ai grandi dans la ville de La Chauxde-Fonds, à 1 000 mètres d’altitude et les hivers rigoureux portent le goût de mon enfance. Les paysages de Courbet celui des promenades. Jiko, nom reçu de mon maître, le vénérable Taisen Deshimaru, à qui je dois mon entrée dans la voie du Bouddha et qui signifie : « lumière de la compassion », véritable koan, énigme que je ne laisse d’éclairer depuis 40 ans. Chaque jour, la question est ouverte. Rien ne peut pousser sur des vérités figées.

Les premières étapes

J’ai reçu la transmission du dharma en 2004, par le maître Yuko Okamoto. Au fil de mes nombreux voyages, je découvris que, comme toutes les disciplines humaines, les disciplines spirituelles supposent non seulement une grande foi, une grande détermination, mais aussi un apprentissage auprès d’un maître, d’un guide ayant lui-même suivi un guide. Le zen, la voie de l’éveil, se transmet de maître à disciple. Cette voie fait partie de l’école du Grand Véhicule ou Mahayana. Maha : grand, vaste, yana : véhicule, en sanscrit, termes qui désignent l’ensemble des enseignements du Bouddha, s’appuyant sur les sutras qui donnent la primauté de l’idéal de sagesse et de compassion universelles du bodhisattva sur la libération individuelle. L’enseignement du Bouddha se transmet depuis 2 600 ans, d’Inde en Chine, puis au Japon dès le VIIe siècle, sous la forme du zen, qui unit Dhyana (concentration) et Prajna (sagesse) dans une posture appelée zazen. Posture d’éveil du Bouddha Shakyamuni. Au XIIIe siècle, Maître Dogen fonde le zen Soto, dont la présence dans l’action toucha l’ensemble de la culture japonaise et influença les arts : celui des jardins, du thé, des fleurs et de la poésie, comme en témoigne ce haïku du moine Ryokan : « Un moine bouddhiste n’a pas besoin de dix mille choses simplement ne rien mépriser se comporter en bodhisattva est pratique merveilleuse. » S’appuyant sur cette tradition, Taisen Deshimaru, venu du Japon dans les années 1970, s’installe à Paris. Lorsque j’ai commencé à pratiquer, je souffrais, ma vie était difficile, je cherchais. Méfiante de toute forme d’emprise, j’ai vite pris conscience de l’urgence de cesser la méditation solitaire, qui me permettait de tourner en rond dans ce qui me confortait dans mon inconfort et mes points de vue, ce qui n’avait rien à voir avec mon questionnement véritable. Quel est le chemin de la libération ? Comment s’éveiller en cette vie ? Je partis pour Paris.

Rencontrer un Maître à Paris

La rencontre, au dojo de Pernety (lieu de recueillement), avec Maître Taisen Deshimaru, de qui se dégageait un étonnant mélange de force et de dignité, fut décisive lorsque ses yeux, emplis d’une douceur et d’une délicatesse infinie, plongèrent dans les miens. Tous mes doutes sur la voie à suivre s’évanouirent d’un seul coup. Dépouillée en une fraction de seconde de mes catégories, je pus respirer le parfum de sa compassion et de sa sagesse. C’est la première fois que je rencontrais quelqu’un qui consacrait pleinement sa vie à aider les autres à se libérer de leurs souffrances, en les accompagnant sur la voie du Bouddha. Sans jamais donner de solution, mais en invitant sans cesse ses disciples à éclairer leur karma, à observer dans la vie quotidienne les attachements contraignants et les émotions, à plonger directement dans la réalisation du nonsoi, dans l’abandon de l’égo, fruit de la non-recherche. Réaliser par soi-même. Expérience directe. Maître Deshimaru avait la grandeur et l’humilité de voir en chacun son aspect le plus profond, sa dimension la plus élevée. Ainsi, dans le silence du dojo, il disait : « vous êtes des bouddhas vivants ». J’ai eu la chance immense de l’entendre tous les matins, durant quelques années, commenter, éclairer les sutras, les textes anciens, de participer activement à l’implantation de sa mission à travers la construction du temple de la Gendronnière, premier temple zen d’Europe.

Le retour en Suisse

En 1982, le maître meurt. Et les disciples de la première heure ont continué, perpétuant son impulsion de réveiller chez chacun l’instinct profond d’aider les autres. Le bouddhisme zen en Europe a aujourd’hui 50 ans. Tel un arbre bien enraciné dans sa vigueur, soutenu par la détermination des générations successives de disciples. À partir de la même graine, les feuilles, les fleurs, les fruits se multiplient et de nouveaux temples voient le jour. En liaison avec le centre zen de La Chaux-de-Fonds, créé à mon retour en Suisse, en 1982, nous fêterons cette année les 10 ans du temple zen de Ryokuinzan Kosetsu-ji (« à l’ombre de la montagne verte, le temple de la neige lumineuse »), situé aux portes de la magnifique vallée de la Brévine. Et nous vous invitons à partager cet événement avec nous, le 21 juin prochain. J’espère que le vent de la grâce continuera de souffler et d’apaiser toutes les souffrances.

 

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À propos Jiko Simone Wolf

est abesse de la communauté zen soto neuchâteloise.

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