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Dieu sans esquive

 

La théologie libérale s’intéresse à l’humanité. Elle suit les traces de ceux qui restaurent les humanités blessées, elle pense les moyens de permettre un plein épanouissement de chacun, sans condition. Ce faisant, la théologie libérale oublie parfois qu’elle est une théologie. Cet oubli n’a rien d’une négligence, mais d’une assimilation personnelle de ce qu’est Dieu, de ce qu’il désigne. Dieu est parfois digéré dans les théologies libérales qui n’éprouvent plus le besoin de recourir à ce mot « Dieu » dont elles se méfient – souvent à juste titre tant cela peut recouvrir des réalités qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce que le Bible nomme Dieu. Le risque de cette attitude propre au libéralisme est le même que le risque couru par une orthodoxie qui aurait assimilé Dieu, cette fois dans une dogmatique commune qui en définirait le moindre aspect.

Par ce nouveau livre du Professeur André Gounelle qui enseigna la dogmatique à la faculté de théologie protestante de Montpellier, chacun pourra remettre le nez sur « Dieu ». Ce qui m’a le plus frappé, à la lecture de cet ouvrage, c’est la densité de Dieu. Je dirais que la lecture de ce « Dieu » est salutaire dans notre situation marquée par l’éparpillement et la dissolution. Avec Gounelle je dirais qu’on peut presque toucher Dieu du doigt, comme on peut avoir le sentiment de se tenir face à l’être quand on lit Heidegger. Vous l’aurez compris, « encore et toujours » qui caractérise cet ouvrage n’exprime nullement une lassitude de l’auteur, mais son émerveillement, pour reprendre ses mots. Cela indique qu’on peut avoir tout lu sur Dieu sans avoir fait le tour de la question, justement parce que Dieu provoque le questionnement.

Gounelle est ici le maître qui sait et le pédagogue qui sait faire en sorte que nous sachions aussi. Le pédagogue est humble : il parle de la trinité alors qu’il s’en passerait bien, pour permettre de comprendre l’intérêt que des chrétiens ont pu trouver à cette doctrine ; il ne s’étend pas sur la théologie du Process qu’il a pourtant contribué à faire connaître en France et qu’il affectionne particulièrement ; il cite largement les  théologiens qui apportent un éclairage aux différents aspects qu’il aborde.

Tout d’abord, c’est la question de Dieu en tant que concept qui est traitée. Dieu est-il un idéal ? Gounelle reprend le dialogue serré que Ferdinand Buisson, protestant libéral se réclamant libre penseur, et Charles Wagner, pasteur du Foyer de l’Âme à Paris, ont mené au début du XXe, pour éclairer la tension entre le dieu des philosophes et le dieu de la Bible, sujet sur lequel le théologien Paul Tillich a écrit.

Gounelle en vient ensuite au monothéisme qu’il ne cherche pas à justifier à tout prix, mais qu’il passe aussi au crible de la critique. C’est l’occasion de montrer qu’il n’est pas seulement question de monothéisme dans la Bible, mais aussi de polythéisme et d’hénotéisme (penser qu’il y a plusieurs dieux, mais rendre de culte qu’à un seul). C’est l’occasion de partager les inquiétudes de ceux qui pensent que le monothéisme est dangereux.

Un chapitre présente différentes manières de nommer Dieu et s’intéresser tout particulièrement à l’expression « Père éternel » dans laquelle ni « père » ni « éternel » ne vont de soi, quand on y réfléchit. L’auteur prend les réserves au sérieux et, avec Henri Bergson, il comprend cela à travers le fait que « le monde est une entreprise de Dieu pour créer des créateurs » et Gounelle écrit : « Encore et toujours, Dieu fera advenir de l’être ou injectera de l’avenir dans l’existant. »

Gounelle renvient enfin sur ce beau sujet de la Providence qui est délaissé car nous ne savons pas trop qu’en faire en période de crise. Il n’hésite pas à prendre de front la question du malheur, à faire droit aux objections d’Albert Camus (déjà présentes dans la Bible hébraïque). À la suite de Schleiermacher, il traite la providence à partir de la question du « gouvernement du monde », pour exposer les différentes approches : la monarchie absolue (Calvin), l’autonomie du monde (Isaac Louria, Hans Jonas et Emil Brunner dans une moindre mesure), une entreprise en cours (Wilfred Monod, les théologiens du Process – que Gounelle ne convoque pas, par humilité je suppose). C’est cette dernière compréhension qui a les faveurs de l’auteur.

Cette étude se poursuit par un « Dieu sans conclusion » qui est une manière juste de dire que le dossier « Dieu » n’est pas clos, justement parce que Dieu nous donne accès à l’infinitude.

André Gounelle, Dieu encore et toujours, Paris, Van Dieren Éditeur, 2019, 106 pages. Vente en ligne : www.vandieren.com

 

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À propos James Woody

Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

2 commentaires

  1. sebastien-cote@live.ca'

    Vous êtes acceptés
    (Paul Tillich — Les fondations sont ébranlées)

    Or, la loi est intervenue pour que l’offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.
    Romains 5, 20.

    Ces mots de Paul résument son expérience d’apôtre et l’ensemble de son message religieux, ainsi que la conception chrétienne de la vie. Les discuter, ou en faire le sujet, même de plusieurs sermons, m’a toujours paru impossible. Je n’ai jamais encore osé m’en servir. Mais, pendant ces derniers mois, quelque chose m’a poussé à y consacrer mon attention, un désir d’apporter mon témoignage aux deux faits que je considère, en regardant le passé, comme les faits absolument décisifs de notre vie : l’abon¬dance du péché et la surabondance de la grâce.
    Il y a peu de mots qui soient plus étrangers à la plupart d’entre nous, que les mots Péché et grâce. Ils nous sont étrangers, précisément parce qu’ils nous sont si connus. Au cours des siècles, ils ont reçu des acceptions qui en ont dénaturé le sens ; ils ont perdu leur authentique vigueur au point qu’on doit sérieusement se demander s’il faut continuer à s’en servir, ou s’il ne vaudrait pas mieux les mettre au rebut comme des instruments inutiles. Mais il y a un mystère dans les grands mots de notre tradition religieuse : ils ne peuvent être remplacés. Aucun effort pour trouver des substituts, y compris ceux que j’ai faits moi-même, n’a réussi à faire saisir la réalité de ce qu’il fallait exprimer : ils n’ont conduit qu’à un langage creux et impuissant. Pour des mots comme péché et grâce, il n’y a point de substitut. Mais il y a un chemin par où l’on peut redécouvrir leur sens, ce même chemin qui nous conduit dans la profondeur de notre existence humaine. C’est dans cette profondeur que ces paroles furent conçues ; c’est là qu’elles accumulèrent des forces pour tous les temps ; c’est là qu’elles doivent être trouvées de nouveau par chaque génération et par chacun d’entre nous. Essayons donc de pénétrer à des niveaux plus profonds de notre vie, pour voir si nous y découvrirons les réalités dont parle notre texte.
    Les hommes de notre temps ont-ils encore un sentiment de ce que signifie le péché ? Se rendent-ils compte, et nous rendons-nous compte, que le péché ne signifie pas un acte immoral, que péché ne devrait pas être utilisé au pluriel, et que le grand problème qui imprègne notre vie, ce ne sont pas nos péchés, mais c’est notre péché ? Savons-nous encore qu’il est insolent et erroné de diviser l’humanité en pécheurs et en justes ? Si nous le faisons, nous découvrons généralement que nous n’appartenons pas nous-mêmes tour à fait au groupe des pécheurs, puisque nous avons évité des péchés graves, que nous avons progressé dans la maîtrise de tel ou tel péché et que nous avons montré assez d’humilité pour ne pas nous considérer comme justes. Pouvons-nous encore nous rendre compte que cette façon de penser ou de sentir en face du péché est fort éloignée de ce qu’entend la grande tradition religieuse, dans la Bible et ailleurs, quand elle parle du péché ?
    J’aimerais vous suggérer un autre mot, non pas comme un substitut pour le mot péché, mais pour vous mettre sur le chemin de son explication : le mot séparation. La séparation est une donnée de l’expérience de chaque homme et le péché est séparation. Être en état de péché, c’est être en état de séparation. Or, la séparation a trois aspects : la séparation entre vies individuelles, la division d’un homme en lui-même, la séparation de tous les hommes d’avec le fondement de l’être. Cette triple séparation est l’état de tout ce qui existe : c’est une réalité universelle, le destin de toute vie. C’est en outre notre destin dans un sens très spécial, car nous, les hommes, nous savons que nous sommes divisés. Non seulement nous souffrons avec toutes les autres créatures des effets destructeurs de notre séparation, mais nous savons aussi pourquoi nous souffrons. Nous savons que nous sommes détachés de quelque chose à quoi nous appartenons en réalité et à quoi nous devrions être unis. Nous savons que cette séparation fatale n’est pas seulement un événement naturel, comme un éclair soudain, mais que c’est une aventure à laquelle nous prenons une part active, dans laquelle notre personnalité est impliquée et que, si elle est fatale, elle est également coupable. La séparation, à la fois fatalité et culpabilité, tel est le sens du mot péché. Voilà la condition de notre existence, de son commencement à sa fin. Cette séparation est préparée dans le sein de la mère et, auparavant, dans chaque génération précédente. Elle se manifeste dans toutes les actions particulières de notre vie consciente, elle s’étend au-delà de notre tombe aux générations suivantes. Elle est notre existence même. L’existence est séparation. Le péché avant d’être une action est un état.
    Nous pouvons dire la même chose de la grâce. Car le péché et la grâce sont liés. Nous ne pouvons même pas avoir une idée du péché, si nous n’avons déjà un sentiment de l’unité de la vie, qui est la grâce. Et réciproquement, nous ne pouvons pas saisir la signification de la grâce, si nous n’avons pas senti la division de la vie qui est le péché. La grâce est tout aussi difficile à décrire que le péché. Pour les uns, la grâce est la bonne volonté d’un roi et père divin, toujours disposé à pardonner la sottise et la faiblesse de ses sujets et de ses enfants. Cette conception est à rejeter : c’est une façon puérile d’abolir la dignité humaine. Pour d’autres, la grâce est un pouvoir magique dans les lieux obscurs de l’âme, pouvoir qui n’a aucune signification pour la vie pratique, idée éphémère et inutile. Pour d’autres encore la grâce est la bienveillance que l’on trouve parfois, à côté des penchants cruels et destructeurs. Mais, dans ce cas, il importe peu qu’on dise : « la vie continue » ou : « la vie contient une grâce » ; si la grâce ne signifie que cela, le mot devrait disparaître et il disparaîtra. Pour d’autres enfin, la grâce désigne les dons que l’on a reçus de la nature ou de la société et la capacité, avec ces dons, d’accomplir de bonnes actions. Mais la grâce est bien davantage. Dans la grâce, il y a une victoire ; la grâce arrive en dépit de la séparation et de l’aliénation. La grâce est une ré-union de la vie avec la vie, la réconciliation de soi avec soi-même. La grâce est l’acceptation de ce qui est rejeté. La grâce transforme la fatalité en une destinée qui a un sens ; elle change la culpabilité en confiance et en courage. Dans le mot grâce, il y a quelque chose de triomphant : malgré l’abondance du péché, la grâce surabonde.
    Regardons maintenant au fond de nous-mêmes pour y découvrir la lutte entre la séparation et la réunion, entre le péché et la grâce, dans nos rapports avec les autres, avec nous-mêmes, avec le fondement et l’aboutissement de notre être. Si nos âmes répondent à la description que j’ai l’intention de donner, des mots comme péché, séparation, grâce et réunion, prendront peut-être pour nous un sens nouveau. Mais les mots eux-mêmes ne sont pas importants. Ce qui importe, c’est la réponse des couches les plus profondes de notre être. Si cette réponse survenait en ce moment, nous pourrions dire que nous avons connu la grâce.
    Qui ne s’est parfois senti seul, au milieu d’une réception mondaine ? Le sentiment d’être séparé de la vie est surtout aigu lorsque celle-ci se manifeste autour de nous dans le bruit et les conversations. Nous nous rendons compte alors, beaucoup mieux que dans nos moments de solitude, combien nous sommes étrangers les uns aux autres, combien une vie est étrangère à l’autre. Chacun de nous se retire en lui-même. Nous ne pouvons entrer dans le secret d’autrui ; les autres ne peuvent pénétrer au-delà de notre enveloppe. L’amour le plus grand lui-même ne peut faire de brèche dans les murs du moi. Qui n’a éprouvé cette désillusion commune à tout grand amour ? Si, dans un abandon complet, on pouvait se débarrasser de son moi, on deviendrait une nonentité sans forme, ni force, un moi sans moi, un simple objet de mépris et d’humiliation. Notre génération connaît mieux que celle de nos parents les sentiments d’hostilité qui se cachent dans le fond de l’âme. Nous en savons long aujourd’hui sur l’agressivité qu’on trouve à profusion dans chaque être. Aujourd’hui, nous pouvons confirmer ce que Kant, le prophète de la raison et de la dignité humaine, fut assez honnête pour déclarer : dans l’infortune de nos meilleurs amis, il y a quelque chose qui ne nous déplaît pas. Qui parmi nous serait assez malhonnête pour nier que cela ne soit vrai de lui aussi ? Ne sommes-nous pas presque toujours disposés à abaisser choses et gens, souvent il est vrai de façon fort distinguée, pour la satisfaction de nous grandir, pour avoir l’occasion de nous vanter, ou pour prendre un moment de plaisir ? Savoir que nous sommes ainsi faits, c’est comprendre la séparation entre vie et vie, et connaître le sens des mots : le péché abonde.
    Cette séparation d’une vie d’avec l’autre s’exprime en notre temps, de la façon la plus irréfutable, dans l’attitude des groupes sociaux les uns envers les autres, au sein d’un même pays, et dans l’attitude des nations à l’égard d’autres nations. Les murs qu’élevait la distance, dans le temps et dans l’espace, ont disparu grâce au progrès technique ; mais les murs de l’incommunicabilité d’un cœur à un autre ont été incroyablement renforcés. La folie des nazis allemands et la cruauté des lynchages dans les États du sud nous offrent une excuse trop facile pour détourner nos pensées de nous-mêmes vers les autres. Mais observons-nous et observons quels sont nos sentiments lorsque nous lisons, aujourd’hui même, que dans certaines parties de l’Europe tous les enfants âgés de moins de trois ans sont malades et mourants, ou que dans certaines parties de l’Asie des millions de sans-abri meurent de faim et de froid. Qu’entre vie et vie il y ait des murs de séparation est rendu évident par cette constatation surprenante que nous pouvons être au courant de tout cela et pourtant vivre aujourd’hui, ce matin, ce soir, comme si nous en étions complètement ignorants. Et je pense aux plus sensibles d’entre nous. Que ce soit dans l’humanité ou dans la nature, notre vie est séparée de la vie. Entre tout ce qui vit, prévalent l’éloignement et la méconnaissance. Le péché abonde.
    Il est important de se rappeler que nous ne sommes pas seulement séparés les uns des autres : nous sommes aussi divisés en nous-mêmes. L’homme contre lui-même n’est pas seulement le titre d’un livre ; ces mots indiquent aussi la redécouverte d’une vérité psychologique séculaire. L’homme est déchiré en lui-même. La vie agit contre elle-même par agression, haine et désespoir. Nous avons l’habitude de condamner l’amour de soi mais, en réalité, ce que nous entendons condamner c’est le contraire de l’amour de soi : c’est ce mélange d’égoïsme et de haine de soi qui nous poursuit constamment, qui nous empêche d’aimer les autres et nous interdit de nous perdre dans l’amour dont nous sommes aimés pour l’éternité. Celui qui est capable de s’aimer lui-même est capable d’aimer les autres aussi ; celui qui a appris à surmonter son mépris de soi a triomphé également de son mépris pour les autres. Mais notre division est précisément profonde en ceci, que nous ne sommes pas capables d’un amour pour nous-mêmes, qui soit divin, grand et miséricordieux. Au contraire, en chacun de nous se trouve un instinct d’auto-destruction, aussi fort que notre instinct de conservation. Dans notre tendance à humilier et à détruire les autres, il y a une tendance, manifesté ou cachée, à nous humilier et à nous détruire nous-mêmes. La cruauté envers autrui est aussi cruauté envers soi-même. Rien n’est plus évident que la déchirure qui existe dans notre inconscient et dans notre personnalité consciente. Sans l’aide de la psychologie moderne, Paul l’exprima dans ses paroles fameuses : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas. » Après quoi, il continue par une phrase qui pourrait servir de mot d’ordre à la psychologie des profondeurs : « Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. » L’apôtre avait le sentiment de la faille qui séparait sa volonté consciente de sa volonté véritable, qui le séparait lui-même de quelque chose d’étranger en lui et qui n’était pas lui. Il était étranger à lui-même ; et c’est cette aliénation qu’il appelle péché. Il l’appelle aussi une curieuse « loi qu’il trouve en lui », une contrainte irrésistible. Combien de fois commettons-nous des actions parfaitement conscientes, avec le sentiment bouleversant que nous sommes dominés par un pouvoir étranger ! C’est là l’expérience de la séparation de nous-mêmes d’avec nous-mêmes, c’est-à-dire du péché — que nous aimions le mot ou non.
    Ainsi, notre condition de vie est d’être étrangers aux autres et à nous-mêmes, parce que nous sommes devenus étrangers au fondement de notre être, étrangers à l’origine de notre vie et à son aboutissement. Nous ne savons pas d’où nous venons ni où nous allons. Nous sommes séparés du mystère de notre existence, de sa profondeur et de sa grandeur. Nous entendons la voix de cette profondeur, mais nos oreilles sont fermées. Nous sentons une exigence radicale, totale et inconditionnelle, mais nous nous révoltons contre elle, nous essayons d’échapper à son insistance et nous ne voulons pas accepter sa promesse.
    Nous ne pouvons pas y échapper toutefois. Si cette exigence le fondement même de notre être, nous lui sommes liés pour l’éternité, exactement comme à nous-mêmes et à toute vie. Nous restons toujours au pouvoir de cela à quoi nous sommes pourtant devenus étrangers, et cette réalité nous amène à la profondeur dernière du péché : séparés et pourtant liés, étrangers et pourtant dépendants, détruits et pourtant conservés c’est ce qu’on appelle l’état de désespoir. Le désespoir signifie qu’il n’y a point d’issue. Le désespoir c’est : « la maladie jusqu’à la mort » (Jean 11, 4). Ce qu’il y a de terrible dans la maladie du désespoir, c’est que nous ne pouvons pas en être délivrés, pas même par le suicide visible ou caché. Nous savons que, éternellement et inévitablement, nous sommes liés au fondement de notre être. L’abîme de la séparation n’est pas toujours visible ; mais il est devenu plus visible à notre génération qu’à la précédente, à cause de notre sentiment d’absurdité et de vanité, à cause de notre doute et de notre cynisme — toutes expressions de notre désespoir, de notre séparation d’avec la racine et le sens de notre vie. Le péché, pris dans sa signification la plus profonde, le péché en tant que désespoir, abonde parmi nous.
    « Où le péché a abondé, la grâce a surabondé », dit Paul, dans la même lettre où il décrit le pouvoir inimaginable de division et de destruction qui se trouve au cœur de la société et dans l’âme de chaque individu. Il ne prononce pas ces paroles sous prétexte que des intérêts sentimentaux exigent que tout ce qui est tragique finisse bien. Il les prononce parce qu’elles décrivent l’expérience la plus bouleversante et la plus décisive de sa vie. Dans l’image de Jésus qui lui apparut comme le Christ, au moment où il était le plus séparé des autres hommes, de lui-même et de Dieu, il se découvrit accepté, il fut en mesure de s’accepter lui-même et d’être réconcilié avec autrui. Au moment où la grâce le frappa et l’engloutit, il fut réuni à cela à quoi il appartenait et à quoi il était devenu étranger, sans communication possible. Savons-nous ce que signifie être frappé par la grâce ? Cela ne signifie pas que nous croyons soudain que Dieu existe ou que Jésus soit le Sauveur, ou que la Bible contienne la vérité. Croire qu’une chose est, c’est presque le contraire de ce que signifie la grâce. De plus, la grâce ne signifie pas simplement que nous faisons des progrès dans la maîtrise de nous-mêmes, dans nos combats contre des défauts particuliers, dans nos rapports avec les hommes et avec la société. Le progrès moral peut être un fruit de la grâce ; mais il n’est pas la grâce et il peut même nous empêcher de la recevoir. Car trop souvent on peut, sans la grâce, accepter les doctrines chrétiennes et, sans la grâce, se battre contre les structures mauvaises de notre personnalité. Une relation avec Dieu privée de grâce peut nous conduire, soit à l’orgueil, soit au désespoir. Il vaudrait mieux refuser Dieu et le Christ et la Bible, que de les accepter sans la grâce. Car, si nous les acceptons sans la grâce, nous le faisons en état de séparation et nous ne pouvons que rendre plus profonde cette séparation. Nous ne pouvons transformer notre vie si nous ne permettons pas qu’elle le soit par un coup de la grâce. Il est possible que cela arrive ; ou bien que cela n’arrive pas. En tout cas, cela n’arrive pas si nous essayons de contraindre la grâce, exactement comme cela n’arrive pas si, dans notre suffisance, nous estimons que nous n’en avons pas besoin. La grâce nous frappe lorsque nous sommes dans la peine ou l’inquiétude. Elle nous frappe lorsque nous marchons à travers la sombre vallée d’une vie absurde et vide. Elle nous frappe lorsque nous sentons que notre séparation est plus étanche que d’habitude, parce que nous avons violé une autre vie, une vie que nous aimions, ou une vie dont nous avions été coupés. La grâce nous frappe lorsque notre dégoût de nous-mêmes, notre indifférence, notre faiblesse, nos inimitiés, notre manque de fermeté et de sang-froid nous sont devenus intolérables. Elle nous frappe lorsque, année après année, ne se montre aucun signe de la perfection tant désirée, lorsque continuent de régner toujours sur nous, sans changement, les vieilles contraintes, lorsque le désespoir ruine toute joie et tout courage. Parfois, une onde lumineuse fait alors irruption dans notre obscurité et c’est comme si une voix nous disait : « Tu es accepté. Tu es accepté, accepté par cela qui est plus grand que toi et dont tu ne sais pas le nom. Ne demande pas ce nom maintenant ; peut-être le trouveras-tu plus tard. N’essaye pas de rien faire maintenant ; peut-être plus tard feras-tu beaucoup. Ne cherche rien ; n’accomplis rien ; ne projette rien. Accepte simplement le fait d’être accepté ! » Si cela nous advient, c’est l’expérience de la grâce. Après une pareille expérience, il se peut que nous ne soyons pas meilleurs qu’avant, il se peut que nous ne croyions pas plus qu’avant. Mais tout est transformé. A ce moment-là, la grâce triomphe du péché et la réconciliation comble le fossé de la séparation. Cette expérience n’exige rien, aucun a priori moral, religieux ou intellectuel, rien que l’acceptation.
    À cette lumière, nous nous rendons compte de la puissance de la grâce dans nos rapports avec autrui et avec nous-mêmes. Nous éprouvons la grâce de pouvoir regarder l’autre, droit dans les yeux, grâce miraculeuse qui réunit la vie à la vie. Nous éprouvons la grâce de comprendre mutuellement ce que nous nous disons, dans et derrière la signification littérale des mots, même quand ceux-ci sont durs et irrités — car dans ce cas aussi, on trouve un désir de briser le mur de séparation. Nous éprouvons la grâce de pouvoir accepter la vie d’un autre, même si elle nous est hostile et nuisible, car par la grâce nous savons qu’elle a le même fondement que nous, celui où nous sommes acceptés. Nous éprouvons la grâce qui est capable de surmonter la séparation tragique des sexes, des générations, des nations, des races et même la complète incommunicabilité de l’homme et de la nature. Parfois la grâce apparaît dans toutes ces séparations pour nous réunir à ceux à qui nous appartenons, car la vie appartient à la vie.
    À cette lumière encore, nous nous rendons compte du pouvoir de la grâce dans nos rapports avec nous-mêmes. Nous faisons l’expérience d’instants où nous nous acceptons, parce que nous sentons que nous avons été acceptés par ce qui est plus grand que nous. Si seulement il nous était donné plus souvent de tels moments ! Ce sont eux qui nous font aimer notre vie, qui nous font nous accepter nous-mêmes, non pas à cause de nos vertus, ni par complaisance envers nous, mais parce que nous avons la certitude que notre vie a une signification éternelle. Nous ne pouvons nous contraindre à nous accepter nous-mêmes ; nous ne pouvons forcer personne à s’accepter. Mais le pouvoir nous est parfois donné de nous dire oui à nous-mêmes, il arrive que la paix nous envahisse et fasse en nous l’unité, il arrive que la haine et le mépris de nous-mêmes disparaissent et que notre moi soit réuni avec lui-même. Nous pouvons dire alors que la grâce est venue sur nous.
    Péché et grâce sont des mots étranges ; mais ce ne sont pas d’étranges choses. Nous les trouvons chaque fois que nous regardons en nous-mêmes avec des yeux attentifs et un cœur impatient. Ils déterminent notre vie. Ils abondent en nous et dans toute notre vie. Puisse la grâce surabonder !

  2. sebastien-cote@live.ca'

    Il y a peu de mots qui soient plus étrangers à la plupart d’entre nous, que les mots péché et grâce. Ils nous sont étrangers, précisément parce qu’ils nous sont si connus. Au cours des siècles, ils ont reçu des acceptions qui en ont dénaturé le sens ; ils ont perdu leur authentique vigueur au point qu’on doit sérieusement se demander s’il faut continuer à s’en servir, ou s’il ne vaudrait pas mieux les mettre au rebut comme des instruments inutiles. Mais il y a un mystère dans les grands mots de notre tradition religieuse : ils ne peuvent être remplacés. Aucun effort pour trouver des substituts, y compris ceux que j’ai faits moi-même, n’a réussi à faire saisir la réalité de ce qu’il fallait exprimer : ils n’ont conduit qu’à un langage creux et impuissant. Pour des mots comme péché et grâce, il n’y a point de substitut. Mais il y a un chemin par où l’on peut redécouvrir leur sens, ce même chemin qui nous conduit dans la profondeur de notre existence humaine. C’est dans cette profondeur que ces paroles furent conçues ; c’est là qu’elles accumulèrent des forces pour tous les temps ; c’est là qu’elles doivent être trouvées de nouveau par chaque génération et par chacun d’entre nous. Essayons donc de pénétrer à des niveaux plus profonds de notre vie, pour voir si nous y découvrirons les réalités dont parle notre texte.
    Les hommes de notre temps ont-ils encore un sentiment de ce que signifie le péché ? Se rendent-ils compte, et nous rendons-nous compte, que le péché ne signifie pas un acte immoral, que péché ne devrait pas être utilisé au pluriel, et que le grand problème qui imprègne notre vie, ce ne sont pas nos péchés, mais c’est notre péché ? Savons-nous encore qu’il est insolent et erroné de diviser l’humanité en pécheurs et en justes ? Si nous le faisons, nous découvrons généralement que nous n’appartenons pas nous-mêmes tour à fait au groupe des pécheurs, puisque nous avons évité des péchés graves, que nous avons progressé dans la maîtrise de tel ou tel péché et que nous avons montré assez d’humilité pour ne pas nous considérer comme justes. Pouvons-nous encore nous rendre compte que cette façon de penser ou de sentir en face du péché est fort éloignée de ce qu’entend la grande tradition religieuse, dans la Bible et ailleurs, quand elle parle du péché ?
    J’aimerais vous suggérer un autre mot, non pas comme un substitut pour le mot péché, mais pour vous mettre sur le chemin de son explication : le mot séparation. La séparation est une donnée de l’expérience de chaque homme et le péché est séparation. Être en état de péché, c’est être en état de séparation. Or, la séparation a trois aspects : la séparation entre vies individuelles, la division d’un homme en lui-même, la séparation de tous les hommes d’avec le fondement de l’être. Cette triple séparation est l’état de tout ce qui existe : c’est une réalité universelle, le destin de toute vie. C’est en outre notre destin dans un sens très spécial, car nous, les hommes, nous savons que nous sommes divisés. Non seulement nous souffrons avec toutes les autres créatures des effets destructeurs de notre séparation, mais nous savons aussi pourquoi nous souffrons. Nous savons que nous sommes détachés de quelque chose à quoi nous appartenons en réalité et à quoi nous devrions être unis. Nous savons que cette séparation fatale n’est pas seulement un événement naturel, comme un éclair soudain, mais que c’est une aventure à laquelle nous prenons une part active, dans laquelle notre personnalité est impliquée et que, si elle est fatale, elle est également coupable. La séparation, à la fois fatalité et culpabilité, tel est le sens du mot péché. Voilà la condition de notre existence, de son commencement à sa fin. Cette séparation est préparée dans le sein de la mère et, auparavant, dans chaque génération précédente. Elle se manifeste dans toutes les actions particulières de notre vie consciente, elle s’étend au-delà de notre tombe aux générations suivantes. Elle est notre existence même. L’existence est séparation. Le péché avant d’être une action est un état.
    Nous pouvons dire la même chose de la grâce. Car le péché et la grâce sont liés. Nous ne pouvons même pas avoir une idée du péché, si nous n’avons déjà un sentiment de l’unité de la vie, qui est la grâce. Et réciproquement, nous ne pouvons pas saisir la signification de la grâce, si nous n’avons pas senti la division de la vie qui est le péché. La grâce est tout aussi difficile à décrire que le péché. Pour les uns, la grâce est la bonne volonté d’un roi et père divin, toujours disposé à pardonner la sottise et la faiblesse de ses sujets et de ses enfants. Cette conception est à rejeter : c’est une façon puérile d’abolir la dignité humaine. Pour d’autres, la grâce est un pouvoir magique dans les lieux obscurs de l’âme, pouvoir qui n’a aucune signification pour la vie pratique, idée éphémère et inutile. Pour d’autres encore la grâce est la bienveillance que l’on trouve parfois, à côté des penchants cruels et destructeurs. Mais, dans ce cas, il importe peu qu’on dise : « la vie continue » ou : « la vie contient une grâce » ; si la grâce ne signifie que cela, le mot devrait disparaître et il disparaîtra. Pour d’autres enfin, la grâce désigne les dons que l’on a reçus de la nature ou de la société et la capacité, avec ces dons, d’accomplir de bonnes actions. Mais la grâce est bien davantage. Dans la grâce, il y a une victoire ; la grâce arrive en dépit de la séparation et de l’aliénation. La grâce est une ré-union de la vie avec la vie, la réconciliation de soi avec soi-même. La grâce est l’acceptation de ce qui est rejeté. La grâce transforme la fatalité en une destinée qui a un sens ; elle change la culpabilité en confiance et en courage. Dans le mot grâce, il y a quelque chose de triomphant : malgré l’abondance du péché, la grâce surabonde.
    Regardons maintenant au fond de nous-mêmes pour y découvrir la lutte entre la séparation et la réunion, entre le péché et la grâce, dans nos rapports avec les autres, avec nous-mêmes, avec le fondement et l’aboutissement de notre être. Si nos âmes répondent à la description que j’ai l’intention de donner, des mots comme péché, séparation, grâce et réunion, prendront peut-être pour nous un sens nouveau. Mais les mots eux-mêmes ne sont pas importants. Ce qui importe, c’est la réponse des couches les plus profondes de notre être. Si cette réponse survenait en ce moment, nous pourrions dire que nous avons connu la grâce.
    Il est important de se rappeler que nous ne sommes pas seulement séparés les uns des autres : nous sommes aussi divisés en nous-mêmes. L’homme contre lui-même n’est pas seulement le titre d’un livre ; ces mots indiquent aussi la redécouverte d’une vérité psychologique séculaire. L’homme est déchiré en lui-même. La vie agit contre elle-même par agression, haine et désespoir. Nous avons l’habitude de condamner l’amour de soi mais, en réalité, ce que nous entendons condamner c’est le contraire de l’amour de soi : c’est ce mélange d’égoïsme et de haine de soi qui nous poursuit constamment, qui nous empêche d’aimer les autres et nous interdit de nous perdre dans l’amour dont nous sommes aimés pour l’éternité. Celui qui est capable de s’aimer lui-même est capable d’aimer les autres aussi ; celui qui a appris à surmonter son mépris de soi a triomphé également de son mépris pour les autres. Mais notre division est précisément profonde en ceci, que nous ne sommes pas capables d’un amour pour nous-mêmes, qui soit divin, grand et miséricordieux. Au contraire, en chacun de nous se trouve un instinct d’auto-destruction, aussi fort que notre instinct de conservation. Dans notre tendance à humilier et à détruire les autres, il y a une tendance, manifesté ou cachée, à nous humilier et à nous détruire nous-mêmes. La cruauté envers autrui est aussi cruauté envers soi-même. Rien n’est plus évident que la déchirure qui existe dans notre inconscient et dans notre personnalité consciente. Sans l’aide de la psychologie moderne, Paul l’exprima dans ses paroles fameuses : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas. » Après quoi, il continue par une phrase qui pourrait servir de mot d’ordre à la psychologie des profondeurs : « Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. » L’apôtre avait le sentiment de la faille qui séparait sa volonté consciente de sa volonté véritable, qui le séparait lui-même de quelque chose d’étranger en lui et qui n’était pas lui. Il était étranger à lui-même ; et c’est cette aliénation qu’il appelle péché. Il l’appelle aussi une curieuse « loi qu’il trouve en lui », une contrainte irrésistible. Combien de fois commettons-nous des actions parfaitement conscientes, avec le sentiment bouleversant que nous sommes dominés par un pouvoir étranger ! C’est là l’expérience de la séparation de nous-mêmes d’avec nous-mêmes, c’est-à-dire du péché — que nous aimions le mot ou non.
    « Où le péché a abondé, la grâce a surabondé », dit Paul, dans la même lettre où il décrit le pouvoir inimaginable de division et de destruction qui se trouve au cœur de la société et dans l’âme de chaque individu. Il ne prononce pas ces paroles sous prétexte que des intérêts sentimentaux exigent que tout ce qui est tragique finisse bien. Il les prononce parce qu’elles décrivent l’expérience la plus bouleversante et la plus décisive de sa vie. Dans l’image de Jésus qui lui apparut comme le Christ, au moment où il était le plus séparé des autres hommes, de lui-même et de Dieu, il se découvrit accepté, il fut en mesure de s’accepter lui-même et d’être réconcilié avec autrui. Au moment où la grâce le frappa et l’engloutit, il fut réuni à cela à quoi il appartenait et à quoi il était devenu étranger, sans communication possible. Savons-nous ce que signifie être frappé par la grâce ? Cela ne signifie pas que nous croyons soudain que Dieu existe ou que Jésus soit le Sauveur, ou que la Bible contienne la vérité. Croire qu’une chose est, c’est presque le contraire de ce que signifie la grâce. De plus, la grâce ne signifie pas simplement que nous faisons des progrès dans la maîtrise de nous-mêmes, dans nos combats contre des défauts particuliers, dans nos rapports avec les hommes et avec la société. Le progrès moral peut être un fruit de la grâce ; mais il n’est pas la grâce et il peut même nous empêcher de la recevoir. Car trop souvent on peut, sans la grâce, accepter les doctrines chrétiennes et, sans la grâce, se battre contre les structures mauvaises de notre personnalité. Une relation avec Dieu privée de grâce peut nous conduire, soit à l’orgueil, soit au désespoir. Il vaudrait mieux refuser Dieu et le Christ et la Bible, que de les accepter sans la grâce. Car, si nous les acceptons sans la grâce, nous le faisons en état de séparation et nous ne pouvons que rendre plus profonde cette séparation. Nous ne pouvons transformer notre vie si nous ne permettons pas qu’elle le soit par un coup de la grâce. Il est possible que cela arrive ; ou bien que cela n’arrive pas. En tout cas, cela n’arrive pas si nous essayons de contraindre la grâce, exactement comme cela n’arrive pas si, dans notre suffisance, nous estimons que nous n’en avons pas besoin. La grâce nous frappe lorsque nous sommes dans la peine ou l’inquiétude. Elle nous frappe lorsque nous marchons à travers la sombre vallée d’une vie absurde et vide. Elle nous frappe lorsque nous sentons que notre séparation est plus étanche que d’habitude, parce que nous avons violé une autre vie, une vie que nous aimions, ou une vie dont nous avions été coupés. La grâce nous frappe lorsque notre dégoût de nous-mêmes, notre indifférence, notre faiblesse, nos inimitiés, notre manque de fermeté et de sang-froid nous sont devenus intolérables. Elle nous frappe lorsque, année après année, ne se montre aucun signe de la perfection tant désirée, lorsque continuent de régner toujours sur nous, sans changement, les vieilles contraintes, lorsque le désespoir ruine toute joie et tout courage. Parfois, une onde lumineuse fait alors irruption dans notre obscurité et c’est comme si une voix nous disait : « Tu es accepté. Tu es accepté, accepté par cela qui est plus grand que toi et dont tu ne sais pas le nom. Ne demande pas ce nom maintenant ; peut-être le trouveras-tu plus tard. N’essaye pas de rien faire maintenant ; peut-être plus tard feras-tu beaucoup. Ne cherche rien ; n’accomplis rien ; ne projette rien. Accepte simplement le fait d’être accepté ! » Si cela nous advient, c’est l’expérience de la grâce. Après une pareille expérience, il se peut que nous ne soyons pas meilleurs qu’avant, il se peut que nous ne croyions pas plus qu’avant. Mais tout est transformé. A ce moment-là, la grâce triomphe du péché et la réconciliation comble le fossé de la séparation. Cette expérience n’exige rien, aucun a priori moral, religieux ou intellectuel, rien que l’acceptation.

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