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La politique et la Bible

 

La Bible n’est pas un traité de politique. Toutefois, la Bible est un recueil de textes rédigés par des personnes qui étaient aux prises avec des questions politiques majeures ; cela est particulièrement manifeste dans les textes de la Bible hébraïque qui mettent en scènes des responsables politiques (les livres de Samuel et des Rois notamment) ou qui posent des cadres à l’action politique (le Deutéronome en particulier). Il est donc précieux de pouvoir apprécier ces textes de la première partie de la Bible (il n’est pas question du Nouveau Testament) avec le regard d’un philosophe théoricien de la politique, en l’occurrence Michael Walzer qui a enseigné à Princeton (USA). Comme il le précise d’emblée, « loin de moi l’idée de suggérer que les auteurs bibliques étaient de bon sociaux-démocrates, qu’ils anticipèrent le libéralisme moderne, ou qu’ils croyaient aux droits de l’homme, à la guerre juste, à l’intervention humanitaire, ou à tout ce que j’ai pu défendre en mon nom dans d’autres ouvrages. »

L’auteur a construit son étude par chapitres thématiques : les alliances, les codes de loi, conquête et guerre sainte, le pouvoir des rois, les prophètes, le royaume de prêtres, politique de la Sagesse… dans lesquels il relit des passages bibliques avec son expertise de philosophe politique. Si on peut regretter qu’il prenne comme hypothèse de départ que Dieu est tout-puissant, on lira avec intérêt ses commentaires au fil des pages qui le conduisent à relever trois traits caractéristiques du rapport des rédacteurs de la Bible hébraïque au politique et qui lui font dire que des intuitions démocratiques sont présentes : l’alliance, la loi et la prophétie. « Premièrement l’alliance de Dieu requiert l’adhésion de tous ; les individus ne sont pas tenus par la volonté de Dieu, mais uniquement par leur consentement. » Ce qui pourrait correspondre au futur « intérêt général ». La loi est ouverte à l’interprétation et même à la réécriture, sans qu’aucune instance législative ne soit instituée – notamment par le roi. Quant aux prophètes, ils sont le meilleur indice d’une prise en considération de la volonté et de la responsabilité des membres du peuple : issus de toutes les catégories sociales du peuple, ils s’adressaient aussi bien à la cour qu’à leurs concitoyens, contrairement aux prêtres qui étaient coupés de la société. Cependant, « imaginer des régimes idéaux semble avoir peu intéressé les auteurs de la Bible » ; les théologiens ont plutôt veillé à relativiser la prétention des pouvoirs politiques à faire entrer le peuple dans une ère messianique, un temps idéal.

Michael Walzer, Dans l’ombre de Dieu. La politique et la Bible, Bayard, Paris, 2016, 376 pages.

 

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À propos James Woody

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Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

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