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Libéralisme et piétisme

 

Je suis à la fois libéral et piétiste parce que je crois que le libéralisme théologique, ce n’est pas substituer la raison à Dieu, mais bien laisser la raison se mettre à l’écoute du Dieu qui se tourne vers moi. Le comte Nikolaus von Zinzendorf (1700-1760) était un grand piétiste. C’est lui, l’inventeur de la fameuse Blut-theologie (« théologie du sang ») qui fait bondir nombre de libéraux et selon laquelle le sang du Christ nous lave de nos fautes. Mais quel grand libéral que cet homme, lecteur de Pierre Bayle, qui mit au coeur de sa pensée la liberté du chrétien. Rien de surprenant à la vérité pour un lecteur de Luther comme l’était Zinzendorf. Oui, Luther qui affirmait que ne peut être cru que ce qui « me concerne », ce qui est « pour moi ». J’en ai déduit que ce que je ne vivais pas comme me concernant n’était pas un objet de foi.

Si le libéralisme accorde de l’importance à la raison, c’est parce qu’elle est ce dont l’homme dispose de mieux pour comprendre Dieu et ce que croire signifie sur le plan existentiel. Or, c’est ce « comprendre » qui pour moi est essentiel dans mon expérience de foi. Le théologien libéral que je suis cherche à comprendre, mais espère ne jamais en arriver à prétendre avoir tout compris. Être libéral n’est donc pas une étiquette théologique à laquelle correspondraient une forme d’orthodoxie et des dogmes bien précis. C’est d’abord et surtout une manière d’être et de croire. Être libéral, c’est oser faire le pari que l’on peut être convaincu par une rencontre (celle de Dieu, en Christ) qui détermine toute notre existence, tout en ne cessant de s’interroger sur cette rencontre et ce qu’elle signifie. C’est se mettre à l’écoute d’une Promesse qui nous est adressée tout en admettant que l’approche historique que nous impose l’honnêteté intellectuelle n’est pas l’adversaire de cette Promesse, mais au contraire sa meilleure alliée. Être libéral, c’est pour moi vivre avec le doute et la foi dans un mouchoir de poche pour confesser en fin de compte : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incrédulité. » (Marc 9) u

 

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À propos Pierre-Olivier Léchot

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est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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