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La si fragile et ardente espérance

 

Le dernier ouvrage de Frédéric Boyer est un magnifique traité sur l’espérance. On aurait envie d’écrire un magnifique envol. On regrette presque que le titre, trop poétique, trop allusif, ne le laisse pas plus clairement pressentir. En fait c’est une autocitation :« Oh il y a tout ce que le cœur attend Tout ce que le cœur attend depuis. Depuis toujours. Là où le cœur attend. » On appréciera que l’auteur ne disserte pas sur l’espérance « du point de vue de Sirius », mais à partir d’un « épisode douloureux de [sa propre] vie », d’ « une nuit où [il a] bien failli ne plus se relever ». Il n’est pas indifférent non plus au sujet traité que, l’été dernier, l’auteur ait vu sa compagne se noyer sous ses yeux, en portant secours à de jeunes baigneurs en difficulté. Le livre lui est fidèlement dédié. Une des richesses de l’ouvrage est son « exploration » extrêmement originale et bien informée du texte biblique. L’auteur manie aisément les langues de la Bible et l’on se souvient qu’il a été l’éditeur et l’un des traducteurs de ce qu’on a surnommé la Bible des écrivains, au côté de certains des plus grands noms de la littérature française contemporaine. Il a une solide culture en la matière et peut se permettre de faire œuvre d’exégèse originale et parfois surprenante. Ainsi sa traduction des tout premiers mots de la Genèse : « Par espérance, Dieu a fait ciel et terre » ; ou son approche surprenante du go’el qui soutenait l’espérance de Job. Au reste, pour Frédéric Boyer, « lire et interpréter, c’est se conduire, se diriger dans la vie même, se lire, interprétant l’autre et la vie à travers leurs écritures. » Aussi n’est-on pas étonné de voir à maintes reprises affleurer la vie spirituelle de l’auteur qui, bien souvent, donne à prier en même temps qu’à penser.

La solide culture classique de Frédéric Boyer lui permet aussi d’invoquer l’étymologie ou l’histoire sémantique des termes pour ouvrir des pistes fécondes à la réflexion. Mais il n’oublie pas non plus qu’il est agrégé de philosophie, et sa culture en ce domaine ouvre, sans pédantisme aucun, des horizons inattendus, de Nietzsche à Kant, en passant par Shakespeare, Hugo ou Dante.

La lecture de l’ouvrage n’en est pas moins exigeante, car l’auteur associe à une grande profondeur de vue, un style joliment poétique, pour ne pas dire « prophétique », parfois ! Par exemple, lorsqu’il évoque l’aspect « ironique » de l’espérance qui « n’apparaît authentiquement, n’apparaît véritablement dans toute sa difficulté et son mystère, qu’à l’instant de son bannissement. » Bref, un livre fort tonique, mais qu’il faut prendre le temps d’assimiler et de méditer pour en tirer toute sa substance.

 Frédéric Boyer, Là où le cœur attend, Paris, POL, 2017, 188 pages.

 

À propos Michel Barlow

essayiste, romancier et théologien, est universitaire retraité (Lettres et sciences de l’éducation). Il collabore régulièrement au magazine catholique contestataire Golias hebdo comme à Évangile et liberté.

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