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Ne gâchons rien

 

Être ministre c’est chiant du matin au soir » a dit un jour Nicolas Hulot. Mais il prend en charge le chiant. C’est le prix à payer pour que l’espérance ne meure pas. Péguy vociférait contre les kantiens qui ont les mains pures, mais pas de mains. Combien d’entre nous pensent qu’une fois qu’ils ont parlé, ils ont agi ? Ils pensent avoir fait leur part ou refait le monde, avec morale, sans se compromettre. Intellectuels, théologiens, politiques, militants, parents d’élèves, syndicalistes, l’élan premier est de parler et de s’en satisfaire. Eh bien non ! Le verbe n’est pas l’action. La parole de chacun peut éventuellement rester haut perchée, montrer son autorité, son savoir. Chacun peut rester au chaud, protégé par ses connaissances livresques, son éloquence ou son statut et conserver les mains pures. Mais l’action, elle, est à ras de terre, dans le détail, dans la rigueur, dans le chiant, l’humble, le fragile, le compromettant. L’action c’est la compromission avec le réel, c’est Dieu parmi nous, c’est l’Emmanuel. Il s’est passé, il y a 2 000 ans, quelque chose dont les hommes se souviennent encore. Quelque chose qui portait une espérance qui dépassait celle du peuple juif d’un nouveau règne. Il s’agit là d’une espérance universelle, dans laquelle toutes les nations se reconnaîtront.

La personne de Jésus ne se révélera que par ses actes et ses paroles. Jésus a guéri, soigné, relevé, libéré, parlé, interprété les textes, ouvert des espaces dans une société et des esprits cloisonnés, offert un avenir à ceux qui n’en n’avaient pas, qui ne comptaient pas. Autre chose est apparu. Un autre monde s’est fait jour. Une autre possibilité de vie s’est donnée à voir. Un autre monde est possible. Il est en nous, il est en celui-là.

Mais nous pouvons tout gâcher. Ainsi, dans les derniers dialogues d’Easy Rider auprès du feu, Henry Fonda constate « We blew it », traduction : « nous avons tout foutu en l’air ». Il s’est passé quelque chose, il y a eu une espérance, une course folle, une aspiration à la liberté des enfants de Dieu, mais « we blew it ». C’est exactement ce que se disent les rescapés de la contreculture américaine des années 60-70. L’Amérique de Martin Luther King, des droits civiques, de la lutte contre la guerre au Vietnam, de Woodstock, s’est mise à espérer, a entrevu une autre possibilité, une espérance portée par le rock ’n’ roll qui mit en musique nos combats et nos désirs. Souvenez-vous de sex, drugs and rock ’n’ roll. Si la drogue était en trop, la contre-culture américaine reste notre dernier horizon romantique. Il y a là une espérance, ne la gâchons pas par facilité, par angélisme ou par esprit de chapelle. L’espérance levée par la contre-culture américaine, s’est abîmée pour les mouvements des droits civiques en querelles fratricides ; et pour les hippies, elle a sombré par refus de mesurer le pouvoir de l’argent et du jeu politique. Nous connaissons la suite : le Watergate et, plus proche de nous, la faillite de Lehman Brothers qui faillit mettre le monde à terre. Enfin, aussi, cette descente aux enfers écologiques poussée par un matérialisme sans fin. Henry Miller ne disait-il pas : « l’Amérique, ce cauchemar climatisé… »

L’espérance ne meurt pas si chacun prend en charge ce qu’il a à faire, tous les jours, sans s’adonner exclusivement à la recherche de son avantage personnel, de son plaisir. L’hédonisme est une recherche du plaisir mais l’hédonisme n’est pas une recherche de l’accomplissement de l’espérance. Dieu se donne à voir dans ce que nous sommes capables d’abandonner de nous-mêmes pour accomplir un pas sur le chemin de l’espérance, sans renoncer à l’effort, voire à la lutte. Ne gâchons rien et prenons en charge cette part du lien social qu’est notre épargne pour porter concrètement une alternative d’investissement socialement responsable et solidaire. Donnons une âme à notre argent pour construire un monde qui nous convienne.

 

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À propos François Faure

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est docteur en théologie et animateur de Réseau CEP, une association dont le but est de relier la finance, l’économie et la société pour participer à la construction d’un bien commun pour vivre ensemble dans un monde plus juste.

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