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Supra/ infralapsaire

Admettons l’hypothèse de la double prédestination de Calvin. Se pose alors la question de l’ordre des décrets : Dieu a-t-il d’abord décidé de créer le genre humain et, anticipant la chute, ensuite prédestiné les uns au salut et les autres à la damnation ? C’est la position infralapsaire (« après la chute »). Ou bien son choix de créer le genre humain répond-il à sa volonté première d’offrir son salut à une partie de l’humanité, ce qui implique qu’il ait d’abord décidé de prédestiner les uns au salut et les autres à la damnation avant de les créer ? C’est la position supralapsaire. Il ne s’agit pas d’ordre chronologique mais plutôt de savoir ce qui est premier logiquement. Pour le successeur de Calvin, Théodore de Bèze, la question ne fait aucun doute : c’est la volonté de prédestiner le genre humain qui prime sur la volonté de le créer. Bèze tente en fait de résoudre un double problème : si l’on dit que Dieu anticipe la chute et choisit les élus et les réprouvés dans la masse des pécheurs, on n’arrive plus alors à défendre sa justice, puisque son critère nous échappe ; en outre, sa volonté n’est plus libre, puisqu’elle dépend du fait qu’Adam va chuter. Le théologien Jacob Arminius se dressa contre Bèze, plaidant en faveur d’un abandon de la doctrine de la prédestination de Calvin. Sa réaction entraîna l’une des plus longues polémiques de l’histoire du calvinisme et aboutit à la condamnation de ses thèses au Synode de Dordrecht en 1619. Toutefois, lors de ce synode, il fut aussi décidé que trancher la question relevait non pas de la foi de l’Église, mais de la simple querelle de théologiens. De telles discussions semblent aujourd’hui dépassées. Pourtant, la position des supralapsaires invite toujours à la réflexion : en posant la priorité, en Dieu, de la question du salut des individus sur celle de la Création, ils mettaient en scène un Dieu davantage tourné vers l’Homme que vers l’ordre cosmique. En ce sens, leur position n’est peut-être pas si éloignée que cela d’une certaine forme de théologie existentielle.

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À propos Pierre-Olivier Léchot

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est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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