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La minorité protestante

La France en a-t-elle fini avec la haine des protestants ? Sont-ils définitivement révolus, les temps lointains où pas moins que Zola s’exclamait à leur sujet « qu’ils s’en aillent ! » ? On pourrait en douter à la lecture du livre de Jean Baubérot et Marianne Carbonnier-Burkard. Non pas que le protestantisme soit demeuré cette sorte de « furoncle » sur le visage français que dénonçaient encore à la fin du XIXe siècle les apôtres de la haine antiprotestante. La détestation de cette minorité si longtemps persécutée a depuis longtemps laissé place, au pire, à de la curiosité et, au mieux, à une véritable empathie pour ce courant si « moderne ». Non, ce qui aujourd’hui continue d’interroger dans la culture française, c’est cette tendance à l’autonomie, à la responsabilité et donc à la dissidence – surtout au sein même du protestantisme dont l’éclatement en maintes dénominations éveille l’étonnement. Oui, dans un pays où l’uniformisation jacobine reste de mise, la voix protestante dans sa diversité et sa pluralité continue d’interroger et de soulever, parfois encore, la suspicion – et a fortiori quand certains publicitaires plus ou moins bien inspirés claironnent que la France est devenue protestante après avoir été, comme l’écrivait Bayle, « toute catholique » ! Il est donc urgent de lire ce beau livre rédigé dans une langue accessible à tous. Il propose en effet, en nous racontant sous l’angle de la condition minoritaire une histoire bien connue, une ouverture sur la diversité et la pluralité qui fait du bien, alors que sous couvert de laïcité et/ou d’identité l’on tente de nous faire boire jusqu’à la lie la coupe de l’uniformité desséchante.

Jean Baubérot, Marianne Carbonnier-Burkard, Histoire des protestants. Une minorité en France (XVIe-XXIe siècle), Paris, Ellipses, 2016, 576 pages.

À propos Pierre-Olivier Léchot

est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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