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Dire Dieu, c’est dire le monde.

Sans doute notre christianisme a-t-il trop souvent participé à une forme de fuite du monde. Au contraire de l’Évangile, il a, par ses dogmes et ses pratiques, (re)éloigné ce Dieu père, curieuse alchimie du père fouettard et du père Noël… Et pourtant il suffit de relire les évangiles, même simplement, pour y voir un choix radical, celui de l’être humain. Le symbole des apôtres est une déviation par rapport à ce choix initial. Relisez-le : Jésus, à peine né, « souffre sous Ponce Pilate » et meurt. Triste programme ! Comme si le seul but de Jésus avait été d’être l’objet d’un sacrifice, voire d’un marchandage entre notre monde et celui, éloigné, de Dieu. Dire cela, c’est réduire les quatre évangiles à quelques chapitres, c’est nier les rencontres et les paroles d’un Jésus qui aime et qui enseigne, qui bouscule, transgresse mais aussi réconforte. La complexité du Christ ne se résume pas à sa croix ou à son tombeau, même vide. Le choix du christianisme, c’est le choix de l’humanité de Dieu. Nos amis orthodoxes et orientaux y ajouteraient sans doute un thème qui leur est cher : la « divinisation de l’être humain ». Le christianisme que nous défendons ici n’est pas celui d’un écrasement, mais d’une élévation, pas celui d’une culpabilisation mais d’une libération. Il n’est pas non plus celui d’une séparation entre les affaires du ciel et celles de la terre. Nous sommes appelés à penser et à agir, sans attendre un hypothétique retour du Christ. Si nos Églises parfois s’engagent, c’est qu’elles ne sont pas en dehors du monde. Nous avons à penser spirituellement et théologiquement nos vies, personnelles et intimes, mais aussi en société. La cité de Dieu est aussi celle des hommes. Le bon plaisir de Dieu n’existe pas comme celui d’un monarque absolu. Mais il rejoint le bonheur humain. Maintenant !

À propos Jean-Marie de Bourqueney

est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il participe à la rédaction et à la direction du journal. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

3 plusieurs commentaires

  1. mnavant@mep-montbeton.com'

    A propos de l’editorial.Le texte semble vouloir innover mais il ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. C’est ce qu’affirment tous les chretiens ,protestants ou ,non

  2. michelhessel0753@orange.fr'

    Merci à Jean-Marie de Bourqueney pour vos lignes claires. Combien de chrétiens se réfugient dans l’idolâtrie de leurs petites différences, dans la construction imaginaire d’un Dieu Tout-Puissant qu’il faut apitoyer pour le compte exclusif d’une paroisse, d’une Eglise, d’une famille etc…. ? Ils n’ont donc pas lu quel glaive le Christ est venu apporter ?Ils ont peut-être cru que la formule de Jean (au commencement était le Verbe) était une prémisse poétique ? C’est un Dieu de la parole qui anime notre foi. A ce titre son Royaume est-il d’aujourd’hui, en chacune et chacun qui l’entend entre plusieurs et en soi-même, dans la Grâce d’une voix qui parle à même le souffle. Si le Christ est présent chaque fois que plusieurs sont réunis en son Nom, alors son retour c’est maintenant. D’où le souhait de beaucoup d’entre nous de chercher, au présent, la vie éternelle.

  3. nathan.andiran@gmail.com'

    Oui, mais… Mais oui Dieu n’est pas hors du Monde, oui Le symbole dit ‘des apôtres’ réduit le Christ au Chemin de Croix… oui tout cela n’est que trop vrai ! Quant à son retour, il fut prédit et le Christ en parle lui-même. Que faire en attendant ?
    Sans doute l’eschatologie conséquente peut elle un peu y répondre ?… Mais je me refuse, par la foi, à ne pas attendre le retour de notre Seigneur. Et je n’y trouve rien qui s’y oppose par rapport à la présence des chrétiens dans le Monde. L’Ethique du Royaume de Dieu doit déjà être en oeuvre en ce Monde. Mais est-ce que la spiritualisation du Royaume de Dieu est fidèle aux textes, je ne le pense pas. Quant au Monde; guerres nuclaires, catastrophes climatiques, surpopulation…croyez vous qu’il puisse survivre longtemps ?…

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