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11. Les annonces

 

Informer pour faire bouger. Informer pour que les membres de l’assemblée dominicale se déplacent du banc de l’église vers le cœur de l’Église, informer pour que les participants au culte évoluent de la posture d’auditeurs à celle de participants actifs : tel me semble l’objectif premier des annonces. Ce temps liturgique remplit-il ce rôle ?

La place des annonces

À la lecture de différents ouvrages de liturgie, il apparaît vite que le temps et la place des annonces dans le culte protestant font l’objet de discussions théologiques. En 1956, Jean-Daniel Benoît, dans son Initiation à la liturgie déclare « où qu’on les place, les annonces sont mal placées ; elles constituent dans le culte un élément hétérogène, elles ne font pas, à proprement parler, partie du culte, elles interrompent fâcheusement le dialogue cultuel ». Dans son ouvrage d’initiation à la liturgie pratique, Le culte à choeur ouvert, Laurent Gagnebin répond à Jean-Daniel Benoît en disant que le temps des annonces « est le temps dans le culte qui, avec une importance toute relative permet de mieux inscrire le culte dans notre temps et notre actualité en y apportant le souffle du monde ». Laurent Gagnebin place les annonces dans la troisième partie du culte dite « Liturgie de la parole » (prière d’illumination, lectures bibliques, prédication, silence, annonces, confession de foi). En se situant dans ce temps de la parole, les annonces se trouvent lithurgiquement au centre du culte. Pour Raphaël Picon, « les annonces relèvent du partage fraternel et ont donc le droit de faire partie des éléments du culte ». De même, pour James Woody, « les annonces pendant le culte ont un double intérêt : éviter le repli sur soi et mettre en pratique l’Évangile… c’est l’occasion de faire découvrir des lieux d’engagement possibles, des manières d’incarner l’amour du prochain » (interview à Réforme en décembre 2016).

Qui annonce ?

Pour Yves Keler, dans son Culte protestant, « les annonces se font le mieux depuis la chaire, si c’est le pasteur qui les fait, après un chant qui suit la prédication. Si c’est un laïc, depuis le pupitre ou les marches du choeur. » Dans la pratique que nous avons pu constater, le président du conseil presbytéral a préparé sa feuille d’annonces. Le pasteur se retire en rejoignant temporairement l’assemblée, ou en s’installant sur un banc. Est-il même informé de ce qui va être dit ? Le temps qui va venir n’est pas du ressort du pasteur, il prend de la distance, s’écarte, laisse la parole aux gens de l’assemblée. Une personne s’en est extraite, par délégation imposée ou choisie en conseil presbytéral. Une personne parmi les autres, un représentant porte une parole, une nouvelle connue par un petit nombre et destinée à être partagée aux autres. Quelques personnes s’autorisent de leur place à faire des annonces. Là où l’assemblée était réunie, elle se disloque au moment des annonces.

Qu’est-ce qu’on annonce et pour qui ?

J’identifie trois types d’annonces. Le premier regroupe les annonces datées pour informer des membres particuliers de l’assemblée. Seul un sous groupe dans le groupe des participants au culte est directement concerné. Il peut s’agir de la prochaine réunion du conseil presbytéral, du comité d’entraide, du catéchisme, ou du groupe de jeunes. Ce premier type d’annonces a la caractéristique de scinder l’assemblée en au moins deux groupes : ceux qui sont concernés par le rendez-vous indiqué (la réunion du Conseil presbytéral concerne les conseillers presbytéraux ; le catéchisme, les animateurs, les enfants et leurs parents etc.) et ceux qui ne le sont pas. Ce deuxième « groupe » n’est plus destinataire de la parole prononcée publiquement.

Le deuxième type d’annonces est l’agenda destiné à informer largement d’une manifestation organisée pour l’Église et/ou par l’Église : les rencontres consistoriales, les rencontres œcuméniques, les sorties… Les destinataires de ce type d’annonce sont plus nombreux. Il s’agit là d’une invitation à rejoindre les groupes constitués. L’annonce type se termine d’ailleurs généralement par les mots tels que « venez me retrouver à la fin du culte et je répondrai à vos questions ». Toutefois, ces annonces excluent le paroissien protestant d’une autre région qui se trouve être en visite ce dimanche, excluent les nouveaux arrivants, ceux qui ce dimanche là tentaient leur aventure dans un temple. Ces paroissiens de passage, ces touristes cultuels s’éloignent de la communion de l’assemblée. Le culte, le temps de la méditation, du recueillement, s’arrêtent donc ici pour eux. Rejoindront-ils l’assemblée avant la fin du culte ?

Le troisième type d’annonces formule une sollicitation. « J’ai besoin de vous » exprime le locuteur, qui sollicite les plats à apporter pour la fête paroissiale, une animation à assurer, de l’aide pour installer une exposition. À l’instar de ce que théorisent nos théologiens, les annonces de cette troisième catégorie incitent les participants au culte à intégrer la vie en Église, montrent que la lecture de l’Évangile appelle au partage et à la fraternité.

Annoncer pour une assemblée mouvante et disparate

La forme des annonces, telle que je l’entends dans nombre lieux de culte, exclut de la communion liturgique et désassemble ce qui a été assemblé précédemment. Certes, les écoutants des annonces sont témoins de la dynamique d’une paroisse en entendant les dates des nombreuses réunions organisées. Mais à qui les annonces sont-elles le plus utiles ? Aux responsables paroissiaux qui aiment entendre les nombreuses activités énoncées à ce moment là ? Ont-elles véritablement leur utilité pour le paroissien de passage et encore plus pour celui qui tente une première approche paroissiale ? Et la communauté, n’a-t-elle pas d’autres lieux, d’autres supports pour s’informer et être informée ?

J’évacuerais ce qui s’adresse à un noyau de personnes de la feuille d’annonces. Les personnes faisant partie du groupe ont en effet noté sur leurs agendas les réunions souvent prévues annuellement. Il y a eu les SMS, les appels téléphoniques, les comptes rendus de réunion. Chacun est informé. La deuxième catégorie d’annonces, qui informe d’événements à venir ouverts à tous, serait aussi à évacuer. Pour ce type d’annonces, chaque paroisse peut utiliser un affichage (au fond du temple, sur la façade, etc.) ou avoir recours aux moyens de communication tels que la feuille de chou paroissiale, le journal régional et ses pages locales, la radio protestante. Évacuer ces deux types d’annonces permettrait de ne pas dissoudre l’assemblée constituée grâce à la liturgie qui précède les annonces.

En revanche, la troisième catégorie d’annonces qui sollicitent les personnes serait à garder, en les étayant, en les enrichissant, en racontant une histoire, en donnant envie. Ces annonces seraient le cœur de l’expression du locuteur qui prendrait alors le temps de les formuler, de les adresser à tous et à chacun. Quel type de personnes recherche-t-on ? Et pour faire quoi précisément ? Ces annonces seraient formulées pour donner envie à toute personne de se sentir concernée par l’une ou l’autre. Une annonce serait une interpellation. Une seule, unique et belle annonce, en prise directe avec l’Évangile. Une annonce qui fait la place à chaque individualité. Une annonce qui provoquerait chez l’écoutant « Tiens, cette annonce est peut-être pour moi. Je vais me mettre en mouvement, je vais sortir du rang des bancs pour être acteur de l’Église. »

 

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À propos Guylène Dubois

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entrée au comité de rédaction en 2014, fut bibliothécaire puis libraire. Elle travaille aujourd’hui dans l’univers radiophonique.

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