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Une Église qui fait sens

 

Il me semble très inexact de dire que les temples se vident, que les paroissiens quittent les Églises. D’abord parce qu’il y a bien des lieux qui connaissent une affluence croissante, toutes dénominations confondues. Ensuite, parce qu’il faut tenir compte des mouvements de population : ce qui serait regrettable, ce serait un lieu qui se vide alors que la population locale augmente. Enfin, cette analyse est fausse car, dans ce cas, justement, ce sont plutôt les Églises qui quittent leurs paroissiens que l’inverse. Ce sont les institutions qui prennent leur propre chemin, sans se soucier de leurs membres. Les Églises abandonnent les leurs lorsqu’elles ne font plus que s’intéresser aux réponses d’hier au lieu de s’intéresser aux questions d’aujourd’hui, lorsqu’elles ne prennent plus le soin de s’intéresser à ce que vivent leurs contemporains, à leurs difficultés, leurs projets, mais aussi leurs trouvailles, leurs centres d’intérêt, leurs manières de vivre.

Chaque Église est tout à fait libre de choisir la posture qu’elle souhaite, mais la fidélité à l’enseignement du Christ Jésus implique de faire droit aux contemporains et aux interlocuteurs. Jésus n’a pas arpenté les places en redisant à l’identique les formules d’autrefois, ni en expliquant les points essentiels de la théologie. Il a fait de la théologie à l’occasion de ses rencontres, à l’occasion des événements de la vie quotidienne. Les lettres de l’apôtre Paul, quant à elles, indiquent le souci pastoral de rejoindre les membres des Églises naissantes dans leurs préoccupations personnelles. C’est d’ailleurs cela qui rend certains de ses propos difficilement acceptables aujourd’hui : Paul n’avait nullement l’intention d’écrire la suite de la Bible hébraïque, il avait à coeur d’aider les personnes à penser leur manière de croire.

Les textes bibliques nous montrent des christianismes désireux d’aider chacun à donner du sens à sa vie, voire à retrouver du sens lorsque la vie quotidienne est devenue particulièrement compliquée et que les contingences – ce qui nous arrive et qui conditionne notre histoire alors que nous ne l’avions pas souhaité – prennent plus de place que nos convictions personnelles. Comprendre ce qui nous arrive, en faire quelque chose, trouver les moyens d’être libres, de donner du sens à sa vie, n’est-ce pas ce que pourraient permettre les religions, chacune avec leurs expériences propres, avec leurs bagages culturels ? Les religions seraient alors de véritables compagnons de route qui n’abandonnent pas les personnes ni qui les cornaquent (ce qui serait le problème symétrique), mais qui les équipent pour frayer leur propre chemin en direction de ce que promet l’Éternel. Le théologien Jean-Marc Tétaz nous donne l’occasion de réfléchir à cette conception de l’Église.

À lire l’article de Jean-Marc Tétaz ” L’Église face aux mutations de la société “.

 

À propos James Woody

Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

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