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Le pardon en politique : un aller sans retour !

 

Depuis mes études de théologie à Strasbourg, et mes premières expériences politiques, je suis de près ce domaine intellectuel. Son organisation, ses théories, son histoire, les réflexions théologiques qui y sont associées : tout m’intéresse. La politique incarne à merveille le lieu d’une grâce, d’un pardon toujours possible. Les élections le révèlent à chaque fois. Malgré leurs « affaires », les politiques sont toujours et à nouveau ré-élus ! Preuve que les citoyens que nous sommes sont capables, dans certaines circonstances, d’un pardon sans limite. Un pardon théologique, à l’image de celui que Dieu nous offre. Il est regrettable, pour ne pas dire plus, que les élus se révèlent bien souvent incapables d’en montrer une once dans les politiques qu’ils mettent en œuvre ou commandent…

 Prenons un exemple : Farid Benyettou est un ancien islamiste. On l’appelait « l’émir des Buttes Chaumont ». Il prêchait l’islam radical dans son quartier et notamment aux frères Kouachi. En 2005, Il a été arrêté et a purgé une peine de 4 ans de prison. À sa sortie, il commence une nouvelle vie, passe son diplôme d’infirmier et travaille avec Dounia Bouzar, chargée par le gouvernement de la lutte contre la radicalisation. Le ministère de l’intérieur déconseille alors vivement à celle-ci de poursuivre en ce sens. Après avoir bien réfléchi, elle passe outre car, pour elle, ce sont ceux qui ont été à l’intérieur et qui en sont revenus qui peuvent le mieux aider à lutter contre le processus de radicalisation. Elle va plus loin : « Il faut être clair, dit-elle. Soit la société finance des actions de déradicalisation car elle croit en l’humain soit elle n’y croit pas et elle prend ces millions pour faire un Guantanamo à la française. Mais ne […] payons pas des gens pour dé-radicaliser pour ensuite dire “tiens, celui-là il est stable depuis 6 ans. On n’a rien contre lui mais un terroriste un jour reste un terroriste toujours”. Ça je ne peux pas l’accepter. » Au nom de notre théologie de la grâce, nous non plus !

 

Pour aller plus loin : F. Benyettou et D. Bouzar, Mon djihad. Itinéraire d’un repenti (Essais-Document), Paris, Éditions Autrement, 2017, 225 pages, 16,90 €.

 

À propos Christophe Jacon

est pasteur de l’Église protestante unie de France et informateur régional du sud-ouest. Il est docteur en Nouveau Testament de la Faculté de Théologie de Strasbourg et s’intéresse aux lettres pauliniennes, à la pensée des réformateurs et à la théologie politique.

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