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Ah le vilain !

 

Dans une prédication vidéo sur le net, j’ai eu le malheur de parler des « salauds de la manif pour tous ». Que n’ai-je entendu ! Un peu couard, j’ai essayé de me défiler en disant que c’était au sens philosophique de Sartre : les lâches et les salauds. Ma psy me dit : « Pourquoi donc ? Au sens littéral, ça marche aussi ». Que font les partisans de la manif pour tous sinon saloper, salir d’idées et de slogans répugnants l’exigeant titre de chrétien et la belle diversité des familles ? « Ah oui, mais l’amour des ennemis, la non-violence comme Jésus, qu’en faites-vous, Monsieur le pasteur ? »

Ça m’énerve. D’abord parce qu’il n’y a pas que le Nouveau Testament mais aussi l’Ancien où ça massacre à qui mieux mieux. Les méchants ne sont pas flétris avec des roses sans épine. Relisez l’ensemble du passage sur David et Goliath ou mieux, faites-le lire un dimanche matin : effet assuré ! Relisez les prophètes : ça rentre dans le chou, ça éructe, ça démonte son monde. Jésus lui-même n’était pas un gentil niais. Le chapitre 23 de Matthieu n’est que moqueries blessantes, ironie cinglante et quolibets. Mes préférées sont (précédées d’un explicite : Malheur à vous Scribes et pharisiens hypocrites !) : « Vous nouez vos fardeaux sur les dos des autres mais vous ne bougez pas le petit doigt ! » et « Vous filtrez le moucheron mais vous avalez le chameau ! ». Ils se font traiter de serpent vipères et promettre la géhenne à qui mieux mieux…

Est-ce étonnant ? Sont-ce des textes qu’il faut édulcorer en les contextualisant, les excuser en inventant une crise de surmenage du Messie ? Il faut ne jamais avoir mené un combat syndical, de quartier ou politique pour faire cela. Jésus ne vendait pas des méthodes de méditations et des histoires niaises de colibri. Il faisait la plus grande révolution de tous les temps. Avec de l’eau tiède ? Non, en bousculant, en désignant des ennemis pour resserrer les rangs de ses partisans, en montant des rapports de force (pourquoi donc 5 000 personnes pour un piquenique ?) donc du face-à-face. Mais aussi convaincre des indécis et négocier avec l’ennemi. Donc du côte à côte. Du conflit et de l’amour. De l’amour, des ennemis. De la paix et de l’épée. Il y a un temps pour tout !

 

À propos Stéphane Lavignotte

est pasteur de la Mission populaire évangélique à Gennevilliers (92), président du Mouvement du christianisme social et militant écologiste. Dernier ouvrage paru : Les religions sont-elles réactionnaires ? (Textuel, 2015).

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