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Devenir humain L’essentiel, c’est l’humain

 

vallotton-claudeUne vie n’est pas de trop pour devenir humain. En effet, nous naissons prématurés, même à terme ! Nous ne sommes pas encore capables de vivre comme des femmes et des hommes dignes de ce nom. Nous avons besoin de nos parents, de notre famille, de nos proches, de nos amis, de nos maîtres et professeurs, bref des autres, pour grandir peu à peu. La naissance marque le début d’une longue marche vers plus d’humanité.

Devenir humain, c’est devenir attentif à ce que je ressens et à ce que l’autre éprouve. Une action, une pensée, une décision deviennent humaines – ou du moins un peu plus humaines – lorsqu’elles prennent en compte ce que leurs auteurs et leurs destinataires ressentent, pensent et vivent. Cette double attention s’exerce la plupart du temps en lien avec un thème traité, des valeurs de référence, un objet du dialogue ou un message à transmettre.

L’élan du départ est donné par Jésus : « Moi, je suis venu pour que les humains aient la vie et l’aient en abondance. » (Jn 10,10) Jésus sème des graines de confiance, d’espérance et de reconnaissance mutuelle. Cela signifie que l’humain devient le lieu incontournable de la foi, de l’amour et de l’espérance. Ces derniers ne se développent que dans le sol humain et non en culture hors-sol.

Cet itinéraire est déconcertant. Il se parcourt en plusieurs étapes, avec des crises, des répétitions, des avancées, des reculs.

L’humain – ouvert vers la foi – se découvre en commençant à redevenir « comme des enfants », afin de grandir. « En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. » (Mt 18,3) Il ne s’agit pas de retomber en enfance, mais de lâcher prise, de revenir à la source, de changer de perspective pour ensuite aborder autrement la vie réelle et quotidienne. Ce détour par l’origine permet de grandir. « Quiconque en est encore au lait ne peut suivre un raisonnement sur ce qui est juste, car c’est un bébé. Les adultes, par contre, prennent de la nourriture solide, eux qui, par la pratique, ont les sens exercés à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais. » (He 5,13-14)

L’enjeu, c’est de maîtriser, autant que faire se peut, ce qui en nous est inhumain, ce qui nous déshumanise, ce qui nous prive de notre dignité en faisant de nous un sous-homme ou au contraire nous entraîne dans l’illusion de dépasser les limites comme surhomme.

 Ouvrir la vie à l’ambivalence et l’ambiguïté

Devenir humain, c’est ouvrir une perspective dans le sérieux qui bloque la vie. L’humour oriente vers plus d’humanité. En prenant de la distance, du recul, un espace se dessine qui rend la vie vivable. C’est une manière d’être, une spiritualité enracinée dans le courant biblique de la sagesse. À Job dérouté par le non sens, Dieu répond avec humour en lui montrant un hippopotame et un crocodile (Jb 40) ! La Sagesse se promène « au-dehors, le long des avenues » (Pr 1,20), dans le quotidien.

Devenir humain, c’est ouvrir la conviction vers l’attention à l’autre. Car la conviction devient parfois un obstacle sur le chemin ! Il n’est pas possible de vivre sans conviction. Cependant, trop de conviction empêche de vivre vraiment. Dans le mot conviction, il y a : vaincre, combattre, l’emporter sur. Ce mot rime avec éviction ! La conviction fait vivre mais elle peut aussi devenir meurtrière. L’humanité est le fondement de la croyance. Que sert-il de croire si je reste ou deviens inhumain et fanatique ? Que sert-il de développer une conviction si elle m’extrait de mon humanité ? La foi également peut empêcher de vivre vraiment, si elle envahit tout l’espace et ne laisse aucune place à mon humanité ni à celle des autres. Il est vain de se demander si la foi précède l’humain ou si l’humain ouvre à la foi. L’un ne va pas sans l’autre. Une foi acceptant ce qui est inhumain usurpe son nom. De même une humanité fermée à une ouverture spirituelle, au sens large de ce terme, n’est pas non plus digne de son nom.

Devenir humain, c’est ouvrir la vie à l’ambivalence et l’ambiguïté. La foi n’est pas une médaille avec une seule face, que l’on présente pour être admis dans les milieux ecclésiastiques. Il y a l’envers et l’endroit, le bien et le mal, l’ombre et la clarté. L’un ne va pas sans l’autre. Cela ne veut pas dire que nous perdons courage et espérance ni que nous justifions le mal et l’injustice ; l’humain développe alors ses racines plus en profondeur, au-delà des apparences. La peur, mauvaise conseillère, nous invite à ne voir qu’un aspect des choses. On se réfugie sur un versant en oubliant qu’il n’existe que parce qu’il y a un autre versant ! Le manque de tolérance et le recours immédiat à la violence sont aussi des signes de cette vision tronquée de l’existence. On a peur de l’autre, on commence par frapper avant de chercher à comprendre. La foi, enracinée dans l’humain, ne construit pas un domaine privé sécurisé, elle permet au contraire d’affronter avec courage l’insécurité du monde tel qu’il est, avec ses contradictions.

 Entre utopie et résignation

Les institutions économiques, politiques, financières, ecclésiastiques sont aussi concernées par cette dynamique, même si celle-ci ne peut pas s’y exercer aussi directement. Toutes ces organisations humaines ont été faites pour l’homme ; l’homme n’a pas été fait pour s’adapter à leurs exigences ni à celles de leurs dirigeants. « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mc 2,23).

Il est extrêmement difficile d’orienter notre planète vers plus d’humanité. Entre l’utopie et la résignation, nous nous engageons sur un étroit sentier de foi et d’espérance malgré tout. Nous y cheminons avec toutes les personnes de bonne volonté et parfois nous y rencontrons aussi des groupes plus importants – organisations, associations, Églises – qui transforment leur impuissance et leur situation minoritaire en élan vers plus de justice et d’humanité. C’est ici que la foi nue – ne reposant que sur elle-même – se manifeste dans toute sa profondeur.

 Devenir humain, c’est apprendre à parler, à communiquer

L’humain advient par le langage. C’est en parlant, en me parlant à moi-même, en parlant à autrui que je deviens plus humain. « La Parole a été faite chair, la Parole est devenue un homme, et il a habité parmi nous. » (Jn 1,14)

Certes nous entendons aussi des prises de parole qui appellent à l’inhumain. Elles diffusent le mépris de l’autre. Elles séduisent parce qu’elles font appel à nos instincts les plus primitifs. Elles peuvent être mises en question par un dialogue difficile et exigeant à l’écoute de tous les interlocuteurs.

Chaque langue permet un approfondissement de l’humain. Chaque religion est comme une langue maternelle. Mais pour communiquer, il faut apprendre d’autres langues, apprendre à écouter, à traduire, à entrer dans d’autres logiques. En conjuguant les verbes, les actions, en déclinant les mots et les adjectifs dans sa langue maternelle, dans d’autres langues étrangères, dans sa croyance et sa religion en dialogue avec les autres croyances et religions, on apprend peu à peu à devenir plus humain. Car on ne peut pas parler de Dieu, sans parler de l’être humain.

Une foi sans enracinement humain, une humanité sans ouverture à plus grand qu’elle, restent à la surface de l’existence en se laissant entraîner par le courant dominant. L’essentiel : devenir humain en parlant et en écoutant ce qui monte en nous, ce que dit autrui et ce que murmure le silence de Dieu

 

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À propos Claude Henri Vallotton

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a été pasteur, superviseur et formateur dans l’Église réformée du canton de Vaud. Il a écrit plusieurs ouvrages, publiés chez L’Harmattan : Le sens spirituel de la formation en Église, La visite, une ouverture vers l’essentiel, Vers une Église plus crédible, Suis-je encore croyant ? Retraité, il a été durant deux ans pasteur bénévole dans la Communauté protestante francophone de Berlin ; les prédications qu’il y a prononcées ont été publiées chez le même éditeur.

Un commentaire

  1. Avatar

    Bravo pour se texte .
    La parole est une exigence, elle est création, elle est l’Humain.
    Mais elle peut aussi être l’inverse. Elle peut tuer, désagréger, “décréer”.
    Alors comment peut on reconnaître qu’une parole est créatrice et non l’inverse?
    Tout simplement il ne faut pas que cette parole soit un outil de conquête. Il ne faut pas qu’elle cherche à “con-vaincre”. Il faut seulement qu’elle soit le reflet, l’image, de la pensée, de l’Etre.
    Parler sans chercher à convaincre voilà ou se loge l’humanité. Voilà le défi que devrait se poser chacun de nous.
    C’est lorsque cette parole devient outil de conquête qu’éclate les injustices et la régression.
    Peut être faut il chercher également dans cette explication la présence de Jésus.

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