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Une déclaration de foi très centrée sur le présent

 

André Gounelle

André Gounelle

Nous parlons de Dieu tantôt au passé, tantôt au présent, tantôt au futur. Au passé : il est le Dieu de nos Pères, ceux de l’Ancien et du Nouveau Testament, et ceux de la Réforme. Au présent : il est le Dieu qui nous accompagne, nous soutient et nous interpelle aujourd’hui. Au futur : il est le Dieu qui vient, qu’on espère, dont on attend le Royaume. Ces trois manières de parler de Dieu diffèrent, mais ne se contredisent nullement.

L’Église protestante unie de France travaille actuellement sur un projet de Déclaration de foi. Ce projet donne une large prédominance au présent. Quand il mentionne « la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Christ », c’est pour dire qu’elles nous réconcilient sans cesse, donc aujourd’hui, avec Dieu, beaucoup plus que pour nous renvoyer à des événements anciens (même s’il ne les exclut évidemment pas). Il se réfère nettement au passé une seule fois en déclarant reconnaître pleinement la foi chrétienne dans « les Symboles Œcuméniques, les Livres symboliques et les Confessions de foi de la Réforme ». Que veut exactement dire « reconnaître pleinement » ? À mes yeux, ces textes entendent bien exprimer la foi chrétienne, mais ils ne l’expriment pas « pleinement » ; le respect et la reconnaissance qu’on leur porte n’excluent pas des critiques. Je préférais la formule de naguère qui les qualifiait « d’expressions successives » de la foi chrétienne. Si le projet donne une place restreinte au passé, par contre il n’y est pas question, en tout cas pas clairement et directement, de l’avenir, de l’attente de ce que le Nouveau Testament appelle la vie éternelle ou le Royaume.

 Ne pas oublier l’avenir

Cette prédominance du présent est assez normale : on ne déclare pas sa foi en parlant d’hier ou de demain, mais en disant ce qu’on vit maintenant ; non pas en racontant ce que Dieu a fait autrefois ou ce qu’il fera plus tard, mais en expliquant ce qu’il représente pour nous aujourd’hui. Que les allusions au passé restent discrètes ne me gêne pas beaucoup, ma foi n’est pas archéologique. Par contre, j’aurais été content qu’on n’oublie pas l’avenir et qu’on indique qu’une espérance et une visée animent notre présent. L’annonce du Royaume qui vient se trouve au cœur du message évangélique. Je ne souhaite ni modification ni révision. Rien de pire que ces textes qu’un travail collectif défigure en détruisant leur logique ou leur cohérence à coups d’amendements et de remaniements. Ainsi, à force de lui ajouter des choses en elles-mêmes justes, la confession de foi de l’Église Unie du Canada est devenue obèse et a perdu sa vigueur. Mais j’aimerais bien que la future Déclaration soit précédée d’une introduction ou d’un préambule qui préciserait : d’abord qu’elle n’entend pas tout dire, mais seulement indiquer, parmi d’autres possibles, une ligne d’accord ou de convergence ; ensuite qu’il faut s’attacher au sens qu’elle entend exprimer et non à la « lettre des formules » ; enfin que, comme toute confession de foi, elle se situe dans un contexte précis et qu’elle est donc normalement appelée à être révisée si la situation évolue. Les déclarations de foi sont des expressions relatives d’une vérité absolue ; nous ne savons dire l’absolu qu’à travers du relatif. On donnerait ainsi sa juste place au présent de la foi, sans léser son passé ni son futur ; et on reconnaîtrait les limites de nos formulations sans amoindrir leur importance.

 

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À propos André Gounelle

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est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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