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Lire Luther

302_octobre2016_web-31Nous n’en avons pas fini avec Luther. « Nous » chrétiens, « nous » européens, « nous » occidentaux, en tout cas « nous » protestants. Autour de 1517, le théologien Martin Luther a construit un nouveau langage, une nouvelle manière d’être chrétien, un nouvel « être au monde » : des « nouveautés » qui l’ont fait excommunier, ont fait exploser la chrétienté latine, éclater et reconfigurer l’Église, et dont nous sommes encore les héritiers.

Ce nouveau langage, ces sens nouveaux donnés à de vieux mots – foi, loi, œuvres, justification, conscience, liberté, Église, laïc –, sont à leur tour devenus vieux, usés, étrangers. Très pédagogiquement, le professeur Pierre-Olivier Léchot propose de les revisiter pour les faire résonner encore aujourd’hui. Aux extraits de Luther qu’il a judicieusement choisis pour susciter l’envie d’en lire davantage, j’ajouterai mon préféré, tiré d’un sermon prononcé à Wittenberg, le 10 août 1522 :

« Gardez-vous des faux prophètes ! » (Mt 7,15) : le Christ ne parle pas seulement au pape, mais à tous […]. Si donc je dois prendre garde et discerner la fausse doctrine, c’est à moi de juger et de dire : pape, toi ou les conciles, vous avez décidé ceci, mais il me reste à juger si je peux l’accepter ou pas. En effet, tu ne combattras pas pour moi et tu ne répondras pas pour moi lorsque je mourrai. C’est à moi qu’il incombera de savoir où j’en suis. Il faut [nous dit la parole de Dieu] que tu sois certain qu’il s’agit de la parole de Dieu, aussi certain que du fait que tu es encore en vie et encore plus certain, afin d’y fonder ta conscience. Même si tous les hommes s’y mettaient, voire les anges, pour trancher, si tu ne peux pas décider toi-même et juger, tu es perdu. Car tu ne dois pas fonder ton jugement sur le pape ou sur les autres ; tu dois être capable de dire de ton propre chef : ceci est juste, ceci est faux. Sinon, tu ne pourras pas subsister. Car si tu voulais dire sur ton lit de mort : le pape a dit ceci, les conciles ont décidé cela, les saints pères Augustin et Jérôme ont défini ceci ou cela, le diable percera aussitôt un trou et fera irruption : et si c’était faux ? N’ont-ils pas pu se tromper ? Et te voilà à terre. C’est pourquoi tu dois être certain de pouvoir dire : ceci est la parole de Dieu, c’est sur elle que je me fonde. […] Eh bien ! Laisse-les décider et dire ce qu’ils veulent. Tu ne peux pas y placer ta confiance, ni donner par là la paix à ta conscience. Il s’agit de ta tête, de ta vie, c’est pourquoi Dieu doit te parler au cœur et te dire : voilà la parole de Dieu ; sinon c’est incertain. Il faut que tu en sois certain toi-même, en excluant [l’avis de] tous les autres hommes.

Sermon du 8e dimanche après la Trinité (10 août 1522), sur Mt 7,15 s., (WA 10, III, p. 258, 18- 260, 10, trad. Marc Lienhard).

À lire l’article de Pierre-Olivier Léchot ” Parler de Dieu avec Luther “

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À propos Marianne Carbonnier-Burkard

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a longtemps enseigné l’histoire du christianisme moderne et de la Réforme à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris) ; elle est vice-présidente de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français.

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