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Radicalisation

 

297-09-2A297-09-2BDeux livres, à l’approche complémentaire, proposent une introduction panoramique au phénomène de la radicalisation djihadiste.

Ouvrage collectif, L’idéal et la cruauté est une réflexion théorique où se mêlent les regards de psychanalystes, psychiatres, anthropologues et enseignants. Témoignage d’une professionnelle de terrain, comment sortir de l’emprise « djihadiste » ? décrit le travail effectué par le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI) à destination des familles dont l’un des membres a été victime du processus de l’emprise sectaire djihadiste.

Ce qui frappe en premier lieu dans ces deux ouvrages est la très grande variété du vocabulaire utilisé pour décrire le phénomène : terrorisme, radicalisation, djihadisme, embrigadement, endoctrinement, fanatisme, islamofascisme. Cette profusion ne traduit pas une méconnaissance du sujet, mais bien au contraire souligne l’extrême variété des profils psychologiques et socio-économiques des victimes.

Comme le soulignent plusieurs auteurs, « les nouveaux candidats au djihad sont de plus en plus jeunes, issus de toutes les classes sociales, et beaucoup sont inconnus des services de police ». Qu’ils soient de culture musulmane ou convertis récents, ils partagent des traits de déclassement social, de clivage culturel, de désorientation psychique, et sont imprégnés d’un sentiment vécu ou fantasmatique d’humiliation. Ils vont chercher dans un voyage initiatique – inscrit dans le réel du départ pour la Syrie ou le virtuel d’Internet – ce qui leur permettra « de se forger une identité à l’épreuve du réel ». Ce que recherchent ces jeunes est avant tout la quête d’un absolu qu’ils devinent sans vraiment le comprendre ; et au fondement de cette quête se trouve le désir de rejoindre une communauté fraternelle fondée sur la « primauté du groupe purifié ».

La vocation individuelle est au service d’une cause millénariste dans laquelle le révolutionnaire politique est intimement mêlé au messianisme mystique. La simplicité et le peu d’élaboration du discours des guides spirituels résultent d’une volonté délibérée, car elle permet à chaque victime d’y trouver ce qu’elle recherche, ou tout au moins d’en avoir l’illusion. Ce qui fait la force du message messianique fait aussi sa faiblesse, car s’il permet d’attirer indistinctement les uns et les autres, il n’offre rien de substantiel pour continuer à nourrir la quête de sens une fois arrivé dans cette pseudo-terre promise ; ainsi, un quart de ceux qui partent reviennent en toute désillusion dans leur pays d’origine.

Les professionnels du CPDSI travaillent sur la restauration d’une filiation et d’une intimité qui ne sont pas dépendantes de la pureté d’un groupe d’affiliation mais qui s’accommodent des défauts du monde matériel, grâce à l’évocation des liens familiaux, des souvenirs intimes, et plus généralement des émotions plutôt que du raisonnement. Les approches théoriques et les pratiques du terrain insistent sur le fait que le désembrigadement djihadiste ne signifie pas abjuration de la foi musulmane. Les réponses à la radicalisation ne doivent pas être uniquement pénales mais doivent prendre la forme d’une réintégration sociale, comme le furent les commissions « vérité et réconciliation » en Afrique du sud, entre militants et résistants à l’apartheid, ou en Irlande, entre catholiques et protestants.

 

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À propos Guillaume Monod

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est pédopsychiatre en région parisienne. Ancien contrôleur auprès du contrôleur général des lieux de privation de liberté, il continue de pratiquer en milieu carcéral pour une prise en charge des mineurs détenus et de leur famille. Il a notamment publié Tiphaine ou le silence du moi chez Albin Michel.

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