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Accompagner la mort d’un ami

Il est certain que la mort d’un ami, pour des jeunes, provoque des sentiments particulièrement forts. Les jeunes sont moins que d’autres préparés à affronter la mort, celle de leurs proches, et surtout leur propre mort qu’ils n’imaginent souvent même pas.

Or ces sentiments sont aussi plus difficiles à gérer que pour d’autres qui ont déjà dû surmonter divers deuils plus ou moins importants, les aidant à prendre le recul nécessaire.

Ce que nous montre la sociologie, c’est que les jeunes, spontanément, cherchent des moyens d’exprimer leurs forts sentiments et de les ordonner par des gestes, des rites, des paroles ; mais on voit aussi que, dans leur spontanéité, ces pratiques improvisées sont souvent naturellement simplistes et pas forcément dans le sens de ce qui les aiderait le mieux à dépasser le deuil.

Ce qu’ils cherchent d’abord, c’est à nier partiellement la mort, faire comme si le disparu existait encore, en s’attachant à des vestiges de sa vie terrestres, ou en faisant comme s’il était encore là. Cela est naturel, et répertorié comme une des premières phases du deuil qu’il faut apprendre à dépasser ; il faut pouvoir admettre concrètement la mort pour pouvoir la dépasser. Ce qu’ils expriment ensuite, et qui est sans doute plus juste, c’est qu’il y a quelque chose d’un peu mystérieux qui demeure et qui est de l’ordre du lien affectif.

La question est de savoir comment l’Église peut aider les personnes dans ces situations et de quelle manière elle peut ou doit le faire. Trop souvent, les rites d’Église sont décalés par rapport à la vie des fidèles auxquels ils ne disent plus rien ; il est donc essentiel pour le théologien de prendre très au sérieux ces données sociologiques.

Le premier rôle du rite funèbre doit être de permettre aux endeuillés d’exprimer leurs sentiments. Exprimer publiquement un sentiment, c’est l’objectiver, et aider à avoir prise sur lui, et le verbaliser, c’est travailler à l’ordonner. Ainsi, certainement un service funèbre Accompagner la mort d’un ami Louis Pernot doit-il permettre aux uns ou aux autres d’exprimer ce qu’ils ressentent et de le partager.

Mais ne faire que cela serait insuffisant, il faut aider aussi les personnes éprouvées à pouvoir avancer pour sortir du deuil.

Pour cela, le rite lui-même a une utilité. Par la liturgie, un certain formalisme, et la distance d’un officiant qui, lui, n’est pas totalement bouleversé, le désordre des sentiments est mis en ordre. Celui qui perd un proche peut avoir l’impression d’être pris dans une tourmente, un tourbillon où tout s’arrête, son monde s’écroule ; il est bon de faire voir que le monde continue à tourner, que le deuil est prévu, qu’il y a une liturgie, une procédure, un rite qui montre qu’il y a un ordre au-delà du chaos.

Ensuite, l’accompagnement de l’Église doit être de donner une parole d’espérance : c’est-à-dire à la fois de faire prendre conscience concrètement de la mort physique pour l’admettre, et reconstruire d’une autre manière, de bien vouloir croire qu’il y a quelque chose d’éternel dans le défunt, mais qu’il faut apprendre à le considérer autrement.

Le discours théologique doit donc être très clair : la mort physique est réelle, « ce qui est poussière retourne à la poussière » (Gn 3,19) ; pourtant il y a bien quelque chose qui transcende la mort (ce que ressent naturellement tout être humain même non religieux et ce que tentent d’exprimer les jeunes), mais cette transcendance est d’un autre ordre, celui de l’invisible, de l’amour, du spirituel, pour apprendre à ne pas « chercher parmi les morts celui qui est vivant » (Lc 24,5).

Ensuite, selon les natures, les uns ou les autres voudront privilégier l’expression des sentiments, en faisant du service funèbre un moment où l’on pleure le défunt ; d’autres, dans la tradition calviniste, laisseront peu de part à ces sentiments pour tout ordonner dans la parole et faire œuvre de pédagogie pour aider les endeuillés, après avoir regardé la mort en face, à tourner leurs regards autrement que vers le matériel pur.

 

À lire le dossier de Martin Julier-Costes ” Perdre un ami “

À lire l’article de Marie-Noële Duchêne ” La mort, le deuil et le courage “

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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