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L’humour : peut-on rire de tout ?

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Le mot humour vient du latin humor (liquide). Le concept d’humour est, en effet, issu de la vieille théorie médicale des quatre humeurs (le sang, le flegme, la bile et l’atrabile) qui soutenait que la prédominance de l’une d’entre elles donnait un tempérament particulier. Le dictionnaire Robert définit l’humour comme la « forme d’esprit qui consiste à dégager les aspects plaisants et insolites de la réalité, avec un certain détachement ».

L’humour est le refus de l’indifférence face aux événements de la vie, fussent-ils désagréables, et aussi le refus d’un certain conformisme bien élevé. L’humour bien pratiqué est un puissant vecteur de sens. Le dessinateur Wolinski dit que l’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre. Molière a fait au moins autant que les philosophes pour libéraliser les esprits. Il est symptomatique qu’aujourd’hui le LIMSI (Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur) travaille sur l’interaction sociale des robots-compagnons par le rire.

Avoir de l’humour c’est savoir rire de soi et du monde. L’humour est liberté, victoire sur soi et sur le monde. Pierre Desproges annonça sa maladie par cette phrase : « Plus cancéreux que moi, tu meurs ! » C’est une certaine manière d’affirmer la supériorité de l’esprit sur tout ce qui peut le détruire ou l’aliéner.

Le fanatisme ne peut pas accepter l’humour. L’humour implique une capacité de distanciation alors que le fanatisme est incapable de prendre du recul ; l’humour est exempt de haine contrairement au fanatisme ; l’humour est une expression de liberté alors que le fanatisme est une aliénation.

Dans la Bible on rencontre de nombreux récits pleins d’humour. Dieu choisit Moïse, un bègue, pour parler en son nom ; ou encore il fait tourner en rond les Hébreux dans le désert pendant 40 ans alors que leur destination est à quelques kilomètres de là. Face à ce mode d’expression nous sommes amenés à nous demander, non pas « que dit le texte ? », mais « que veut dire le texte ? », et même « que me dit le texte ? ». C’est ce qui fait sa richesse.

« Il faut rire de tout », disait Desproges. Mais il ajoutait : « pas avec n’importe qui. » « On peut se moquer de tout et rire de tout. Je dis d’un rire sain et libre, sans aigreur, sans tristesse, sans la moindre trace de méchanceté », écrivait le philosophe Alain. En effet l’ambiguïté du rire ne doit pas être méconnue. Le rire peut être l’écho de tout ce qui circule dans la société en matière de préjugés, de racisme, de vulgarité. Certaines plaisanteries dégradent moralement les rieurs. L’ironie n’est pas l’humour ; le véritable humour exclut l’humiliation, la méchanceté. Pour qui le rire est-il une menace ? Pour ceux qui ne sont pas capables de prendre du recul par rapport à leurs caractéristiques physiques, à leurs croyances, à leurs engagements, etc. C’est l’aveu d’une faiblesse. Mais ne faut-il pas être attentif aux plus faibles ?

 

À lire le dossier d’ Olivier Abel “Liberté d’expression et blasphème” et de Françoise Smyth-Florentin “Le blasphème dans le monde biblique”

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À propos Marie-Noële Duchêne

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est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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