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Le courant d’air de Dieu, Jean 20, 19-22

 

Le tableau intitulé « L’Issue » est le septième et dernier du cycle que le peintre Arcabas (né en 1926) a consacré à l’épisode des disciples d’Emmaüs. Ce cycle est visible dans une chapelle à Torre de Roveri près de Bergame en Italie.

Le tableau intitulé « L’Issue » est le
septième et dernier du cycle que le peintre
Arcabas (né en 1926) a consacré à l’épisode
des disciples d’Emmaüs. Ce cycle est visible
dans une chapelle à Torre de Roveri près de
Bergame en Italie.

Voici les disciples après Pâques dans une chambre aux portes fermées, et d’un coup Jésus est là et souffle sur eux, fait passer en eux l’Esprit saint, le courant d’air de Dieu qui ouvre les portes et les cœurs. Certains vivent de prison en prison, les portes se ferment autour d’eux, les clés se perdent, les verrous bloquent tout espoir. D’autres vivent dans l’angoisse des portes battantes, quand tout s’ouvre partout et que le vent les éparpille. Beaucoup aussi vivent en alternance temps de portes fermées et temps de portes battantes.

Parfois les portes claquent comme des gifles et murent l’espoir, enfermant dans des problèmes, des difficultés, des culpabilités sans clé, sans solution, sans ouverture. Parfois aussi on enferme les autres, on fige leur image, on les empêche d’avancer, sans toujours le vouloir. Parfois certains mots ou gestes faits par hasard, par humeur, par distraction, verrouillent les portes de l’amitié ou de l’affection.

Portes fermées, mais aussi souvent, ou pour certains, portes battantes où des vents venus de toute part les dispersent, où tout passe si vite qu’on ne sait plus pourquoi ni où l’on va ; il arrive alors qu’on ne puisse plus, ou qu’on ne veuille plus s’arrêter, fermer un peu les portes pour réfléchir quand même, pour revenir à soi-même, peut-être simplement par peur d’apercevoir au bout cette porte à laquelle nul n’échappe, porte de la mort ouverte sur l’inconnu, le silence, l’immobile.

Je suis de ceux qui croient encore à la valeur du culte dans nos églises. Mais les avis sont partagés. Pour certains, c’est le lieu où les portes se ferment à l’agitation du monde. Assez de ces cultes courant d’air où on entend encore des bruits de guerre et des cris d’affamés, où on entend parler de société, de politique, voire même d’économie ! Au contraire il faut revenir à celui qu’on n’entend plus dans le fracas du monde, dans l’agitation de la vie, retrouver dans nos murs la paix de Dieu, la vraie destination de la création qui est l’amour et l’harmonie. Mais d’autres disent aussi : pourquoi ce lieu fermé où on se rend sourd et aveugle aux remous de la vie dans un confortable égoïsme, lieu artificiel, marginal, inutile, protégé par des vieux rites, des langages hors du temps ! Là on peut tranquillement se déculpabiliser pour ensuite mieux supporter l’insupportable, mieux tolérer l’intolérable. Trop de voix nous appellent, trop de peines à consoler, trop d’injustices à réparer pour avoir le droit de s’évader dans l’intemporel, le spirituel, le religieux !

Revenons à ce récit où Jésus, portes fermées, entre quand même et fait passer sur ses disciples le souffle, le vent de l’Esprit. D’où vient ce vent qui souffle alors que les portes sont fermées ? Voilà le paradoxe : pour que s’ouvrent nos portes extérieures et que le vent nous jette dehors et nous rende capables de briser les murs, il faut d’abord ces temps et lieux de retraite ou de refuge où s’ouvrent nos portes intérieures. C’est là, au fond de nos silences, de nos vides, de nos attentes, que le Souffle viendra. C’est notamment en nous plongeant dans le vieux Livre, loin de l’actualité et des problèmes de notre temps, en écoutant la parole qui le traverse, que le vent de Dieu nous prendra. Alors s’ouvriront vers l’extérieur les portes d’un espoir que rien ne fermera. Ce vent jailli de l’ombre et du silence doit affronter les cris et la lumière. Dans ces lieux et temps fermés comme une parenthèse inutile peut mûrir l’espoir, et pas un domaine de la vie n’échappe à cet espoir.

Ce petit récit nous annonce qu’il n’existe plus de portes blindées, qu’avec la force de l’Esprit nous avons le pouvoir de tout enfoncer, de tout défoncer. Les hommes ont eu beau arrêter, enfermer, crucifier, murer dans un tombeau celui qui venait de la part de Dieu, sa parole de feu passera quand même. Tel est le sens du bouleversement de Pâques, où un grand souffle de joie enfonce les portes closes et diffuse la paix

Jacques Juillard

L’illustration : « L’Issue », de Arcabas

« Le courant d’air de Dieu » vient visiblement de passer sur cette scène. Chaise renversée, nappe chiffonnée, serviettes envolées, tout est mouvement dans cette nature morte qui évoque une fin de repas brutalement interrompue.

Qu’il s’agisse de la salle de repas à Emmaüs (Lc 24,13- 35) ou de la pièce où se tiennent enfermés les disciples du chapitre XX de Jean, commenté par Jacques Juillard, tout est un jeu d’ouverture-fermeture. Dans ces deux cas, c’est dans la clôture d’une pièce que souffle le vent de Dieu, c’est dans le recueillement d’un intérieur protecteur que déferle le dynamisme créateur.

Le peintre joue des couleurs pour parler à son spectateur. Le jaune, l’ocre, l’orangé, le brun, autant de couleurs chaudes, expriment le refuge intérieur ; un mur noir marque la séparation entre le dedans et le dehors, séparation qui vient d’être brisée par le passage du vent ; dehors, c’est le bleu froid d’un ciel nocturne mais piqué de points blancs, de lumières qui appellent à sortir du confort intérieur. Les chandelles sont éteintes, la lumière n’est plus dedans, elle est dehors. Comme le tombeau vide, cette pièce vide invite à sortir de nos refuges et à aller voir ailleurs.

Sylvie Queval

 

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À propos Jacques Juillard

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est pasteur de l’Église protestante unie de France, en retraite, mais en addiction persistante à creuser l’insondable. Prix Évangile et Liberté 2011.

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