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Oui, nous sommes tous Charlie

Oui, nous sommes tous Charlie.  Plus que jamais nous devons revendiquer le droit à la pensée, à la liberté de croire et de ne pas croire, à l’exercice de nos esprits critiques.  Les lecteurs des évangiles le savent : le christianisme est né d’un homme, Jésus, dont la grande caractéristique fut d’avoir été accusé de blasphème. C’est le seul « fondateur » d’une religion à l’avoir été. Il en est mort. Son combat pour la liberté, son insoumission aux puissants, aux bien-pensants et aux donneurs de leçons,  fut inaudible à ceux qui l’ont cloué sur la croix. Une distance sépare toujours Dieu, la réalité ultime elle-même, et nos manières de nous y référer, de le penser, de le croire, de le confesser, de le critiquer. Les évangiles sont précisément nés de cette distance qui permet l’interprétation, la critique, l’imagination, la créativité. Or c’est dans cette distance que les dessinateurs de Charlie ont exercé leur talent. Si joyeusement irresponsable !  Et c’est précisément au maintien de cette distance qu’œuvre la critique, au sein des religions, pour protéger du risque qui toujours les menace, celui du fanatisme. On a pu s’étonner que les assassins du 7 janvier ne s’en soient pas pris aux islamophobes et à leur pensée nauséabonde et si lucrative. On le sait désormais : les uns sont nécessaires aux autres. En cultivant la peur de l’Islam, ils arment les islamistes qui font vendre ceux qui, en échange, ravivent la peur. En revanche, en brisant à jamais les crayons de quelques joyeux drilles pour qui, à juste titre, rien n’est sacré, les fanatiques nient la liberté. Ils imposent un modèle religieux sans humour. Triste à en pleurer. Sans vie, figé, tyrannique.  Il nous faut, nous aussi, faire du Charlie Hebdo, et rappeler que Dieu seul est Dieu et que toutes nos paroles sur Dieu, pour y croire ou pour le nier, ne sont que des tentatives de vérité, des interprétations balbutiantes, des caricatures.

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À propos Raphaël Picon

Raphaël Picon (né en 1968) est un théologien français.

3 commentaires

  1. jean.bousser@free.fr'

    Assez radical, mais je suis d’accord avec votre point de vue

    nb: Charlie Hebdo n’est pas ma tasse de thé, mais ‘je suis Charlie’.
    Jean-Charlie

  2. pierre.feriaud@sfr.fr'

    Il ne faut pas avoir peur de l’Islam. Pour l’aimer il faut pouvoir interpréter et critiquer le Coran, comme nous interprétons sans cesse les versets de nos évangiles.
    Cela est il possible, avec notre pensée Judéo-Chrétienne, sans être traité d’islamophobe? et pire de raciste?
    Bien sûr je suis Charlie!!

  3. nlevesque@egliseverte.ca'

    J’aime beaucoup cette image de Charlie Brown; Ça me ressemble plus. Un philosophe, gentil, respectueux. En tant que chrétien, j’ai été dégoûté par les caricatures de la Trinité, le Père le Fils et le Saint-Esprit qui s’enculent. D’autres images ridiculisant Jésus, le Messie que j’adore et à qui je donne ma vie, m’ont beaucoup choqué. Je ne peux pas dire que je suis pas Charlie Hebdo, car je suis respectueux, gentil, j’agis avec amour dans le monde sans rabaisser les symboles des autres.
    Je pense qu’ils se prenaient à une cible facile. S’ils appliquaient la même insulte constante à des vedettes, des stars appréciées, des sportifs, des modèles pour d’autres personnes, ils n’auraient pas été aussi aimés. Évidemment, ils n’auraient pas l’audace de pousser l’insulte jusque-là, leur revue ne se vendrait pas. Ils préfères s’attaquer à des cibles faciles: religion et politique.
    Non, je ne suis pas Charlie Hebdo, mais je suis en deuil que 10 caricaturistes soient tués injustement. Mais, comme les toréadors sont conscients que le taureau peut les attaquer, je pense qu’ils étaient aussi conscients de ça. Leurs crayons ont dessinés, au cours des années, une cible très vive sur leur locaux. Il faut se l’admettre.
    “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé.” Pardonne, Seigneur, aux caricaturistes d’avoir blasphémé ce que bien d’autres prennent pour te glorifier. Pardonne, Seigneur, ces hommes malades qui se servent de ton nom pour tuer.
    Donnes la paix à notre temps et guide-nous vers l’unité.

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