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Gandhi, l’homme à l’épreuve de sa vérité

 

 

« Je voudrais simplement conter l’histoire de mes nombreuses expériences de vérité : et comme ma vie consiste exclusivement en expériences de cette nature, il est vrai que ce récit prendra forme d’autobiographie. » C’est ainsi que Mohandas Karamchand Gandhi introduit le 26 novembre 1925 son Autobiographie ou mes expériences de vérité. Il a 32 ans et sa « vie, à partir de ce stade, est devenue si publique qu’il n’y a pour ainsi dire pas de détail qui n’en soit connu de tous », mentionne-t-il dans son Adieu au lecteur qui clôt cette Autobiographie.

 « Lorsque je dis religion, je l’entends au sens le plus large – celui d’accomplissement ou de connaissance de soi »

« Ce que je voudrais mener à bien », écrit Gandhi, « ce que j’ai tenté laborieusement et langui de mener à bien, ces trente années, c’est d’atteindre à l’accomplissement de soi, de voir Dieu face à face, de parvenir au Moksha (la délivrance). » Une mère pieuse, un père ouvert au dialogue religieux lui inculquent une large tolérance religieuse. « Mon père avait des amis musulmans et parsis qui “me” parlaient de religion », précise-t-il.

Adolescent, Gandhi ne peut supporter les missionnaires qui, « postés à un coin de la rue proche du lycée, péroraient en couvrant d’injures les hindous et leurs dieux ». Mais ce sont des quakers qui l’accueillent lors de son arrivée à Pretoria et c’est avec eux qu’il engage des discussions théologiques : « C’est dans cette ville, Pretoria, que l’esprit religieux que j’avais en moi se transforma en force vivante […] Notamment [par] le Sermon sur la montagne, qui m’alla droit au cœur. Je le comparai avec la Gita […] L’idée que le renoncement était la forme suprême de toute religion, exerçait un grand attrait sur moi. »

 « La non-possession est la seule chose qui soit à la disposition de tous »

À cette recherche spirituelle, Gandhi va associer une profonde connaissance de lui-même, et une maîtrise de ses sens. Végétarien par ses origines hindouistes, il le restera et poussera de façon extrême cette façon de vivre, avec autorité auprès de sa famille. « J’optai pour le végétarisme et sa propagation devint pour moi une mission. » Cette réflexion religieuse est non seulement associée en permanence à ses engagements politiques auprès des Indiens en Afrique du sud, puis plus tard au service de son pays, mais aussi à un profond travail intérieur. Gandhi considère que la recherche spirituelle ne peut se faire en étant repu, elle doit donc être accompagnée de la recherche d’une nourriture frugale. D’autre part, il se rase les cheveux, se contente d’un pagne, et d’une couverture de flanelle. « Ce changement mit de l’harmonie entre ma vie intérieure et ma vie sociale. Ma vie y gagna assurément en vérité, et mon âme en connut une joie sans limites. » Cette recherche de la simplicité le conduit au désir de la maîtrise des sens. Il va faire le choix de l’austérité à l’âge de 37 ans, en en faisant le vœu, y compris en matière de sexualité.

 L’amour et la vérité

L’influence du christianisme ne va pas éloigner Gandhi de sa religion de naissance, l’hindouisme, mais en éclairer sa pratique. Il en critique deux aspects : l’exclusion des intouchables qu’il condamne absolument et la systématisation du principe de non violence, l’ahimsa, à propos duquel il admet que des exceptions sont possibles.

Le Satyagraha (voir encadré), son mode d’action politique majeur, se fonde sur quatre principes : une discipline intérieure, un attachement à l’authentique, la recherche du juste et le respect de l’homme, autrement dit la chasteté, la pauvreté, la vérité et le courage. Comme il est interdit aux satyagrahi d’agir sur l’adversaire par la violence – la violence ne convainc jamais – les satyagrahi doivent convaincre par le rayonnement d’amour qui émane de leurs convictions, par leur abnégation, par leurs souffrances librement acceptées. Le Satyagraha devient la forme de lutte emblématique de Gandhi, et la Marche du Sel (1930) en a été l’ultime épreuve.

Les préoccupations de Gandhi, depuis son engagement auprès des Indiens en Afrique du Sud jusqu’à sa militance dans son pays ont toujours été morales et sociales. Son éthique religieuse, influencée par ses lectures et sa démarche spirituelle ont porté ses combats pour défendre les intérêts des moins favorisés, qu’ils soient exploités en Afrique du Sud, intouchables chez les hindous, ou opprimés par l’occupant. Gandhi a su élaborer une forme de résistance politique, dont il réfutait le qualificatif « passive », en adéquation parfaite avec sa démarche spirituelle et son combat social.

 Gandhi, de l’avocat au résistant

Gandhi naît en 1869, à Porbandar, dans la région du Goujraje, au nord-ouest de l’Inde, dans une famille de la caste des Banyas, celle des marchands et des épiciers. Scolarisé, il sera marié à l’âge de 14 ans à celle, aussi âgée de 14 ans, qui restera sa femme toute sa vie, Kastourbaï ; elle meurt en 1944. Bachelier, il se rend en 1888 en Angleterre pour y mener des études de droit, laissant à Porbandar un bébé de quelques mois avec sa femme. Admis au barreau en 1891, il revient en Inde et c’est en 1893 qu’il embarque pour l’Afrique du Sud, où il va mener son combat politique pour les Indiens de la région du Natal. Il passe 21 ans en Afrique entre 24 et 45 ans et y conduit sa carrière d’avocat, au service de la défense des Indiens et des gens de couleur. En 1906, il définit le principe de la résistance passive, qu’il appellera le Satyagraha : « Aujourd’hui il m’apparaît clairement que tous les principaux événements de ma vie, dont l’apogée fut le vœu de brahmacharya – le vœu d’austérité – me préparaient secrètement à cette fin. » Il rentre en Inde et fonde son ashram à Ahmedabad en 1915. Il prend part à des conflits sociaux et politico-religieux. La Marche du sel, qu’il entreprend le 12 mars 1930 en vue d’obtenir l’indépendance de l’Inde auprès des Britanniques est emblématique de son mode d’action. Alors qu’il a parcouru à pied près de 400 km, il arrive le 6 avril au bord de l’Océan indien, s’avance dans l’eau et recueille dans ses mains des grains de sel. Il encourage ainsi symboliquement ses compatriotes à violer le monopole d’État sur la distribution du sel. Gandhi a fait 15 séjours en prison et autant de jeûnes en signe de contestation. Il est assassiné par un hindou le 30 janvier 1948.

 

Les influences littéraires de Gandhi : Unto this last / John Ruskin : une critique virulente de l’industrialisme qui exalte les vertus de la vie simple à la ferme. Ce livre a eu une influence capitale sur la pensée de Gandhi. Il existe en français aux éditions le Pas de côté sous le titre Il n’y a de richesse que la vie. Le devoir de désobéissance civile / Henry-David Thoreau. – Éd. Mille et une nuits.

 

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À propos Guylène Dubois

entrée au comité de rédaction en 2014, fut bibliothécaire puis libraire. Elle travaille aujourd’hui dans l’univers radiophonique.

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