Accueil / Commentaire biblique / « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. » Jean 13,16

« Le serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. » Jean 13,16

Cette affirmation curieuse se trouve en conclusion de l’épisode du lavement des pieds, et Jésus la répétera comme particulièrement importante en Jean 15,20.

Ce qui est curieux, c’est qu’à la première lecture, cette affirmation péremptoire semble, au mieux, banale et sans intérêt vraiment théologique, et au pire, fausse.

Elle est fausse : évidemment il y a sans arrêt des disciples qui dépassent leurs maîtres, sinon, l’humanité ne ferait que décroître pour s’écraser dans la médiocrité. Heureusement, en particulier Jésus a dépassé ses maîtres.

Alors pourquoi Jésus a-t-il dit cela ?

Une façon de le comprendre est de penser que Jésus parle de lui, en tant qu’envoyé du Père. Il aurait donc voulu dire qu’il est moindre que Dieu, et aussi que les apôtres seront moindres que lui, on pourrait continuer en disant que les disciples seront moindres que les apôtres, et nous, en fin de compte, plus petits que tous.

Cela n’est sans doute pas faux… Mais quel intérêt cela a-t-il ? On sait bien qu’il en est ainsi…

Pour comprendre, il faut s’intéresser au contexte dans lequel le Christ a dit cela.

Il l’a dit alors que les disciples étaient réunis au dernier repas de la Cène, pendant lequel Jésus va laver les pieds de ses disciples pour donner un exemple de service. Cette invitation au service est essentielle, dans Jean, elle prend toute la place du message de la Cène, c’est le testament spirituel de Jésus, la clé du bonheur et l’accomplissement de l’Évangile.

C’est donc là le sens de l’Évangile : se penser comme étant serviteur des autres. Certes, il y a le commandement d’amour, et celui-ci n’est pas oublié dans Jean, mais ce commandement est trop abstrait pour être concrètement mis en œuvre ; nous ne savons pas vraiment qui nous devons aimer, qui est notre « prochain », ni même ce que veut dire concrètement aimer. Le service, lui, est une notion concrète et nous savons ce que cela signifie.

Oui, nous sommes sur Terre, pour servir, et non pour être servis, pour avoir un rôle actif, et non pour profiter des situations, c’est chose essentielle.

Mais là aussi il y a des risques de perversion… Certes, il faut servir, mais pas de n’importe quelle manière. Et c’est ce que nous précise le Christ dans le verset auquel nous nous intéressons.

Le risque, c’est de tirer orgueil de son service, de se considérer comme supérieur à celui que l’on sert. C’est d’aider avec condescendance, en méprisant celui que l’on sert. Le Christ nous rappelle alors que le propre du vrai service, c’est de ne pas se considérer comme plus grand que celui que l’on sert.

Nous ne devons pas nous prendre pour Dieu-le-Père en rendant service, ni pour le Messie. Servir ne peut se faire avec condescendance. Servir, ce n’est pas dire : « mon pauvre petit, tu es bien misérable, heureusement, je suis là pour t’aider », mais plutôt reconnaître la grandeur de l’autre, chercher ce que l’autre a, que moi je n’ai pas, lui faire prendre conscience de sa grandeur, lui donner confiance en lui, le poser comme sujet.

Peut-être justement est-ce le sens du commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : apprendre à considérer que son prochain aussi a une personnalité, un « je », qui a des richesses propres, et qui peut apporter quelque chose… L’autre n’est pas un réceptacle à bonnes oeuvres, il n’est pas un objet anonyme permettant de se donner bonne conscience.

C’est en cela qu’un certain paternalisme ou un certain colonialisme ont pu être odieux, quand on veut rendre service en se pensant supérieur, on ne permet pas à l’autre de se construire. L’essentiel n’est pas la bonne œuvre, mais la qualité de la relation que nous avons avec l’autre, relation dans le respect, dans l’humilité, relation qui fait grandir l’autre, c’est ça qui le sert. « Si vous savez cela, vous êtes heureux… pourvu que vous le mettiez en pratique. » (Jn 13,17)

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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