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Une petite histoire de l’Amitié judéo-chrétienne

Florence Taubmann, récemment nommée présidente de l’Amitié judéo-chrétienne de France, rappelle l’histoire de cette association créée juste après la guerre, et qui se donne pour objectif de travailler au rapprochement des chrétiens et des juifs.

   En France, des affinités anciennes ont lié les deux minorités juive et protestante. Nombreux furent les protestants dreyfusards. Et dès les années 30 des pasteurs élevèrent des protestations contre ce qui se passait en Allemagne. En 1941 les thèses de Pomeyrol affirmaient : « Fondée sur la Bible, l’Église reconnaît en Israël le peuple que Dieu a élu pour donner un Sauveur au monde et pour être, au milieu des nations, un témoin permanent du mystère de sa fidélité. C’est pourquoi, tout en reconnaissant que l’État se trouve en face d’un problème auquel il est tenu de donner une solution, elle élève une protestation solennelle contre tout statut rejetant les Juifs hors des communautés humaines. » Et les protestants portèrent souvent secours à leurs frères juifs. Côté catholique également, et malgré la position pour le moins ambiguë de l’Institution, des prêtres, des religieux et des laïcs s’engagèrent courageusement.

   Cependant en 1946, l’historien Jules Isaac, qui avait perdu sa femme et sa fille en déportation, dénonça, dans son livre Jésus et Israël, l’enseignement du mépris dont le judaïsme souffrait depuis des siècles de la part du christianisme. Invitant désormais à un enseignement de l’estime, il fit 18 propositions qui furent reprises en 1947 à Seelisberg en Suisse, lors d’une conférence internationale réunissant 70 personnalités, parmi lesquelles 28 juifs et 23 protestants. Pour les chrétiens, des devoirs en sortirent :

   • Rappeler que c’est le même Dieu qui nous parle à tous, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.

   • Rappeler que Jésus est né d’une mère juive.

   • Rappeler que les premiers disciples étaient juifs.

   • Rappeler que le précepte fondamental du christianisme – l’amour de Dieu et du prochain –, déjà présent dans l’Ancien Testament, oblige chrétiens et juifs dans toutes les relations humaines sans exception.

   • Éviter de rabaisser le judaïsme biblique ou postbiblique dans le but d’exalter le christianisme.

   • Éviter d’employer le mot « juifs » au sens exclusif d’ennemis de Jésus

   • Éviter de considérer les juifs comme collectivement et exclusivement responsables de la mort de Jésus.

   • Éviter de propager l’idée que le peuple juif est réprouvé, maudit, voué par Dieu à un destin de souffrances.

   • Éviter de parler des juifs comme s’ils n’avaient pas été les premiers à être de l’Église.

   Par la suite, le 26 février 1948 à Paris, un petit groupe de protestants, de catholiques, d’orthodoxes et de juifs, jeta les bases de l’Amitié judéo-chrétienne de France. L’article 2 des statuts précisait la tâche essentielle de l’association, qui est d’oeuvrer pour la connaissance, la compréhension, le respect et l’amitié mutuels, de réparer les iniquités du passé à l’égard des juifs et de lutter contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme, tout en excluant tout prosélytisme et tout syncrétisme. Depuis, des groupes se sont développés dans différentes villes de France, proposant conférences, études bibliques, rencontres conviviales… Et chaque année, le Comité directeur* de l’association attribue le prix de l’AJC (cette année le prix a été attribué au Père Patrick Desbois) à une personnalité juive ou chrétienne, et réunit les responsables et les membres des groupes lors d’une assemblée générale et d’un conseil national, qui sont deux temps forts de formation. Le prochain conseil national, le 30 novembre, organise un colloque au Sénat : « Un homme nommé Judas : Qui était-il à la lumière des Écritures ? Qu’a-t-il représenté au cours des siècles ? Que nous dit-il aujourd’hui ? » (voir à ce sujet la dernière page intérieure du présent numéro.)

À propos Florence Taubmann

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