Accueil / Journal / Tradition

Tradition

Le procès intenté, notamment dans Évangile et liberté, à la tradition est connu. On lui reproche de contrarier l’innovation, de figer la pensée, de sacraliser le passé. En religion, le recours à la tradition risque de rendre la foi plus archéologique que prophétique, la théologie plus patrimoniale que créatrice, l’Église plus conservatrice que… libérale. Au recours à la tradition, le protestantisme (ce fut une véritable révolution) préférera le retour humaniste à une Bible à lire et à interpréter pour aujourd’hui. Mais la tradition ne saurait être disqualifiée aussi promptement ! La pensée, tout comme la foi, ne sont jamais des créations ex-nihilo. Elles naissent de ce que les autres nous ont légué. Les sillons de nos propres pensées, toutes créatives qu’elles soient, sont toujours en partie dessinés par les ancêtres que nous nous choisissons. C’est ainsi que la tradition guide, oriente et stimule la pensée ; elle la retient aussi de n’être que subjectivisme, démagogie, et de tout rendre manipulable à sa guise. S’inscrire dans une tradition, c’est aussi accepter d’être né quelque part ; d’appartenir ainsi à une histoire particulière, appréciée dans ses limites même, c’est-à-dire dans sa relativité. Mais c’est peut-être enfin le fait de ressentir au plus profond de soi sa propre faillibilité qui rend heureux ce recours à la tradition. Non parce qu’elle serait, elle, infaillible, mais parce que les propres incompétences et balbutiements de notre aujourd’hui, font crédit aux pensées d’hier comme autant de réserves de sens, d’images et de mots pour féconder les nôtres. Ni plus, ni moins.

Don

Pour faire un don, suivez ce lien

À propos Raphaël Picon

Avatar
Raphaël Picon (né en 1968) est un théologien français.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.