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Tècle et le féminisme de l’Église ancienne

La place des femmes dans les Églises est un sujet qui évolue – favorablement pour elles – depuis quelques dizaines d’années. Pourtant, avant d’avoir été évincées des postes de responsabilité, les femmes avaient une place importante dans les communautés chrétiennes.

  Au début des actes apocryphes de Paul écrits au IIe siècle, se trouve le livret des actes de Tècle (ou Thècle). L’Orient en a gardé la mémoire mais l’Occident l’a pratiquement perdue. Pendant trois jours, depuis la fenêtre de sa maison, Tècle écoute la prédication de l’apôtre Paul. Elle est aussitôt convertie et décide de se consacrer au Christ et de suivre Paul qu’elle n’a toujours pas vu ! Tècle est une jolie jeune fille d’une bonne famille d’Iconium. Elle est fiancée à Thamyris et ils doivent se marier. Ce dernier se retrouve donc éconduit et son amour se retourne en une sorte de haine… La mère de Tècle, très déçue, est en colère après sa fille qui laisse filer un si beau parti ! Thamyris et la mère de Tècle font tout pour la récupérer mais rien n’y fait.

  Du fait des persécutions contre les chrétiens, Tècle est condamnée au bûcher ! Les flammes ne la brûlent cependant pas ; par le fait de ce miracle, Tècle se trouve libérée. Elle part à la recherche de Paul et le retrouve à Antioche de Pisidie. Hélas, de nouveaux ennuis attendent notre héroïne qui est à nouveau condamnée au martyr, livrée aux bêtes, et ce malgré la protection de Tryphaine, parente de l’empereur Claude. Les bêtes ne dévorent pas Tècle placée sous la protection d’une lionne. Tècle est ensuite plongée dans un bassin plein de phoques carnassiers qui ne peuvent rien faire contre elle. Elle vit ce bain forcé et dangereux comme un baptême. Miraculeusement sauvée pour la troisième fois, elle commence un ministère de prédicateur itinérant, comme Jésus, Paul et beaucoup d’autres.

  Tècle est le témoin d’une époque où les femmes jouaient un rôle de premier plan dans l’Église. Elle rejoint ainsi la fameuse Phoebé de la salutation de l’épître aux Romains (Rm 16,1-2) qui avait en charge la communauté de Cenchrée (Corinthe).

  Tècle retourne à Iconium où son fiancé est décédé, elle est accueillie par sa mère et se réconcilie avec elle. De là, elle se retire dans une grotte en Syrie où elle finit sa vie très âgée et très vénérée. Des foules lui rendent visite. Un monastère, aujourd’hui encore très fréquenté, y est construit. Les légendes fleurissent autour de ce personnage, comme celle qui raconte que Tècle serait allée jusqu’en Cévennes… Oubliée en Occident, sauf à Tarragone où une cathédrale lui est dédiée, Tècle connaît une grande vénération au Moyen Orient où, au IIe siècle, son culte a été plus populaire que celui de Marie ! Mais, bien qu’elle ait été vue comme la première femme martyre par les plus grands pères de l’Église, qu’elle ait été comparée à Étienne, premier homme martyr, Tècle a rapidement été évincée et les femmes dans l’Église ont été reléguées à une place inférieure à celle des hommes. Les pères de l’Église (souvent des moines obsédés par le péché et la tentation) ne brillent pas par leur féminisme !

  Quelques années après l’aventure de Tècle au IIe siècle, à Pépuze, au coeur de la Turquie, se développe le montanisme lancé par Montanus et deux femmes Prisca et Maximilla. C’est une sorte de pentecôtisme millénariste très rigoureux. Là aussi les femmes jouent un rôle important. S’épanouissaient alors les gnoses chrétiennes qui laissent, elles aussi, une place importante aux femmes. Il semble que la question de la place de la femme dans l’Église s’est posée très tôt ; le fameux « femmes soyez soumises à vos maris » dans l’épître aux Éphésiens (chap. 5), aurait été ajouté par une main anonyme ! Des nombreux courants qui animaient l’Église primitive, certains devaient laisser une place importante aux femmes. Tècle en est le reflet. Les femmes évincées de l’Église pour de longs siècles ne retrouvent une place de premier plan qu’à l’époque contemporaine dans certaines Églises… Il reste encore bien du chemin à faire et beaucoup d’Églises ne supporteraient pas encore de voir une nouvelle Tècle présider les sacrements et annoncer l’Évangile !

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À propos Vincens Hubac

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est pasteur de l’Église protestante unie de France au Foyer de l’âme, à Paris. Il est engagé dans la diaconie et intéressé par le transhumanisme.

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