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Pétrole ! There will be blood !

Le pétrole est, de nos jours, une des causes majeures des tensions et des guerres dans le monde. Cela n’est pas nouveau. Ce film impressionnant et pessimiste d’Anderson dénonce l’appât du gain.

  Le pétrole est une source d’énergie qui provoque des affrontements en tous genres. L’écrivain américain, Upton Sinclair, présente dans son remarquable roman « Oil » « Pétrole », paru en 1927, la découverte des premiers gisements sur le sol américain durant la période fondatrice de l’Histoire des États-Unis. En 2008, le cinéaste Paul Thomas Anderson s’en inspire pour écrire le scénario et réaliser le film There will be blood ( Il y aura du sang ).

  Les dix premières minutes, quasi muettes, sont époustouflantes. Daniel Plainview s’acharne à coups de pioche et de pelle à recueillir quelques diamants sans prononcer un seul mot mais en émettant des grognements comme une bête enragée. Dans une zone désertique, sous un soleil de plomb accompagné d’une musique dissonante, le spectateur soumis à une tension haletante redoute un accident, une agression ! Contre toute attente, c’est le pétrole, le sang de la terre, qui jaillit tel l’ennemi du prospecteur qui s’englue dans cette manne miraculeuse.

  Très ambitieux et dominateur sous des apparences affables, Daniel profite de la détresse et de la crédulité d’une population qui survit tant bien que mal. Il se construit un empire au détriment de ceux qui l’entourent, des ouvriers qu’il emploie, et jusqu’à son fils adoptif qu’il utilise pour émouvoir les fermiers et leur acheter à un prix dérisoire leur domaine, tout en leur distillant de belles promesses. Il se comporte de façon éhontée avec le prêtre Eli Sunday et les fidèles. Devenu riche, Daniel est obsédé par le pétrole et le pouvoir, ce qui le rend avide et insatiable. La fierté et la haine l’aveuglent et il ne supporte pas l’échec. Hélas les tensions s’accroissent, les conflits éclatent et les valeurs humaines sont mises en péril.

  Au pragmatisme terrien de Plainview, Anderson oppose la spiritualité d’Eli Sunday, le prédicateur qui réclame sa part pour financer l’agrandissement de l’église et attirer de nombreux fidèles. Sa douceur apparente cache un fanatisme aveugle, et la soif de spiritualité de ce jeune homme ne résiste pas à l’appât du gain. Le cinéaste aborde ainsi le problème de la foi et de la corruption par l’argent. Le pétrole ne souille pas seulement le sol mais aussi le coeur des hommes dont le sang véhicule la violence. Daniel n’est-il pas la figure emblématique des « self-made men », en particulier les « oilmen », dont les États-Unis se sont toujours enorgueillis ?

  Anderson, à qui l’on doit de grands films, nous offre des plans magnifiques qui traduisent l’opposition entre la pureté des décors et l’extravagante volonté du personnage central. Comme dans un film d’épouvante, le spectateur est placé sous tension par la magistrale partition du guitariste Jonny Greenwood lors de l’explosion d’un puits de pétrole qui atteint son paroxysme avec la per te de l’ouïe du fils .

  There will be blood est une oeuvre qui impressionne à la fois par sa mise en scène et son pessimisme. Espérons que l’Homme puisse se départir de la puissance économique dénoncée à juste titr e par Anderson.

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À propos Pierre Nambot

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