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Ne nous trompons pas de Royaume !

Cette parabole des talents, qui récompense ceux qui en avaient reçu le plus, n’est vraiment pas évangélique. Alors que fait-elle dans les évangiles ?

En effet, cette parabole est très injuste. Un homme part en voyage et remet d’autant plus de talents à ses serviteurs que ceux-ci sont estimés efficaces. Ainsi le pauvre serviteur qui a peu de possibilités, reçoit le moins et ne sait pas comment faire fructifier ce malheureux talent qui lui est attribué. Il en est blâmé par le maître qui revient de voyage et lui retire son talent qui n’a rien rapporté. Tandis que celui qui avait reçu beaucoup, cinq talents, parce qu’il était le plus malin, a bien fait fructifier la somme confiée. Il est félicité par le maître et reçoit en plus le talent du pauvre serviteur déchu.

« Car on donnera à celui qui a et il sera dans le superflu et à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. » Comment pouvons nous admettre que cette phrase soit conforme à l’esprit évangélique ? Elle nous fait plutôt penser à notre société. Les plus malins reçoivent beaucoup d’argent. Plus ils en ont, plus ils en reçoivent, de sorte que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Nous connaissons bien cette situation, mais ce n’est pas vraiment le Royaume de Dieu.

Pour sauver cette parabole, les commentateurs se réfugient derrière l’allégorie, en considérant que le talent ne représente pas une somme d’argent, qui est sa seule signification en grec, mais peut représenter aussi tout don venant de Dieu, toute qualité reçue qui doit être utilisée au mieux, ou bien la Parole de Dieu qu’il s’agit de répandre sur la terre. Comme, dans cette interprétation allégorique, l’homme au centre de l’histoire représente la figure de Jésus, tout ce qu’il fait est très bien.

Mais rien ne permet de confondre Jésus avec l’homme qui part en voyage. Il se reconnaît lui-même, comme un homme dur qui ramasse ce qu’il n’a pas répandu, c’est-à-dire qui prend ce qui n’est pas à lui. Il ne s’agit donc pas de Jésus et l’histoire n’évoque pas le Royaume de Dieu. Cette situation d’injustice nous fait plutôt penser à notre monde ou tout va mal parce que ce qui compte c’est l’argent. En un sens, l’histoire est assez réaliste. C’est le seul endroit dans toute la Bible ou l’on parle de banque.

Pourquoi raconter cette triste histoire qui représente le mal de tous les siècles ? Sans doute pour souligner le contraste avec une autre justice qui est décrite immédiatement après et qui est inaugurée par le Fils de l’homme. Celui-ci a vu des gens charitables se soucier des étrangers, des prisonniers, de ceux qui ont faim et soif, de ceux qui sont nus ; de tous ces pauvres gens qui ne sont pas capables, qui n’ont pas d’argent, qui sont malades. Et il leur ouvre le Royaume de Dieu préparé pour eux qui ont secouru tous les malheureux.

Et ces gens charitables sont tout étonnés. Ils n’avaient pas eu ces gestes de compassion pour plaire au Fils de l’homme, ni pour être considérés comme justes ; mais simplement parce que, devant ces misères, ils ne pouvaient pas rester indifférents : Quand t’avonsnous rencontré ? Quand avons-nous été sympa avec toi ? – Toutes les fois que vous avez tendu la main à ces hommes en détresse, vous l’avez tendue au Fils de l’homme qui porte Dieu en lui. Et vous avez fait avancer le Royaume de Dieu.

,,Dans ces deux histoires qui se suivent, il y a des élus et des rejetés, comme on avait coutume à l’époque de s’exprimer. Ceux qui avaient gagné beaucoup de talents ont droit de se réjouir avec leur maître. Ceux qui ont eu des gestes en faveur des plus démunis entrent dans un Royaume où ils goûtent la vie éternelle. Nous ne sommes donc pas dans le même monde. La première histoire se passe sur la terre. La seconde dans le ciel, avec tous les anges qui entourent le Fils de l’homme. C’est donc un monde imaginaire qu’utilisaient les anciens pour signifier leur espérance d’un monde meilleur. Et Jésus dit ici : ce monde meilleur que vous espérez, vous ne l’obtiendrez pas en recherchant de l’argent, mais en vous occupant de tous ceux qui manquent de pain, d’un pays d’accueil, d’une bonne santé, de liberté.

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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