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Maria Callas (1923-1977)

Karim Cermolacce, secrétaire de notre mensuel Évangile et liberté, a depuis longtemps une passion pour Maria Callas. Olivier Guivarch l’a interrogé pour en savoir plus.

Quand avez-vous écouté « La Callas » pour la première fois ?

Au début des années 70, grâce à mon professeur de français, au lycée à Marseille. J’ai tout de suite été bouleversé par sa voix, par son interprétation. Je me souviens, c’était Norma, l’opéra de Vincenzo Bellini. Mon professeur de danse me prêtait ses disques pour que je puisse mieux la découvrir.

L’opéra est-il une passion précoce ?

J’ai découvert l’opéra très tôt, mes parents et ma grand-mère chantaient des airs et mon oncle m’avait emmené à 8 ans voir L’auberge du cheval blanc (une opérette de Ralph Benatzky) à l’opéra de Marseille.

En fait, dès la maternelle j’aimais chanter et danser, j’avais le rythme dans la peau et une voix juste. Enfant déjà, je souhaitais exercer une profession artistique. À 14 ans, j’ai commencé à suivre des cours de théâtre et de danse ; à 18 ans, je suis devenu danseur professionnel, d’abord en Suisse, puis je me suis produit dans quelques spectacles à l’Opéra de Marseille, et à l’étranger avant d’intégrer le corps de ballet au Grand Théâtre de Tours pour des ballets et des opéras.

Comment considérer Maria Callas ?

Elle a révolutionné l’opéra ! La mise en scène dans les années 40 et 50 se résumait aux costumes. Maria Callas a plus exactement réinventé la manière d’interpréter. Par ses jeux scéniques, elle habitait le rôle, elle était imprégnée par la musique, n’hésitant pas à se jeter par terre ; comment décrire les mouvements du corps, l’expression des yeux ? Dans La Gioconda (opéra d’Amilcare Ponchielli), on perçoit même des sortes de sanglots, c’est incroyable ! Dans Aïda, de Giuseppe Verdi, Maria Callas ajoute une note aiguë, le délire dans la salle, une hérésie à l’époque ! Mais c’était fait avec intelligence, son interprétation a ainsi influencé les chanteurs et les cantatrices qui l’ont suivie.

L’opéra avec Maria Callas devient un spectacle. C’est pourquoi je préfère les enregistrements en public, sur le vif, parce qu’une surprise pouvait se produire.

Elle avait une voix exceptionnelle, avant bien sûr son accident en 1964.

J’aime Maria Callas, depuis sa révélation en 1949, encore et toujours. Sa voix était devenue certes plus stridente à cause d’un régime et d’une fréquentation de rôles trop lourds qui lui avaient fait perdre en qualité et en rondeur, avant 1964 et cet accident vocal dans La Norma à l’opéra de Paris, que tout le monde connaît.

Mais quelle voix malgré tout ! Une puissance, une tessiture à trois octaves : « La Callas » pouvait aller du mezzo alto au soprano coloratura. Elle adorait Rosa Ponselle parce qu’elle avait une voix sombre, elle s’en est inspirée pour trouver les notes graves dans la poitrine. Or, les compositions de Verdi et Puccini, que Maria Callas a interprétées particulièrement, exigeaient des notes graves pour accentuer l’aspect dramatique.

Maria Callas n’aimait pas vraiment Mozart, c’est dommage car elle aurait pu interpréter merveilleusement certains rôles : Electra dans Idomeneo ou Vitellia dans La clemenza di Tito.

Parmi la nouvelle génération, qui retenez-vous ?

Je me méfie, aucun espoir n’a duré : elles vont trop vite, trop de voyages, trop de récitals, trop de rôles différents et difficiles qui leur font perdre les aigus à force de faire « l’ascenseur » et de trop « poitriner » (note grave rendue par la poitrine, NDLR). Elles chantent dix ans et c’est terminé.

Je préfère donc attendre. Pour le moment, Maria Callas et seulement quelques autres, dont Rosa Ponselle, Magda Olivero ou Joan Sutherland, me donnent de tels frissons.

Propos recueillis par Olivier Guivarch

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À propos Karim Cermolacce

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Secrétaire du mensuel Évangile et liberté (Paris)

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