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L’interdiction du divorce et la conversion de chrétiens d’Égypte à l’islam

Face à l’interdiction de divorcer et de se remarier, les chrétiens d’Égypte sont poussés à la conversion à l’islam pour contourner cette législation. Des milliers de chrétiens se convertissent chaque année pour obtenir un jugement de divorce. En avril 2007, un converti chrétien a même vu sa demande de retour au christianisme rejetée par un tribunal administratif égyptien ayant considéré « la conversion à l’islam et son abandon par la suite comme une manoeuvre frauduleuse envers l’islam et les musulmans ».

  L’Égypte, comme les autres États du Moyen Orient, ne dispose pas à ce jour d’un code laïque unifié en matière de droit de la famille. Celui-ci comprend les questions relatives au mariage, au divorce, au testament, à la succession, etc. Ainsi, le droit civil ne touche que dans de rares cas aux compétences législatives des différentes communautés confessionnelles, tant chrétiennes que musulmanes. En effet, ce droit change selon la religion de la personne en litige et par conséquent les personnes changent de religion pour changer les lois applicables.

  Ce système du pluralisme législatif est à l’origine de la conversion à l’islam de milliers de chrétiens puisque cette conversion constitue une solution pour échapper aux dispositions abusives de la législation confessionnelle chrétienne et pour bénéficier de certains avantages de la loi musulmane. En effet, cette conversion est essentiellement effectuée pour obtenir la garde de l’enfant lors d’un divorce, attribuée au parti musulman en cas de conflit, ou bien pour épouser une musulmane lorsque ce type de mariage mixte est interdit en vertu de la législation égyptienne.

  L’interdiction de divorce dans certaines communautés chrétiennes reste l’une des principales raisons de conversion à l’islam. Le chrétien converti, même au cours des procédures judiciaires devant un tribunal, peut immédiatement soumettre son affaire aux dispositions générales de la loi musulmane qui admettent facilement le divorce.

  Néanmoins, les codes du statut personnel des différentes communautés chrétiennes font preuve d’une plus ou moins grande sévérité à propos de la permission de divorce. En limitant le divorce au seul cas d’adultère, même en cas de consentement mutuel des époux, la communauté catholique représente le courant extrême de l’interprétation de la législation chrétienne.

  Quant aux personnes appartenant à la communauté orthodoxe, elles peuvent en principe obtenir un jugement de divorce pour de multiples raisons, notamment en cas d’un accord commun entre les deux conjoints. Toutefois, le patriarche de l’Église copte orthodoxe Chenouda III (mort en mars 2012) a eu tendance à limiter ces raisons. Il a ainsi adopté la décision no 7 de 1971 en vertu de laquelle aucune autorisation de remariage ne peut être attribuée à celui qui a obtenu un jugement de divorce des tribunaux étatiques pour une autre raison que l’adultère. Le nombre estimé des chrétiens orthodoxes affectés par cette situation s’élève à des milliers chaque année. Lors d’une manifestation en août 2011 rassemblant plus de cent mille personnes, celles-ci ont menacé l’Église orthodoxe de renoncer à leur confession pour régler leurs problèmes issus de ces dispositions législatives abusives.

  L’interdiction de divorce n’est pas compatible avec l’objectif de la chrétienté, à savoir le respect des droits de l’homme et de sa liberté. Le remplacement du code religieux applicable aux chrétiens égyptiens par un code laïque amène naturellement à protéger leurs droits fondamentaux. L’amélioration du statut des chrétiens au Moyen Orient peut voir le jour par la prise d’initiatives sérieuses afin de contribuer à l’instauration de la démocratie. En ce qui concerne le système du pluralisme religieux, il faudra revoir les codes de statut personnel à la lumière des instruments internationaux des droits de l’homme. Il est important d’adopter un code civil unifié, qui s’applique à l’ensemble des citoyens, sans discrimination fondée sur le sexe ou la religion. L’Église est invitée à franchir le premier pas dans ce domaine.

Docteur en droits de l’Homme, Nael Georges est l’auteur d’un livre intitulé Le droit des minorités. Le cas des chrétiens en Orient arabe, ainsi que de plusieurs articles de revues scientifiques sur la religion et les droits de l’homme. Le docteur Georges est très impliqué dans la recherche en droit arabe et musulman ainsi que dans la protection des droits de l’homme et le dialogue interreligieux dans le monde arabe. Il est actuellement en post-doctorat à l’Université de Genève.

À propos Nael Georges

Nael.Georges@evangile-et-liberte.net'

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