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Le sport et le protestantisme

   Le sport moderne naît dans l’Angleterre du XVIIIe siècle d’où il se diffusera en Europe et dans le monde. De nombreux facteurs contribuent à l’éclosion de ce phénomène. Selon certains interprètes, le développement de la société industrielle aurait transformé l’activité sportive à son image en reflétant, dans la volonté de se battre, dans les buts à atteindre, dans les records à dépasser, la parfaite image de son dynamisme.

   Nous chercherons à discerner le rôle que la tradition protestante a pu jouer dans la naissance du sport moderne. Dans la mesure où on considère aussi celui-ci comme le produit d’une transformation à but pédagogique des jeux populaires traditionnels et des arts de combat aristocratiques, les mouvements, associations, écoles, collèges et universités de tradition protestante y ont souvent apporté une contribution déterminante. Dans cette transformation, tout se passe comme si les valeurs morales et éducatives étaient réinvesties directement dans l’activité sportive, celle-ci devenant porteuse de valeurs morales, éducatives, voire rédemptrices, bien au-delà de la simple métaphore.

   La Réforme protestante du XVIe siècle entend revenir aux sources évangéliques, retrouver la racine biblique originelle. Mais il ne s’agit pas d’un retour au passé. Le retour aux sources est le fruit de questions nouvelles. Il est marqué par un double mouvement, d’un côté la désacralisation qui fait tomber le mur de séparation entre le monde clérical – ses pouvoirs, son langage, les mots et gestes sacrés – et le monde profane, de l’autre côté, la forte valorisation de la personne individuelle à travers ses travaux et ses activités quotidiennes, devenus le lieu où sa vocation se réalise. Chacun est appelé à se former pour pouvoir exercer sa responsabilité de sujet. C’est ainsi que le protestantisme se définira lui-même comme un projet pédagogique, grâce à sa vision nouvelle des rapports avec Dieu, le monde, les autres, vision dans laquelle le rapport au corps se renouvelle lui aussi [Voir : FREY Daniel, « Le corps dans le protestantisme », Cahiers Protestants (2/2000), 40].   

   Contrairement à certains lieux communs, les protestants n’ont jamais déprécié le corps. Tout bien considéré, le fait que le rapport au corps soit traversé par de fortes contradictions remonte aux origines du christianisme. En un certain sens, le protestantisme a renforcé les tensions inscrites dans les évangiles et les épîtres pauliniennes. En insistant sur le salut par la seule grâce, il a dévalué les oeuvres et les pratiques destinées à libérer l’homme d’un corps-prison, ennemi de l’âme. On ne peut acquérir le salut par l’ascèse. Davantage encore que le christianisme des débuts, le protestantisme a enseigné que le corps est une création bonne de Dieu, le lieu de sa présence dans le monde. D’un autre côté, le protestantisme a aussi renforcé le lien éthique avec la théologie. Le corps humain est temple de Dieu, et le chrétien, appelé à la sanctification, doit se méfier de la propension de son corps à demeurer charnel. Libéré par la grâce, il peut vivre le corps dans la sainteté. Nous retrouvons cette tension dans la contribution active que la tradition protestante a apportée au développement du sport moderne.

   L’attention accordée au corps et à sa valorisation se retrouve dans l’effort pédagogique et formateur qui marque le protestantisme dès ses origines et dans toute son histoire. Au XVIe siècle déjà, Bucer à Strasbourg et Zwingli à Zurich ont reconnu la valeur des exercices corporels dans l’éducation des jeunes. Comenius (1592- 1670), grand théologien et pédagogue de l’Église des Frères Moraves de Bohême, introduit la gymnastique dans le programme scolaire protestant ; celui-ci sera mis en oeuvre dans plusieurs pays d’Europe, et développé par les courants piétistes ultérieurs. Comenius donne place à l’exercice corporel dans une gestion équilibrée de la journée ; il la divise en trois tranches de huit heures : une pour le sommeil, une pour le travail et une pour les repas, l’hygiène et la récréation [Voir : COMENIUS, J. A., Didacta magna, Grosse Didaktik, éd. Andreas Flitner, Düsseldorf – München, 1954, p. 85. Cité in GELDBACH Erich, « Protestantism, Capitalism, Sports », Journal of Sport History 4/1 (1977), p. 291].

   Si l’exercice corporel et la gymnastique sont intégrés dès le début aux programmes scolaires protestants, les Églises n’ont que méfiance et mépris pour les jeux populaires traditionnels et leur sensualité, car ce ne sont pour la plupart que des jeux de force et de combat, souvent accompagnés d’excès et de brutalités, de beuveries, jeux de cartes, immoralité et amours légères. Plusieurs historiens soulignent l’influence de la culture puritaine, en plus de celle du piétisme, dans la transformation progressive de ces jeux en sports de compétition, et ce dès le XVIIe siècle en Angleterre et dans le monde anglo-saxon. Un bonheur vécu dans la discipline, le travail acharné et le sérieux, préparent un terrain propice à la « sportification » des jeux traditionnels. En effet, à travers celle-ci, l’activité ludique se trouve institutionnalisée et délocalisée. Apparaissent alors des règles valables pour tous ceux qui la pratiquent (durée, terrain, nombre de participants…), règles qui mettent l’accent davantage sur l’habileté que sur la force, qui réduisent le taux de violence et instituent des instances de contrôle.

   Les Puritains ne pensent pas qu’à travailler, ils insistent aussi sur la nécessité d’avoir d’honnêtes récréations. Il est nécessaire de se rafraîchir le corps et l’esprit, déclare William Perkins dans un ouvrage de morale théologique pratique, « parce que la nature de l’homme est comme un arc qui finit par tomber en morceaux s’il est constamment utilisé et toujours en tension » [Voir : PERKINS William, The Whole Treaty of the Case of Conscience, London 1614, p. 342. Cité par GELDBACH « Protestantism », p. 288]. Richard Baxter les déclare non seulement légitimes mais en fait un vrai devoir dans un chapitre entier dédié aux « Directives relatives au sport et à la récréation » [BAXTER, Richard, A Christian Directory : or Summ of Practical Theology, and Cases of Conscience, part I, London 1678, [p. 387].

   Si la récréation est nécessaire, l’oisiveté est l’ennemi. « Le premier [vice] est l’oisiveté (idleness) qui nous porte à négliger et oublier les devoirs de notre vocation et les occasions de rendre gloire à Dieu. Le second est l’indolence (slothfulness) qui ôte force et application à nos prestations. » Ces vices déstabilisent l’ordre que Dieu a établi dans la société des hommes. « Le corps oisif et l’esprit oisif sont la boutique du diable ; la mer, si elle n’était pas en mouvement, pourrirait. Et le corps, s’il ne se meut pas, engendre des maladies. Ainsi les personnes oisives et indolentes sont une mer de corruption. » [PERKINS William, Treatise of the Vocations, Cambridge, (1603 première édition)].

   Les Puritains vont donc proposer l’activité sportive comme une récréation active en vue d’affermir le corps, le maintenir en vie, garder la santé, éloigner la maladie. Le jeu se charge de valeurs qui le disciplineront, il acquiert une finalité qui le transcende. Dans les activités énumérées dans son Directory, Baxter énumère la lutte, la pêche, diverses sortes de chasse et de tir. Ces exercices doivent pourtant être pratiqués sans exagérer, avec modération, mot-clé de toutes ces recommandations. Dans ces conditions, l’activité sportive est qualifiée de « légitime, honnête, bonne, chrétienne… ». Ce qui est déterminant, enfin, est le but de l’activité sportive. S’il est saint, l’activité l’est aussi. Toute la vie du croyant est un moyen dont le but est la seule gloire de Dieu ; le sport le sera donc aussi, et comme le travail, il ne pourra pas être pratiqué pendant le jour du repos dédié au Seigneur.

   Pour les Puritains, le temps est un don de Dieu précieux, il faut donc l’utiliser sciemment. Perdre son temps est une maladie dangereuse, le sport doit être limité dans un espace de temps circonscrit. La conscience du temps contribue à l’organisation rationnelle de la vie (cf. la distribution du temps selon Comenius). Il en découle là aussi une attitude nouvelle à l’égard du sport. On se met par exemple, en 1731, à mesurer le temps lors de manifestations sportives en Angleterre, ce qui développe l’esprit de compétition et l’idée de record. Évolution non prévue : on tirera bientôt parti de cet intérêt pour le temps en proposant des paris, en particulier lors des courses de chevaux. En 1788, on verra les foules se réunir pour assister à la tentative d’un coureur à pied appelé Evans, de battre le record de l’heure sur l’hippodrome de New Market. [Voir : THOMAS Raymond, Histoire du sport (Que saisje ? 337), Paris, PUF, 1999, p. 62.]

   Avec la mise en valeur de l’individu, la rationalisation des activités, la justification du comportement par le but à atteindre, la mesure du temps, la prise en considération de la compétition et du résultat, la diffusion d’un style de vie sinon ascétique du moins discipliné, la culture puritaine s’est révélée être un terrain fertile pour cette « sportification » des jeux traditionnels.

   Si l’inf luence puritaine est un facteur de transformation culturelle, comme nous l’avons vu, le facteur décisif dans l’apparition du sport moderne sera la transformation de la société anglaise à travers la révolution industrielle. On assiste à une augmentation du temps libre pour les classes moyennes, du temps consacré à la formation des jeunes élites, à un déplacement de la population des campagnes vers la ville, avec le corollaire d’une forte urbanisation ; on assiste aussi à la redécouverte de la valeur de la nature, au transfert de masses de jeunes travailleurs vers les grands centres industriels. La jeunesse en vient à former un groupe social en soi.

   Dans le milieu protestant anglais des années 1850, un mouvement apparaît et se répand sous le nom de Muscular Christianity. Il s’inscrit à sa façon dans ce dynamisme nouveau et contribue au développement du sport. On trouve à son origine les romans de Charles Kingsley qui chantent le courage et la force morale, la bonne santé, l’amour de la nature, la résistance, la modération, la maîtrise de soi, les valeurs « victoriennes » de patriotisme et d’honneur. Dans ce cadre, la pratique d’un sport se charge de vertus. Il favorise la santé morale, enseigne à savoir perdre et à se réjouir de la victoire de l’autre.

   Ce mouvement trouvera un grand écho dans les collèges britanniques et une ample diffusion dans les USA dès 1880. Il s’en prend à un christianisme édulcoré, « sans colonne vertébrale », un christianisme de salon menacé par une féminisation excessive, selon ses critiques. Les formulations véhiculées par les hymnes et les prières sont trouvées trop féminines pour attirer les hommes. Pour parler aux hommes, la Muscular Christianity dépeint un Jésus viril, charpentier vigoureux, en bonne santé et capable de tenir quarante jours dans le désert, assez agressif pour renverser les tables des changeurs dans le temple de Jérusalem.

   Ainsi présenté, le sport doit attirer les jeunes hommes : passer du temps à l’air libre, découvrir la nature par le moyen d’excursions et de camping. Des responsables chrétiens, pasteurs ou directeurs d’écoles et de collèges, lancent des activités sportives pour compléter leur travail pédagogique. Ainsi le pasteur anglican Thomas Arnold, directeur de la public school de la ville de Rugby de 1828 à 1842, désire former des gentlemen chrétiens, pieux, virils par le moyen de l’éducation de « l’homme tout entier » (La tradition veut que le jeu de rugby ait été inventé dans la public school de Rugby par un étudiant et futur pasteur qui, lors d’une partie de football en 1823, prit la balle avec les mains et la porta derrière les buts). Les Églises propagent le football parmi les jeunes et les ouvriers ; certaines valeurs de l’ère victorienne font désormais partie du sport : fair-play, loyauté, discipline, respect de la règle, du corps, de l’adversaire, joie, fidélité, esprit d’équipe, humilité. Les valeurs de la métaphore hellénistique se sont inscrites dans l’activité sportive. Les divers mouvements qui naîtront entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, seront marqués de cette empreinte virile : ainsi les « Youg Men Christian Association » (YMCA 1844), « Armée du Salut » (1879), « Éclaireurs » (début du XIXe siècle ).

   Les YMCA ont certainement joué un rôle de premier plan dans la création et la diffusion internationale de modèles sportifs nouveaux ainsi que dans la formation universitaire. Elles méritent une place de premier plan dans notre présentation parce qu’elles représentent une contribution concrète importante de la tradition protestante au développement du sport moderne. Deux mots d’ordre de connotation théologique résument cette vision : « Le corps est un temple », et « L’homme saint doit être un homme complet », avec pour corollaire pratique que la bonne santé est favorable à une meilleure moralité.

   Le mouvement Young Men Christian Association naît à Londres au milieu du XIXe, comme réponse aux besoins des nombreux jeunes venus de la campagne pour travailler dans les industries des grandes villes. Le travail est dur (10 à 12 heures par jour, 6 jours sur 7), le logement insalubre. On dort souvent sur le lieu de travail. Le peu de temps libre se passe dans la rue, qui ne propose pas grand-chose de mieux que les jeux de cartes et de hasard, l’alcool, la violence, la prostitution. Georges Williams (1821-1905), commis d’un marchand drapier, fonde la première YMCA en 1844, dans le but de pourvoir aux besoins spirituels des jeunes hommes. Le mouvement se diffuse rapidement dans le Royaume Uni et traverse l’Atlantique ; des associations semblables sont fondées à Montréal et Boston dès 1851. Son originalité, outre l’insistance sur l’aide sociale, résidera dans sa volonté de dépasser les barrières confessionnelles, de classe et de nationalité. Ce caractère universel s’affirme dans son texte fondateur, intitulé « bases de Paris », où il fut ratifié en 1855.

   À l’origine, l’accent est mis exclusivement sur la vie spirituelle, mais la question de la santé prend rapidement de l’importance, car elle est liée à l’usage du temps libre, menacé par les vices et les tentations. La personne humaine doit être considérée dans sa totalité, il faut donc proposer de véritables alternatives à la rue pour en sortir les jeunes et les amener vers le Règne de Dieu. Une intense activité de « physical education » est mise en place. Au début des années 1870, cette synthèse s’exprimera dans le logo du mouvement YMCA, un triangle qui attribue la même dignité au mental, au spirituel et au physique (mind, spirit, body) représentés par ses trois côtés égaux.

   Si le mouvement en Europe est plus réticent à encourager les activités physiques, aux USA en revanche on recommande dès 1860, pour favoriser le développement de la personnalité, de construire des centres YMCA dotés de belles salles de gymnastique pour offrir des alternatives valables aux tentations de la rue. Des millions de personnes seront initiées au sport grâce aux YMCA. Autour de 1885, des piscines viendront s’ajouter aux salles de sport de presque tous les centres YMCA des USA et du Canada.

   Cette éducation à la santé par l’exercice physique, va bientôt s’appuyer sur une base scientifique et médicale. Les responsables de la « physical education », les directeurs de salles de sport seront soumis à une formation universitaire.

   C’est dans une école de formation des YMCA que seront inventés le basket-ball et le volley-ball. C’est certainement le premier des deux qui a fait le plus parler des YMCA. On cherchait un jeu facile à jouer même à l’intérieur, dans un espace restreint, sous la lumière artificielle. Le directeur de l’International YMCA Training School (Springfield, Mass. aux USA) demande à Jaimes Naismith, étudiant en théologie canadien, de trouver un jeu pour occuper une classe de futurs responsables YMCA, passionnés de football américain et de rugby, mais totalement dénués d’intérêt pour la gymnastique artistique et les petits jeux qu’on leur proposait en hiver. Naismith propose le dit jeu en décembre 1891. La difficulté de mettre la balle dans un panier à pêches de petites dimensions, à chaque extrémité du camp, exalte l’habileté et le savoir-faire plutôt que la force. En surélevant les paniers, on évite les « rushes », les mêlées du rugby et du football, et le risque de blessure. Le succès fut immédiat. Pour Naismith, derrière le basket-ball il y a l’amour du prochain ; les jeunes peuvent y mettre toutes leurs forces et tout leur coeur, en gardant toujours la maîtrise de soi, en éliminant les excès qui en feraient un instrument du diable.

   Le volley-ball a aussi été inventé dans une école de formation YMCA (à Holyoke, Mass. en 1895) par William Morgan qui trouvait le basket-ball trop fatigant pour les adultes plus âgés. Morgan y combine des éléments du basket, du tennis et du handball.

   Dès ses origines, la tradition protestante a mis l’accent sur le caractère éducatif de l’activité sportive. L’apport multiforme des YMCA l’illustre bien. Entre toutes les activités proposées par ces associations, le sport n’est pas qu’un moyen de retenir les jeunes gens au sein d’un mouvement évangélisateur, mais apparaît comme une vraie entreprise morale et spirituelle qui a, d’un côté, intégré les valeurs des métaphores de l’enseignement stoïcien (modération, discipline, maîtrise de soi, etc.) et, de l’autre, donne à comprendre, en suivant les enseignements de l’apôtre Paul, que le départ et l’arrivée sont ailleurs : dans l’Évangile, en Christ. « La gymnastique, le sport et les jeux, les courses et les camps recèlent des trésors moraux : ce sont des rais de lumière, mais le soleil est et reste dans l’Évangile » [FISCHER Georges J., « La culture physique à l’UCJG (=YMCA), sa valeur pour la formation d’hommes chrétiens », in Correspondance mensuelle du Comité Universel des UCJG, 1913, p. 68s., cité in DUMONS-POLLET, « Églises chrétiennes », p. 208].

   La finalité pédagogique est un caractère acquis du sport. Il fait partie de la transformation des jeux traditionnels réalisée par les divers institutions et mouvements éducatifs qui ont contribué à l’apparition du sport moderne. En fait l’activité sportive n’est pas éducative en soi, ni automatiquement ni par définition ; elle peut être tout le contraire. Il faut résister à certaines dérives, à certains excès et lutter pour que le sport reste le lieu d’une possible éducation, du fair-play, du respect des règles et de l’adversaire, de la maîtrise de soi, à savoir que l’on ne cherche pas à vaincre à n’importe quel prix et qu’il est absolument exclu de chercher à acheter la victoire ou à modifier les résultats par le dopage.

   Le projet lancé par les YMCA est universel et global. D’abord, c’est la personne tout entière, spirituel, mental et physique, qui est prise en compte. Ensuite, l’activité sportive a une fonction intégrative qui a pour but de renouveler les rapports entre les couches sociales, les appartenances nationales, les confessions religieuses. Cette fonction d’intégration individuelle et sociale est nécessaire dans nos sociétés toujours plus marquées par les différences ethniques, culturelles et religieuses. Même dans ce cadre, les épisodes de violence qui se produisent lors de manifestations sportives rappellent que rien n’est jamais acquis et qu’il faut non seulement résister à toute dérive, mais encore promouvoir de nouvelles initiatives dans cette direction.

   Dans une société où la compétition prend un tour obsessionnel, il nous semble opportun de mentionner une interview récente de Julio Velasco, ancien entraîneur de l’équipe italienne de volley-ball, pour qui la première règle de la compétition est que la personne doit faire tout ce qui est juste pour gagner mais aussi accepter de perdre. Enseigner à gagner et à perdre signifie également enseigner à accepter ses limites. Celui qui pratique un sport a envie de dépasser ses limites, de battre son record, d’améliorer sa prestation, de se dépasser, et en même temps il rencontre sa limite, expérience positive sur le chemin de l’acceptation de soi. Si ce subtil équilibre est rompu, c’est la santé même de l’athlète qui est menacée, et les hautes valeurs du sport sont perdues. On risque de perdre ce qui en fait la vibration la plus haute et la plus belle, l’expérience de soi « comme un être de transgression et de finitude, d’exploit et d’humilité, d’exception et de routine » [MULLER Denis, « Sport, transcendance et sacrifice. Pour une éthique des limites », Cahiers protestants I/1999/février, p. 25].

Yann Redalié (traduction du pasteur suisse Jean-François Rebeaud)

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À propos Yann Redalié

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Un commentaire

  1. louis.pillon@wanadoo.fr'

    Bonjour,
    Bravo à Jean-François Rebeaud et à Yann Redalié pour ce texte. Pourtant, comment passer sous silence tous les clubs dénommés « Corinthian… » et leur corollaire social ? C’est portant bien dans ces clubs que s’est maintenu durant plus d’un demi siècle un apartheid rigoureux entre « gentlemen » et la classe laborieuse !

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