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Le christianisme social est relancé

Un appel, une rencontre, et voilà le Christianisme social de retour, appelant à l’éclosion de « Communes théologiques » en France, Suisse et Belgique.

Une centaine de personnes se sont retrouvées le samedi 2 octobre à l’Institut protestant de théologie à Paris pour relancer le Christianisme social que beaucoup pensaient définitivement enterré après l’arrêt de sa revue Autre Temps en 2004. Après plusieurs mois de travail, un groupe de personnes de différentes générations, engagées pour certains au sein de la Mission populaire évangélique, la Cimade, les Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France (EEUDF), le libéralisme théologique, le réseau Bible et création ou la Fédération de l’entraide avaient lancé un appel dans le journal Réforme le 10 juin dernier. Constatant « qu’apparaissent dans le christianisme des clivages et des engagements nouveaux qui appellent à des rencontres, des paroles, des actions nouvelles dans un monde qui a cruellement besoin d’amour, de justice, d’espérance », ils appelaient à l’éclosion partout en France, Belgique et Suisse de « Communes théologiques », formes souples et en réseau, pour « réfléchir et agir », affirmer des positions mais aussi « prendre le temps de la conversation et de l’échange », « engager les batailles d’idées », « contribuer ici et maintenant aux changements nécessaires, en ne nous interdisant aucun des moyens de la nonviolence, de sa logique de surabondance prophétique et de désobéissance aimante. » Premier succès : plus de 300 personnes signaient cet appel, principalement protestantes, mais aussi catholiques, de France, Suisse et Belgique.

  La rencontre du 2 octobre était le second acte : plus d’une centaine de personnes sont venues à cette journée, qui a été l’occasion de nombreux échanges, témoignages et ateliers sur l’économie, le politique, la théologie, l’identité en crise, l’éducation populaire et le travail. Les débats ont été riches : le problème du système économique est-il le capitalisme, le productivisme, ou cette forme de capitalisme (libéral, financier, etc.) ? Quel rapport aux débats et organisations politiques ? Devons-nous reprendre ou abandonner les vieux mots du Christianisme social comme « Royaume de Dieu » et « Seigneurie de Jésus-Christ » ?

  Comme l’a souvent souligné par le passé Laurent Gagnebin – président sortant du Mouvement – le Christianisme social est victime de son succès : ses orientations du XIXe siècle ont depuis été mises en musique par un riche secteur associatif, sanitaire et social protestant. Alors, quelle place en complémentarité avec ces associations de « terrain » ? Les participants ont exprimé le désir de trouver un lieu pour réfléchir à leurs engagements de terrain, les confronter avec ceux des autres et – de manière particulièrement forte – de voir s’exprimer dans la sphère protestante une parole forte qu’on n’y entend plus aujourd’hui. Si les Églises protestantes s’expriment clairement sur la situation des étrangers ou celle des prisons, on n’imagine plus la Fédération protestante produire aujourd’hui un texte aussi critique sur le capitalisme qu’ « Églises et pouvoirs » (1972) ou prendre position pour la libéralisation de l’avortement (1971). « Il s’agit donc, tantôt de tenir une parole qui ne sacrifie pas quelques-uns au nom d’un plus grand nombre, souligne Pierre-Olivier Monteil, ancien rédacteur en chef d’Autre Temps, mais s’efforce au contraire de tenir ensemble éthiques de conviction et de responsabilité ; tantôt de porter une voix prophétique qui rappelle la primauté des finalités par rapport aux seuls discours sur les moyens ; tantôt d’inventer une manière de dire et faire qui pointe dans les deux directions en même temps, celle d’ici et maintenant et celle d’ailleurs et demain. » Le mouvement pour les retraites a déjà étél’occasion de rédaction de textes et de participation à des manifestation par des « Communes théologiques » locales.

  Il s’agit aussi d’être présent sur des thèmes où l’on attend moins le Christianisme social, perçu légitime principalement sur l’économique et le social, comme celui des évolutions de l’individu moderne. « Mais justement, l’une des richesses du Christianisme social – par rapport au courant du Réveil dans le cadre duquel et en tension avec lequel il est né – c’est d’avoir souligné que nos identités individuelles sont très largement le résultat de la société dans laquelle nous vivons », remarque Isabelle Grellier, professeur à la Faculté de théologie de Strasbourg. Donc d’avoir une parole créatrice par exemple sur l’homosexualité, les évolutions de la famille ou les peurs qui traversent la société au sujet de l’Islam ou de l’immigration.

  La fin de l’après-midi a été consacrée à la façon de s’organiser. Une nouvelle rencontre est prévue le 1er octobre 2011. En attendant, chacun des participants est invité à former des « communes théologiques », des groupes non institutionnalisés, soit géographiquement soit autour de préoccupations communes, pour écrire et agir en se disant « du Christianisme social », sans qu’un bureau central n’ait besoin de les labelliser. Un groupe d’animation et de coordination est chargé de faire vivre le réseau, de soutenir la création de ces « communes » et d’organiser cette prochaine rencontre. Le Christianisme social est en mouvement !

Plus d’infos : www.christianismesocial.org

contact@christianismesocial.org

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À propos Stéphane Lavignotte

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est pasteur de la Mission populaire évangélique à Gennevilliers (92), président du Mouvement du christianisme social et militant écologiste. Dernier ouvrage paru : Les religions sont-elles réactionnaires ? (Textuel, 2015).

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