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La prière de demande (1)

 Pour beaucoup de nos contemporains la prière de demande, celle par laquelle le croyant demande à Dieu une faveur, une aide, un soutien, ne va pas de soi. Est-ce parce qu’il prie Dieu, que celui-ci exauce ses demandes ? Si tel est le cas, Dieu vient-il seulement à l’aide de ceux qui le sollicitent ? Resterait-il indifférent au sort de ceux qui ne savent pas ou ne peuvent pas lui parler ? Sur un autre plan, n’y a-t-il pas un décalage entre nos compréhensions de ce que nous appelons Dieu et les formes et les contenus de nos prières ? Certaines prières que nous formulons, ne supposent-elle pas un Dieu que notre raison récuse par ailleurs ? Et pourquoi tant de silence à l’endroit de la prière ? Est-ce une pratique spirituelle tellement intime qu’elle serait réfractaire à toute analyse distanciée ? Serait-ce lever un tabou que d’avouer que nous prions plus par habitude que par conviction ? Et, finalement, comment prier ? Comment repenser la prière pour qu’elle redevienne une pratique vivante ? Si nous souhaitons poser ici ces questions et tenter de leur apporter des réponses, c’est que nous croyons qu’Évangile et liberté permet à chacun d’être honnête en matière de foi. À l’instar de l’honnêteté intellectuelle, l’honnêteté spirituelle consiste à poser les questions qui nous préoccupent, à préférer aux réponses toutes faites et imposées par autrui celles qui émanent de nous et constituent notre vérité. C’est dans cet esprit que nous livrons ici nos réflexions sur la prière de demande.

  « Je m’exerce aux sublimes contemplations, je médite sur l’ordre de l’Univers […] pour l’admirer sans cesse, pour admirer le sage auteur qui s’y fait sentir. Je converse avec lui […] je m’attendris à ses bienfaits, je le bénis de ses dons, mais je ne le prie pas. Que lui demanderais-je ? Qu’il changeât pour moi le cours des choses, qu’il fit des miracles en ma faveur ? » (Rousseau, « La profession de foi du Vicaire savoyard », Émile)

  Inspirés par Rousseau, ou encore par Kant qui, à sa suite, trouvera superflu, dans La religion dans les limites de la simple raison de « déclarer nos désirs à un être qui n’a nul besoin que celui qui désire une chose lui déclare son sentiment intime », nous pouvons légitimement douter de la pertinence d’une prière centrée sur des demandes adressées à Dieu. Pour Rousseau et son Vicaire savoyard, prier pour soi ou pour les autres est chose impie. Dieu ne nous donne-t-il pas, dans la nature et dans notre âme, tout ce dont nous aurions besoin ? Ne serait-ce pas alors à nous, et à nous seuls, d’en faire bon usage ? Ce refus de la prière n’empêche pourtant pas le Vicaire de vivre une relation personnelle et vivante avec Dieu, il « converse avec lui », mais cette relation s’inscrit sous le registre de la seule gratuité.

  Aussi problématique soit-elle, et nos premières pensées viendront précisément la déconstruire, la prière de demande n’en demeure pas moins porteuse de la double vérité que ces pages veulent soutenir : vérité d’un Dieu puissance de transformation, appelant et motivant, à travers leurs prières, la participation des humains à sa dynamique créatrice ; vérité de l’homme et de la femme, êtres de désir et de demande, rendus, par la prière, solidaires de Dieu, des autres et du monde.

  « Demandez et on vous donnera ! », nous assure Jésus dans les Évangiles. Mais demander quoi, comment et pourquoi ? Et à quel prix ?

Détails de mains  de diverses statues de Bouddha  La prière de demande court toujours le risque de s’approprier Dieu. Elle menace de le réduire à ce que nous aimerions qu’il nous fasse, de le limiter ainsi à n’être que le pourvoyeur des bienfaits qui nous manquent. Paul Tillich (1886-1965) écrit : « La prière, comme moyen d’utiliser un pouvoir supérieur pour des objectifs personnels est, non seulement un des phénomènes les plus évidents dans l’histoire de la religion, mais constitue une tentation continuelle dans chaque grande religion : tout ministre chrétien peut en témoigner. » Cette chosification de Dieu à laquelle procèdent certaines prières de demande, commandantou recommandant à Dieu telle action, telle bienveillance, abolit la distance qui sépare Dieu, comme réalité ultime, de tout ce que nous pouvons en dire et en penser. Paul Tillich qualifiait de démoniaque cette propension de la religion, comme de l’humain, à s’auto-justifier en se servant de l’ultime pour cautionner ses propres vues et actions. Cette mainmise sur Dieu enfermerait aussi celui-ci dans un horizon d’attentes forcément limité et partiel ; la prière de demande risquerait alors de n’être qu’une prière déçue… Obnubilé que serait le priant par la résolution quémandée et espérée, il ne serait plus à même de percevoir Dieu à l’oeuvre dans le monde, ailleurs et autrement que là où il l’anticipait.

  La prière de demande, et plus précisément celle d’intercession ou de collecte, ne nous conduit-elle pas à nous décharger trop hâtivement de nos responsabilités ? En demandant à Dieu d’accomplir ce que nous estimons hors de notre pouvoir ou de notre volonté, ne nous rabaissons-nous pas pour alléger nos consciences ?

Dans quelles prières les hommes se reconnaissent-ils ? Ce qu’ils appellent un service religieux n’est guère courageux et viril. La prière regarde au loin et demande que quelque enrichissement étranger intervienne grâce à quelque vertu étrangère et elle se perd dans les méandres infinis du naturel et du surnaturel, de la médiation et du miracle. La prière qui espère obtenir une faveur particulière a quelque chose de vicieux. La prière est la contemplation des choses de la vie du point de vue le plus élevé. C’est dans la contemplation, le monologue d’une âme radieuse. C’est l’esprit de Dieu déclarant que ses oeuvres sont bonnes. Mais la prière comme moyen d’arriver à des fins personnelles n’est que larcin et bassesse. Elle suppose le dualisme et non point l’unité entre la nature et la conscience. Dès que l’homme sera un avec Dieu il ne quémandera point. Alors, dans toute action il verra la prière. La prière du fermier qui s’agenouille dans son champ pour enlever les mauvaises herbes, la prière du rameur qui s’agenouille à chaque coup d’aviron, sont de vraies prières que l’on entend dans toute la nature, bien que leurs fins soient des plus modestes.

  Ralph Waldo Emerson (1803-1882), Confiance en soi.

 Le fait de placer notre énergie spirituelle, psychique, émotionnelle, morale, au bénéfice d’une invocation et d’une sollicitation divines, nous détournerait ainsi des soucis de l’heure, des solidarités concrètes, des engagements immédiats. À force d’intercession, nous courrions ainsi le risque de nous affadir, d’être progressivement dépossédés de nos facultés de délibération et d’initiative ; de baisser en intensité, en vitalité et en courage.

  Certaines prières ne nous poussent-elles pas aussi à croire que si rien n’est possible à l’homme, tout serait possible à Dieu ? Que celui-ci pourrait s’affranchir des contingences qu’il aurait lui-même produites et dépasser les conditions de la finitude ? Cette image de Dieu comble bien souvent des attentes infantiles de toutepuissance. À défaut de pouvoir et de vouloir agir, nous faisons de Dieu cette entité toute-puissante que nous croyons capable de sauver nos vies et le monde de la complexité des champs de force qui s’y opposent, des contradictions pourtant indépassables qui les tiraillent. Dieu peut tout, fait tout, et donc, s’il ne fait pas tout, ne serait-ce pas parce que n’avons pas su le lui demander suffisamment et correctement, avec toute l’ardeur qu’il fallait ? La notion de toute-puissance divine sert ici celle de culpabilité : l’échec, la réponse absente ou contrariée trouvant pour responsable l’humain, ce mal-priant qui n’a pas su faire.

  Le risque de la prière de demande ne serait-il pas, encore, de nous rendre dépendants d’un système religieux basé sur la notion de faveur et de rétribution, là où la grande leçon paulinienne de la théologie du salut par la grâce seule serait celle de la gratuité et du désintéressement ? Pourquoi la gratuité relèverait-elle de la seule part de Dieu, et ne deviendrait-elle pas la marque distinctive des pratiques religieuses elles-mêmes ? Le croyant qui postule être aimé de Dieu, tel qu’il est, sans que cet amour ne récompense rien, ne pourrait-il pas, à son tour, aimer Dieu indépendamment de ce que cet amour peut lui rapporter ?

  Enfin, et paradoxalement, ne serait-ce pas notre propre relation à Dieu que nos prières de demande mettraient en cause ? Le penseur américain Emerson (1803-1882), grande figure de l’indépendance de la pensée, livre ainsi dans son essai intitulé La confiance en soi des propos sévères sur la prière de demande, précisément parce qu’elle sépare Dieu et l’humain et ne permet plus de reconnaître en ce dernier la présence de Dieu. « Dans quelles prières les hommes se reconnaissent-ils ? Ce qu’ils appellent un service religieux n’est guère courageux et viril. La prière regarde au loin et demande que quelque enrichissement étranger intervienne grâce à quelque vertu étrangère et elle se perd dans les méandres infinis du naturel et du surnaturel, de la médiation et du miracle. La prière qui espère obtenir une faveur particulière a quelque chose de vicieux […]. La prière comme moyen d’arriver à des fins personnelles n’est que larcin et bassesse. Elle suppose le dualisme et non point l’unité entre la nature et la conscience. Dès que l’homme sera un avec Dieu il ne quémandera point. » La prière de demande, selon Emerson, place Dieu dans un au-delà et porte ainsi atteinte à l’intégrité de l’humain, à ce qui en fait la grandeur : être un sujet en Dieu et, sous cette condition, doté d’une personnalité singulière, affranchie des conformismes, pouvant faire retentir dans le monde l’unicité de sa voix, être un humain ainsi porté par la « confiance en soi ».

  Ces interrogations critiques pourraient nous inviter, à la suite par exemple du théologien allemand Ritschl, grande figure de l’enseignement de la théologie au XIXe siècle en Allemagne, à ne conserver que les prières de louange, celles par laquelle l’humain exprime sa gratitude envers Dieu, et à supprimer toutes prières de demande et d’intercession du fait des dérives qu’elles entraîneraient inévitablement et dont nous venons d’énumérer certaines. Au-delà de ces critiques, et comme nous l’annoncions plus haut, il nous paraît pourtant légitime de défendre la prière d’intercession comme l’expression de cette vérité théologique d’un Dieu en action et potentiellement en demande, et comme rendant compte d’une réalité humaine indépassable : celle d’un humain en demande et potentiellement en action. La prière de demande fonctionne comme effet de miroir. Elle est tout autant révélatrice d’images de Dieu que d’images de l’humain. À travers elle, l’un et l’autre se trouvent reconfigurés, révélés, et, nous le verrons, exaucés. Le théologien réformé Emil Brunner (1889-1966) écrira à juste titre dans sa Dogmatique, que « la prière est la pierre de touche de toute théologie ». Dis-moi ta prière, je te dirais quel est ton Dieu !

Prier, c’est vouloir se rattacher aux profondeurs de la vie et de l’amour et, de ce fait, aider l’autre à atteindre la plénitude de l’être. Prier, c’est offrir sa vie et son amour, en partageant son amitié et son accueil. La prière, c’est mon être rencontrant l’être d’un autre et lui donnant le courage d’oser, de risquer, et d’être d’une façon totalement nouvelle, peut-être, dans une dimension nouvelle de vie. La prière, c’est aussi mon opposition active à ces préjugés et stéréotypes qui diminuent l’individualité et l’être des autres. C’est choisir l’action politique propre à bâtir une société où les chances deviendront égales et où nul ne sera obligé d’accepter le statu quo comme destin. C’est reconnaître activement qu’il y a une essence sacrée dans toute personne et qu’elle est inviolable. C’est faire face aux exigences de la vie, ce qui implique que, tous, nous prenions conscience qu’elle est soumise à un éventail de circonstances sur lesquelles nous ne pouvons rien. Prier, c’est ne pas trembler devant elles, mais se préparer à les affronter avec courage. Prier, c’est pouvoir regarder en face la fragilité de la vie et la transformer, même lorsque nous en sommes victimes ou qu’elle nous détruit. Prier, c’est se dépouiller de l’illusion que nous sommes le centre de l’univers et que notre vie compte tant pour une divinité extérieure, qu’elle interviendra pour nous protéger. La prière est un appel à sortir d’une dépendance infantile pour entrer dans la maturité spirituelle.

  John S. Spong, évêque anglican de Newark (USA), Pourquoi le Christianisme doit changer ou mourir. (cf. Évangile et liberté, no 191, août-septembre 2005)

Détails de mains  de diverses statues de Bouddha  Dans un article qu’il consacre au thème qui nous préoccupe ici, le théologien américain John Cobb décrit comment la prière fut tout au long de son enfance une pratique quotidienne et ordinaire, lui offrant les joies d’un compagnonnage de tous les instants avec Dieu. « Dans mon enfance, un Dieu très personnel était aussi réel pour moi que ne l’étaient les personnes que je pouvais voir et toucher. Je conversais tout autant avec Dieu qu’avec mes parents, mon frère ou ma soeur. » Le théologien raconte l’événement décisif pour lui d’une prière du soir qui, tel le fameux Mémorial de Blaise Pascal relatant sa conversion, bouleversa son existence. « Une nuit, alors que je m’agenouillais près de mon lit, à Arlington en Géorgie, j’eu un sens très vif de la présence spirituelle. Cela dura à peine une minute, mais dans cette minute, j’ai connu l’acceptation totale de soi et l’amour. » Le même John Cobbdécrit aussi la quasi dépression religieuse qu’a représenté pour lui, alors adolescent, la perte d’intensité de cette grande lumière du soir. Il écrit simplement : « Le compagnon divin de mon enfance et de ma jeunesse avait disparu. » Il raconte plus en détails le sentiment de vide, de futilité et de souffrance qu’impliqua pour lui l’expérience de cette absence. « Plus tard, j’apprendrai de Paul Tillich, écrit-il, que ce que j’ai expérimenté, le tremblement de mes croyances et le sentiment de perte de ce compagnonnage divin, ne devait pas être interprété comme le signe d’une perte de la foi. Car je n’avais certainement pas perdu le “ultimate concern”, le sens de la préoccupation ultime. »

  Nombreux sont ceux qui pourraient se reconnaître dans le parcours que John Cobb décrit. Beaucoup pourraient aussi s’interroger sur la nature de cette « présence » ressentie dans la prière. Cette expérience de « totale acceptation de soi », ne serait-elle pas propre à toute forme de méditation transcendantale, celle par laquelle, à travers une série de gestes, une position et une respiration particulières, nous parvenons à nous libérer du poids de nous-même, à nous ouvrir au monde extérieur avec une telle intensité que nous nous sentons en parfaite harmonie avec nous-même, avec les autres, avec le monde, et que nous nous sentons portés par une réalité qui nous dépasse ? Est-ce bien cette réalité que nous désignons par le Dieu de Jésus-Christ ?

  Ce sentiment de perte du « compagnonnage de Dieu » que raconte John Cobb apparaît parfois comme un sentiment de perte de foi, tant il est vrai que la foi chrétienne souffre bien souvent d’être réduite à l’activité priante. Pensée sur le seul modèle de l’entretien avec Dieu, la prière apparaît souvent comme l’acte religieux le plus distinctif, son élément constitutif et caractéristique. Reconnaître que nous ne prions pas, ou que nous prions par habitude ou par devoir, ne serait-ce pas se reconnaître athée ?

  Cobb explique dans le même article que si, pour lui, la vieille signification de la présence personnelle n’est jamais revenue, une nouvelle approche de la réalité concrète de Dieu, réalisée dans l’expérience ordinaire et quotidienne de la vie, a fini peu à peu par remplir le vide. « Je trouve désormais Dieu, écrit-il, dans les processus naturels de mon corps, quand ils ne sont pas contrariés et empêchés par des interférences extérieures. Je trouve Dieu dans mes sentiments, quand ils sont ouverts et spontanés. Je trouve Dieu dans ma raison, quand elle est portée par la vérité et non par l’auto-justification. Je trouve Dieu dans mon imagination, quand elle est libre et créative. Je trouve Dieu dans ma volonté, quand elle est animée par la justice et la droiture. Je trouve Dieu dans mon esprit, quand il oriente le tout de ma vie vers ce qui vaut la peine d’être accompli et me libère de mes préoccupations basses et égoïstes. »

Que nous ne demandions pas plus que Dieu ne nous permet : car bien qu’il nous commande de répandre nos coeurs devant lui (Psaumes 62,9 et 145,18), il ne lâche pourtant point la bride indifféremment à nos affections folles et inconsidérées, voire perverses. Quand aussi il promet de faire selon le désir des fidèles, il n’étend pas son indulgence et humanité au point qu’il s’assujettisse à leur appétit. En quoi on pèche communément fort bien : car plusieurs non seulement osent importuner Dieu de toutes leurs folies, sans aucunes révérence ni honte, et produire devant son trône tout ce qu’en songeant ils auront trouvé bon ; mais ils sont occupés d’une telle outrecuidance ou stupidité, qu’ils ne font nul scrupule de requérir Dieu qu’il complaise à leur cupidité, dont ils n’oseraient faire les hommes témoins.

  Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, Livre 3, chapitre 20, § 5.

  Présent et agissant dans toutes les composantes du réel, Dieu n’est pas chez John Cobb, une réalité supra-naturaliste. Dieu n’est pas une instance surplombante, autonome et isolée dans sa transcendance. Dieu est pensé par Cobb comme une puissance de transformation créatrice, oeuvrant à rendre nos existences et toutes les entités du réel, toujours plus harmonieuses ; une force luttant sans relâche pour une existence et un monde plus épanouis, plus justes, plus généreux. La providence divine n’est pas une ingérence mais une création. Dieu n’est pas cette toute-puissance qui s’impose dansles affaires du monde, en fonction d’un programme, d’un décret établi de toute éternité. Dieu est une force de motivation, de persuasion et d’encouragement qui entend nous renouveler, nous ouvrir à l’action créatrice. La providence est le dynamisme transcendantal, créateur, à l’oeuvre dans le réel. Elle n’est pas un facteur additionnel, une immixtion miraculeuse, physique ou mentale, mais l’activité créatrice et dirigeante de Dieu qui anime et oriente chaque situation humaine vers une harmonie plus profonde, plus ultime.

 

Je trouve que souvent on exagère l’importance de la prière et qu’on lui donne une valeur excessive. Elle n’occupe qu’une place restreinte dans le Nouveau Testament. Il me paraît significatif que Jésus propose comme exemple et comme modèle à ses disciples une prière très brève, le “Notre Père”, qui se dit en quelques secondes, ce qui fait contraste avec la redoutables longueur des prières juives de l’époque et de celles des liturgies chrétienne. Ne nous sentons pas coupables de ne pas assez pratiquer la prière et n’en faisons pas une obligation pesante […]. La prière nous expose à Dieu ; on s’y expose aussi par le culte, la lecture de la Bible et la méditation qui peuvent dans notre vie remplir la même fonction que la prière. Toutes ces activités spirituelles, à condition de ne pas devenir envahissantes, de rester équilibrées, contribuent à exaucer à la fois notre quête de sens et l’appel que Dieu nous adresse.

  A. Gounelle. Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique, Van Dieren , Paris, 2006, p. 125

Détails de mains  de diverses statues de Bouddha  Cobb précise qu’il n’entend pas identifier Dieu avec des « tendances particulières » qu’il trouve en l’humain. Dieu n’est pas une émanation de soi, fût-elle de la meilleure part de soi. Dieu renvoie ici à un « pouvoir » et à une réalité universels, dont l’existence ne dépend d’aucune manière de la nôtre, ou même de l’humanité dans son ensemble. Si Dieu est en l’homme et l’homme est en Dieu, Dieu n’est pas l’homme et l’homme n’est pas Dieu. Ce pouvoir naturel nous affecte, non en surmontant ou en déplaçant les facultés naturelles de notre humanité, mais en nous donnant ces même capacités, en les renforçant en nous, en les dirigeant autrement, en faisant en sorte qu’elles trouvent en nous leur parfait accomplissement. Il apparaît ici que la prière, comme toutes formes de disciplines spirituelles, ne consiste pas à se vider de ce qui est en nous pour remplacer ce que nous sommes par une réalité extérieure à nous. Le but de la prière est, selon John Cobb, de « nous aligner sur la direction vers laquelle Dieu est déjà en train de nous tirer, une direction pointée par le Christ ». La prière de demande ne nous couperait pas de notre entourage, de Dieu et du monde, mais intensifierait en nous la conscience de cette puissance créatrice qui nous mobilise au service des autres.

  C’est cette prière, pensée comme une dynamique créatrice qui contribue à l’exaucement de nous-mêmes et de Dieu, que nous présenterons, dans ces mêmes colonnes, le mois prochain.

En 1981, ma femme, Joan, apprit qu’elle était atteinte d’un cancer qui allait, très probablement, être fatal. Comme nous étions une famille très connue du New-Jersey cette nouvelle se répandit presque aussitôt […]. Des groupes de prières, dans tout le diocèse, et même dans un cadre oecuménique, ajoutèrent le nom de ma femme à leur liste d’intentions particulières. Dans presque toutes les églises, on prononçait régulièrement son nom, au cours des prières, pendant les offices religieux. Ces actes nous montraient, à tous deux, leur inquiétude, leur souci et leur amour, et nous avons apprécié profondément leurs sentiments pour nous. La maladie connut une véritable rémission, et Joan vécut encore six ans et demi après ce diagnostic. C’était bien au-delà de ce que les médecins nous avaient laissé entendre. Lorsque la constatation d’une rémission prolongée commença à poindre, les gens les plus concernés, et dont les prières avaient été les plus intenses, s’attribuèrent le mérite de sa longévité. “Nos prières sont exaucées”, s’exclamaient-ils. […].Je m’interrogeais secrètement et je me disais : imaginons qu’un éboueur de Newark, sans doute la ville avec le plus bas revenu par personne des États-Unis, apprenne que sa femme est atteinte de la même maladie. Comme il n’appartient pas à la sphère des gens importants avec tout un réseau de relations, […] personne, officiellement, ne sera au courant de la maladie de sa femme. Supposons que ce ne soit pas un homme tourné vers la religion et que sa femme ne soit pas l’objet de prières en groupe et de demandes particulières. Est-ce que cela influerait sur le déroulement de sa maladie ? […] Quel intérêt trouverais-je à adorer un Dieu qui considérerait ma femme différemment, parce que nous avons eu, au cours de notre vie, des facilités que l’employé à la voirie n’a pas eues ? La réponse à toutes ces questions, c’est non ! non ! mille fois non ! Si prier une divinité théiste aboutit à cela, alors révoquer un concept aussi tordu de la religion constituée, ne serait pas une perte mais un gain positif.

  John S. Spong, Pourquoi le Christianisme doit changer ou mourir , É & l no 191, Août-sept. 2005.

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À propos Raphaël Picon

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Raphaël Picon (né en 1968) est un théologien français.

Un commentaire

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    Demandez à Dieu de laisser les Vénézuéliens à voter contre le gouvernement communiste à l’élection pour le congrès le dimanche 6 décembre prochain.

    pour faire que tous les Vénézuéliens à se convaincre que la seule coupable de la crise économique est le gouvernement.

    pour faire que le opossition atteindre tous les 167 sièges du Congrès dans ces
    élections .

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