Accueil / Journal / La force pour maîtriser la violence

La force pour maîtriser la violence

Le pasteur P. Vassaux n’accepte pas l’argumentation de J.-L. Duchêne dans l’article « La bombe ou la vie ? », publié dans le numéro d’avril 2010. Le texte critique qu’il a envoyé à Évangile et liberté était, selon lui, destiné à la page « courrier ». Nous avons préféré le mettre dans la rubrique « débattre ». P. Vassaux est aumônier honoraire des Armées, et ancien auditeur à l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (I. H. E. D. N.).

C’est avec inquiétude que j’ai pris connaissance de l’article de Jean-Luc Duchêne « La bombe ou la vie ? » (Évangile et liberté, avril 2010, p. 18) avec des références à Albert Schweitzer et Théodore Monod qui sont des autorités morales, mais qui n’ont pas compris le concept de dissuasion. Nous n’avons pas affaire à des spécialistes de la physique nucléaire à la différence d’Einstein, le savant qui aurait mieux fait de tirer sa révérence que de tirer sa langue à son vaste public ! Celui-ci, comme d’autres physiciens, n’a pas su protéger ses propres travaux théoriques sur la fission de l’uranium, qui ont servi à mettre en évidence l’énergie considérable que représentent les réactions de désintégration en chaîne de ce métal.

  Dans le monde instable et imprévisible qui est le nôtre, la dissuasion nucléaire n’est en aucune manière une forme suprême d’artillerie, « l’ultime raison du roi », comme on l’inscrivait sur les canons au XVIIIe siècle. C’est pour cette raison que la bombe à neutrons a été abandonnée. Il s’agit de montrer sa force afin de ne pas avoir à s’en servir, pour reprendre le mot du maréchal Lyautey. Utiliser l’arme nucléaire serait l’échec suprême. Nous serons tous d’accord sur ce point. Garantir notre indépendance et notre sécurité par une capacité de résilience fondée sur les deux composantes navale et aérienne de la force de dissuasion n’empêche pas notre pays parallèlement de prendre des initiatives dans le domaine du désarmement nucléaire et de la lutte contre la prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques. Si la guerre est la continuation d’une politique par d’autres moyens, la négociation diplomatique est le meilleur moyen d’éviter un conflit armé. Les récents accords entre Washington et Moscou sont un début prometteur en vue d’une désescalade nucléaire qu’il faut souhaiter générale. Il semble dangereux d’affirmer : « Au nom de quoi le Brésil et l’Iran devraient-ils renoncer à posséder une dissuasion aussi efficace que celle des Français ? » Dire que la dissuasion nucléaire est d’une inutilité consternante contre le terrorisme, c’est méconnaître le fait que certains terroristes sont prêts à utiliser des déchets radioactifs. Citer à la fois Hiroshima et Tchernobyl relève de problèmes différents. La dissuasion nucléaire a probablement permis d’éviter un troisième conflit mondial ainsi qu’une guerre entre l’Inde et le Pakistan. Les propos démobilisateurs de J.-L. Duchêne relèvent à mon sens de l’utopie. La dissuasion nucléaire a pour seul objet d’empêcher une agression étatique contre les intérêts vitaux de notre pays face à toute forme de chantage. Elle ne dispense en aucun cas des forces classiques qui protègent la population et le territoire français exposés à de nouvelles vulnérabilités qui nécessitent un effort de défense qui est l’affaire de tous et de toutes. L’emploi de la force est destiné avant tout à maîtriser toutes les formes que peut revêtir la violence d’où qu’elle vienne.

  Cela dit, réfléchir à la vitrification des déchets nucléaires et à la sécurité des installations afin d’éviter un nouveau Tchernobyl me paraît traiter du problème le plus important aujourd’hui.

Don

Pour faire un don, suivez ce lien

À propos Philippe Vassaux

Avatar

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.