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La décroissance, une espérance !

« La croissance !… La croissance, vous dis-je ! » La croissance semble être le seul remède que nos politiques puissent envisager pour venir à bout de tous nos maux. Pour Jean-Pierre Rive, il s’agit d’un dogme politique obsessionnel. Que peuvent en penser les chrétiens ?

  En octobre 410, Augustin, dans son sermon sur la chute de Rome, rappelait que la fin d’un monde n’était pas la fin du Monde ; dit autrement on pourrait rappeler que l’Apocalypse n’est pas une catastrophe, mais la révélation, le dévoilement d’un monde nouveau qui vient remplacer celui qui, après le déclin, va s’éteindre. « Les civilisations sont mortelles » : ce propos de Paul Valéry devrait retentir à nos oreilles non comme la menace de grands malheurs à venir, mais comme la promesse qu’une aube nouvelle est proche.

  Il y a un peu plus de 40 ans, le temps d’un désert chargé d’avenir, le Club de Rome apportait à quelques prophètes comme Jacques Ellul, André Gorz, Ivan Illich, la caution scientifique qui faisait défaut à leurs propos visionnaires. Aujourd’hui le déni, même si certains de nos économistes et de nos gouvernants s’y complaisent, n’est plus de mise. Et la religion de la croissance est, elle aussi, affaiblie ; il est vrai qu’il ne s’agit que de mauvais chiffres sur les écrans de nos comptables mathématiciens et statisticiens, mais un cri se répand comme une traînée de poudre : Récession ! Nos économies moribondes s’affolent, les indicateurs sont au rouge.

  En fidèles adeptes du véhicule individuel, nous devrions savoir que rouge signifie : Stop ! Stop à l’exploitation sans limite des ressources, stop à l’accélération insensée des processus de production, stop à cette société qui creuse des écarts honteux entre des peuples grands consommateurs d’énergie et des peuples à basse consommation. Peut-être devons-nous réentendre Jean-Baptiste qui réclamait un changement de comportement pour que surgisse un Monde nouveau. Cette récession subie peut devenir une chance. Elle peut être salutaire si elle devient une simplicité volontaire, une sobriété désirée, une décroissance choisie dans la solidarité et la convivialité.

  Ne nous laissons pas impressionner par ceux qui se moquent et invectivent en évoquant le retour à la bougie voire à l’âge des cavernes. Il y a un fait incontournable : une civilisation prédatrice, dominée par des minorités cupides, meurt. Seul un partage équitable des richesses de la création permettra aux uns de vivre sans être noyés aux rivages de l’espoir et aux autres d’échapper au consumérisme aliénant, en retrouvant la ferveur des joies simples : se nourrir, se vêtir, avoir un toit, s’éduquer, prendre soin de l’autre. Nous ne pouvons plus nous voiler la face : l’empire aux pieds d’argile de Nabuchodonosor s’est effondré sur lui-même.

  Dans ce Monde qui en arrive à permettre à certains d’acheter le droit d’asphyxier par le CO2 qu’ils émettent, la décroissance partagée, en se substituant à une croissance agressive, est un instant salutaire à saisir.

  Si notre Espérance a des traces dans notre histoire depuis que Jésus-Christ a parcouru les chemins des hommes, il nous faut ne pas craindre la fin de ce monde soumis à une économie infernale et belliqueuse. Il nous faut mettre à profit les craquements d’une crise qui ouvre tous les champs du possible et redonner « une âme à un monde sans coeur d’où l’Esprit a disparu ».

  Jean-Baptiste le pressentait dans son monde tragique enfermé dans la domination des uns et les certitudes religieuses des autres ; il lui fallait diminuer pour que surgissent et grandissent à la suite de Jésus-Christ les témoins de ce monde nouveau qui sauraient résister à la tentation de tout avoir, de tout savoir et de tout pouvoir, pour conjurer les peurs.

  Car il s’agit bien de ne plus avoir peur des dieux, ni de la création, ni des autres. Il s’agit de vivre dans la gratitude à l’égard de celui qui a donné la vie, une création pour l’habiter et la joie d’y rencontrer des soeurs et des frères. L’homme n’est pas un loup pour l’homme. Il est ce compagnon de route avec qui l’on peut bâtir. Il s’agit de croire que ce monde qui advient n’est pas un leurre, ni une utopie, et qu’il se présente comme l’heureux accomplissement d’une promesse qui, elle, est sans limites et sans frontières, comme une bénédiction qui procure la joie parfaite d’un Royaume, paisible et juste : un Royaume offert pour notre félicité et celle de ceux qui nous sont confiés et se confient à nous.

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À propos Jean-Pierre Rive

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Président de la commission Ethique et Société de la Fédération protestante de France

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