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La conversion et le labyrinthe

Pour approfondir la notion de conversion, Camille Jean Izard choisit l’exemple du labyrinthe, qui oblige parfois à changer de direction.

  Les labyrinthes qui ont été tracés ou bâtis sur le sol des cathédrales renvoient à un mythe fondateur. En Crête, le palais de Minos est un labyrinthe qui retient le Minotaure et d’où Thésée ne peut sortir qu’à l’aide du fil d’Ariane. Le labyrinthe représente un complexe de chemins qui peut constituer un piège d’où il est difficile de se libérer une fois engagé. Le but est d’atteindre le centre et d’en sortir.

  Les labyrinthes des cathédrales (Chartres, Amiens, etc.) ont été compris comme des substituts d’un pèlerinage en Terre Sainte, mais il s’agit en fait d’un itinéraire, d’un parcours initiatique. Le labyrinthe peut fonctionner comme le support d’un voyage intérieur qui renvoie au déroulement d’une vie : de la naissance à la mort. Le parcours effectué à genoux, dans un lieu qui évoque le Sacré, dans une demi-obscurité, facilite le travail de mémoire des « fautes », la demande de pardon, l’intrusion inattendue de l’inconscient se traduisant par des images, des scènes vécues et refoulées, des paroles inaudibles, des peurs…

  Le centre atteint peut faire office de « passe » étroite qui donne accès à la vie en Christ, à une nouvelle naissance. Il faut noter que la translation du mythe est sans équivoque car l’Église s’est bien souvent appropriée le rôle du fil d’Ariane ; c’est elle qui prétend alors détenir les clés du salut et donc du paradis. Le labyrinthe est bien un chemin de conversion.  

  Conversion : voilà un mot bien usé, banal. Son étymologie est pourtant éclairante : conversio, ce mot latin exprime un mouvement de rotation sur soi-même, de retournement et donc de changement de point de vue ; ainsi fonctionne le labyrinthe.

  La conversion implique un changement radical, par exemple dans l’appréciation des rapports à l’autre : celui-ci n’est plus mon esclave, ma chose, mais c’est moi qui suis à son service. Il n’y a plus de dominant et de dominé(e) ; c’est ainsi que Lou Andrea Salomé voyait le rapport conjugal : l’un et l’autre sommes face à face, mais à genoux. La conversion dans la perspective de l’Évangile est une source d’amour et de détachement. Elle est une grâce qu’il faut demander jour après jour. Il arrive en effet que la route soit barrée par un problème existentiel sérieux ; celui-ci parfois surévalué se dresse comme un mur lisse, infranchissable ; tout le champ de conscience est capturé par l’obstacle qui fascine. On est dans l’impasse.

  Dans cette situation, j’évoque toujours « la nasse » et « l’impasse ». La nasse en effet est un piège mortel. Le poisson pris ne peut s’en sortir ; au contraire dans l’impasse, face au mur, il est toujours possible de sortir par où l’on est entré. Nous retrouvons ici la réalité de la conversion, du retour sur soi-même, du retour à la vie… Un proverbe tiré de la Sagesse africaine exprime à sa manière la conversion, le retournement : « Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. »

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