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5. Où est le tout-puissant qui fait des merveilles ?

Indiscutée pendant des siècles, la toute-puissance de Dieu pose problème à beaucoup de nos contemporains. Louis Pernot montre qu’elle correspond souvent à une erreur de traduction.

Trop souvent on lit dans la Bible ce qu’on veut y trouver, et nos traducteurs lui font dire leurs propres opinions discutables.

 C’est ainsi que dans les traductions habituelles, Marie rend grâces dans le « Magnificat », en disant : « Le tout-puissant a fait pour moi des merveilles ». Formidable, Marie célèbre donc bien le Dieu « tout-puissant » que l’on enseigne dans les catéchismes bien-pensants. Mais doit-on vraiment penser Dieu comme « tout-puissant » ? Cette appellation est étrangère à l’Ancien Testament hébreu, et dans le Nouveau, on ne trouve « pantocrator » nulle part (sauf dans Paul citant les Septantes *, et dans l’Apocalypse où cela peut s’expliquer).

 Quant à Marie, elle ne loue absolument pas le « tout-puissant », mais celui qui est appelé en grec : « O Dynatos », c’est-à-dire « le puissant ». Or que Dieu soit « puissant » personne n’en doute, qu’il soit « toutpuissant » est une autre affaire.

 En fait, cet attribut : « pantocrator » n’apparaît que dans l’antique traduction grecque des Septantes pour traduire « Adonaï Sabbaoth » : « L’Éternel des Armées », expression désignant le Dieu des « armées célestes », c’est-à-dire des étoiles, du cosmos. « Pantocrator » désigne donc non pas le « tout-puissant », mais celui qui a « puissance sur tout », le Dieu universel.

 La traduction Segond a fait un pas de plus dans l’intoxication théologique. Elle utilise en effet, elle, l’expression « tout-puissant » pour traduire un autre nom de Dieu : « El Shaddaï » pensant que cela venait d’un verbe signifiant : « dévaster ». Mais cette étymologie est sans doute fausse, et quand Dieu est appelé « Shaddaï » il n’est jamais question d’un Dieu violent, puissant ou destructeur, mais au contraire d’un Dieu doux, maternel, aimant. Les Septantes ne s’y étaient pas trompés et ont simplement rendu « Shaddaï » par un possessif : ce « Dieu shaddaï », c’est « mon Dieu », « votre Dieu », c’est un Dieu relationnel, proche, aimant et fécondant.

 Il n’y a donc pas vraiment de Dieu « tout-puissant », dans la Bible. Et en tout cas pas du tout dans le Magnificat. Marie, elle, loue un dieu « fort», « capable », et peut-être plus encore un Dieu « Shaddaï », ce Dieu maternel qui donne la fécondité. N’est-ce pas ainsi que Dieu agira dans la vierge Marie ? *

  • * La Septante : version en grec de l’Ancien Testament. La légende raconte que soixantedix traducteurs juifs auraient fait séparément à Alexandrie, au IIIe siècle avant J.-C., des traductions identiques de l’Ancien Testament de l’hébreu en grec. Mosaïque byzantine représentant le Christ Pantocrator à la Cathédrale de Monreale, Sicile. Photo Wikimedia 5. Où est le tout-puissant qui fait des merveilles ?

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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