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Un beau récit d’accueil

Comme le dit l’anthropologue Michel Agier, auteur d’un livre récemment paru sur l’hospitalité : oui, c’est difficile d’accueillir chez soi une personne différente, dans son apparence parfois, dans son langage, sa culture, ses habitudes. C’est pourtant ce qu’ont fait Émilie, Fabrice, et leurs deux fils. Ils ont accueilli pendant neuf mois Reza, un jeune Afghan de 21 ans, dans leur appartement parisien de 73 mètres carrés. Reza a fui son pays à l’âge de 12 ans, après l’assassinat de son père. Il a traversé l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Albanie, puis il a rejoint la Norvège caché sous un camion. Après quatre ans en Norvège, il n’a pas obtenu le droit d’asile et a dû fuir à nouveau.

Arrivé en France, il a finelement obtenu ce droit ; il est suivi par le Samu social et il a un contrat de travail d’un an comme agent d’entretien dans une crèche.

Émilie de Turckheim décrit, avec poésie et humour, les difficultés et les joies de l’accueil, son affection pour Reza, les problèmes de communication dus à la langue.

Très vite, elle apprend que Reza est certainement « le seul Afghan à avoir un père afghan musulman, une mère tadjike chrétienne, à s’être fait baptiser en Norvège, et à se retrouver accueilli chez une Française qui se rend chaque dimanche au temple protestant ».

Émilie est bouleversée par la solitude de Reza et une question la taraude : où est la mère de Reza ? Un jour la confidence surgit : « Reza nous parle du jour où il a passé la frontière entre la Turquie et la Grèce. Il avait rendez-vous avec sa mère. Ils avaient décidé de partir ensemble en Europe. Il l’a attendue des heures. En vain. Il ne l’a jamais revue ».

Pourquoi ce titre Le Prince à la petite tasse ? Émilie et Reza prennent souvent le thé lorsqu’il rentre du travail. « Reza verse toujours le thé dans de fines tasses décorées à la main qui constituent notre seule vaisselle précieuse. Reza est le Prince à la petite tasse. Celui qui a pris ses repas dans la boue des camps de réfugiés, et qui, arrivé chez ses hôtes, ne peut boire son thé que dans une tasse de fine porcelaine, redevient le prince qu’il n’a jamais cessé d’être.

Comment le Prince à la petite tasse A-t-il pu supporter toute cette crasse ? »

Le lecteur découvre la vie d’Émilie et Fabrice, des enfants, les vacances avec Reza chez les parents d’Émilie à Antibes, les attentions délicates de Reza envers ses hôtes, sa générosité envers les autres migrants.

Au bout de neuf mois, Reza obtient un poste d’agent d’entretien dans un lycée des Yvelines. Les trajets depuis le quartier latin sont très longs et fatigants. Le directeur de l’établissement propose à Reza une chambre gratuite dans l’internat du lycée. Lorsqu’il quitte Émilie et sa famille, il leur exprime évidemment sa reconnaissance :

« Merci. Merci beaucoup. Pardon pour toutes les fois je ne pas compris ».

Un livre agréable à lire, émouvant, dans lequel se croisent les existences des accueillants et de l’accueilli.

Émilie de Turckheim, Le Prince à la petite tasse, Paris, Calmann-Lévy, 2018, 198 pages.

À propos Jeannie Persoz

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a été ingénieure chimiste pendant 23 ans avant de se consacrer à des activités bénévoles, dans sa paroisse (organiste amateur), et dans des associations telles que Fréquence protestante dont elle a été présidente pendant 5 ans, SOS Amitié et les Visiteurs de prison.

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