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Un roman policier décalé

On ne connaîtra jamais le nom du pronom « je » qui court durant tout le livre. On saura qu’il est un homme, marié, qu’il a deux enfants et qu’il a laissé sa famille pour enquêter, dès le lendemain de Noël, sur le vol – pardon, l’enlèvement – du petit Jésus de la crèche d’un village enneigé, dans l’Est de la France. Un enquêteur, choisi pour ses émoluments modestes par le père Steiger et le sacristain monsieur Beck, deux énergumènes inquiets – le sont-ils vraiment ? – de la disparition de ce santon qui fait la gloire de la décoration de la place du village. L’enquêteur, qui restera anonyme, se retrouvera dans une chambre d’hôtel, dans laquelle le peintre continue de refaire les peintures, tout en mangeant dans son lit des sandwichs à la mortadelle, une hôtelière au sourire ravageur, une vendeuse de chaussures astucieuse et un enquêteur qui oscille entre l’indécision, le manque d’assurance, la délicatesse. Un anti-polar burlesque, absurde, au service d’une enquête loufoque dont l’inutilité meuble la vie de notre enquêteur anonyme et fuyant. Un privé reconverti. Les personnages secondaires, habitent le roman et gravitent autour de notre enquêteur en perpétuel désarroi. L’humour surgit dans le paradoxe créé par la fatuité, le sérieux du privé sans identité et l’événement de la trêve hivernale. Le privé tient son journal, quotidiennement, et ce sont ses aventures qu’il nous décrit, ses déboires depuis le moment de son arrivée à la gare de la ville, jusqu’à la résolution de son enquête. Un récit tel que notre enquêteur nous le raconterait quelques jours après son intervention dans ce village désemparé de n’avoir plus de petit Jésus dans la crèche de la place du village. Qui a bien pu commettre cet enlèvement ? Et notre détective d’avancer, mais aussi de se perdre dans ses soucis d’hôtellerie. Ce sont ces accumulations de détails, ces détails de la vie qui entourent l’enquête qui mènent l’histoire – mais en est-ce une ? – de la chasse au kidnappeur par ce détective imprévoyant au froid mordant, et à la neige qui lui glace les orteils dans ses chaussures de ville. L’auteur, Joël Egloff, né en 1970, écrit des nouvelles, des romans et est adepte de l’humour noir.

Joël Egloff, J’enquête, Paris, Gallimard, 2017 (2016), 240 pages.

À propos Guylène Dubois

entrée au comité de rédaction en 2014, fut bibliothécaire puis libraire. Elle travaille aujourd’hui dans l’univers radiophonique.

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