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Contestations et dialogues des étudiants

Il n’est pas facile déchiffrer le sens des événements très proches de nous ! Comment lire la signification de la « révolte des étudiants » et leurs « contestations » ? Quels aspects positifs retenir des drames et des espoirs ?
L’insertion et le rôle des meneurs dans ce mouvement, les folies déchaînées de la violence, l’exploitation sociale intéressée d’un élan idéologique ne doivent pas nous faire oublier les problèmes réels à l’origine de cet immense mouvement d’opinion. On ne saurait confondre la lame de fond et l’écume de surface sans graves conséquences.
Il semble que l’origine du bouleversement ait eu son épicentre dans l’action des étudiants. De tous les temps les étudiants ont rêvé de refaire le monde. Avant de s’engager dans la vie professionnelle et ses attaches, ils rebâtissent la société sur une table rase. Le plus souvent cette « déconstruction » et cette reconstruction restaient verbales ou traduites en agitation sans efficacité sur l’extérieur. Aujourd’hui cette volonté a trouvé un large écho en France, en Europe et dans le monde. C’est déjà un élément positif que cette prise de conscience par les jeunes du caractère planétaire de leurs aspirations culturelles et sociales. En cela les « intellectuels » sont des réalistes, parce qu’ils aperçoivent les réalités au delà des frontières.

Certains étudiants veulent bousculer l’ordre présent ? Sont-ils condamnables ?
Durant des siècles les vérités prêchées dans les Eglises étaient les seules formes d’espérance des hommes de l’Occident : résurrection charnelle, attente d’événements catastrophiques de la fin… Pourtant mouvements d’idées philosophiques et bouleversements sociaux, réflexion théologique et critique biblique ont conduit les hommes à rechercher leur espérance hors des formules doctrinales périmées. La forme de l’espérance a certes un aspect individualiste mais elle a aussi confiance dans les paroles de Jésus « que la volonté de Dieu se fera sur la terre comme au ciel ». Les chrétiens devant ces formulations sociales vont-ils s’opposer systématiquement à cette espérance de justice humaine, dénigrer ses efforts et ridiculiser les résultats ? La Réforme du XVIème siècle a été le printemps d’une nouvelle ère spirituelle au milieu du renouveau artistique, littéraire et scientifique de la Renaissance. La Réforme en France a compté parmi ses plus fervents adeptes les personnalités qui incarnaient ce réveil de la pensée et des découvertes de la connaissance. La Réforme a été le moteur spirituel de cet élan de foi humaine. Les protestants qui savent combien l’Evangile insiste sur la nécessité de « naître de nouveau » ne sauraient faire grief à des jeunes de remettre en question une société trop souvent basée sur la consommation et les féodalités établies. Ils n’ont pas peur du nouveau, ils l’accueillent et le préparent.

Le chrétien libéral, en particulier, cherche dans les autres religions ce qu’elles contiennent de vérité divine : la Parole a répandu des graines dans les sillons du sol non biblique et non chrétien au sens strict.
Ne devons-nous pas chercher aussi dans les religions modernes, c’est à dire les idéaux sociaux ce qui pourrait traduire l’espérance de Dieu pour les hommes d’aujourd’hui ? Cette parole de Dieu peut revêtir un aspect « laïque » mais elle n’en est pas moins la poussée de l’Esprit qu’il faut reconnaître, saluer et entretenir.

Les questions posées par certains étudiants – qui on parfois conduit à un flot de verbalisme – naissent du besoin de dialogue de cette génération. A tort ou à raison certains jeunes se sont sentis frustrés parce que peu écoutés ou interrogés sans laisser percer, devant leur idéalisme, un hochement de tête de la part de leurs interlocuteurs.
La forme de notre enseignement prépare-t-il les jeunes et les adultes à oser s’exprimer calmement et à savoir le faire, à discuter les problèmes de la vie en société et en accepter les obligations ?
Etudiants et professeurs ont eu possibilité d’entretiens et de travail en commun. Souvent d’excellentes conclusions sont sorties de cette collaboration et des idées créatrices.
Alors aussi restera le dialogue entre les étudiants, souvent la classe privilégiée, et les classes déshéritées sur le plan de la culture.
Le dialogue entre les générations n’est pas facile. Les jeunes sont enclins à nier la valeur de l’expérience. Ils acceptent mal les tyrannies des contraintes sociales modernes et n’ont pas été habitués aux disciplines personnelles. Mais de bien des façons ils manifestent ce désir de s’entretenir avec leurs aînés.
La crise actuelle nous invite à retrouver le sens du dialogue. L’Eglise sous prétexte de ne pas vouloir entrer dans la complexité des problèmes économiques et sociaux ne peut pas s’enfermer sur elle-même, ses liturgies et sa réflexion théologique abstraite. Jésus a toujours accepté la discussion (sauf sur la question de droit d’héritage matériel …) parce qu’il a vécu vraiment la vie concrète de ses contemporains. L’incarnation ne peut pas ne pas poser les problèmes de l’affrontement de l’Esprit et de la chair.
Et la vie chrétienne basée sur la prière pourrait-elle se passer de dialogue ?

Christian Mazel

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