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Le christianisme a le droit d’être intelligent !

 

Contrairement à ce que disent si souvent ses détracteurs laïcards radicalisés. Encore récemment, un article dans un quotidien ô combien sérieux, Le Monde, comparait la foi en Dieu et la croyance au Père Noël, croyance stupide donc, du moins infantile, qu’il nous faut résolument abandonner. Au moins, nous sommes d’accord sur ce point : si votre Dieu est le Père Noël, grandissez !

Je ne sais pas ce qu’auraient pensé Platon ou Aristote de ces propos insultant leur travail, eux qui avaient développé de manière si rigoureuse une « métaphysique », c’est-à-dire une affirmation de la transcendance qui dépasse le réel… Le protestantisme libéral en particulier se sent héritier de cette exigence de rigueur et de raison. Bien sûr, il ne prétend nullement à un monopole de l’intelligence. Au contraire, il appelle chaque croyant, quelle que soit sa sensibilité, à rechercher l’argumentation en débat plutôt que le dogme refermé sur lui-même. Notre époque exige ces dialogues. Notre modernité consiste à penser que toute conviction, avec ou sans Dieu, devient obscurantiste, et donc s’éloigne des Lumières, dès lors qu’elle pratique le jugement, l’exclusion, plutôt que le débat.

Ce débat n’est pas nécessairement fait pour convaincre l’autre. Le but ultime de tout dialogue (au sens étymologique de la « parole qui traverse ») est bien de se laisser « traverser » par la critique de l’autre et, du coup, d’affiner ses propres arguments. Soyons honnêtes : rien n’est plus ennuyeux que d’être d’accord sur tout. Rien n’est plus dangereux, car cela nous mène à une uniformisation déshumanisante de la pensée. L’ouverture aux autres n’est pas une facilité ; c’est une haute exigence de la raison. Alors oui, nous plaiderons toujours pour une intelligence de la foi. Et nous la déclinerons au pluriel

 

À propos Jean-Marie de Bourqueney

est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il participe à la rédaction et à la direction du journal. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

3 plusieurs commentaires

  1. contact@bibletude.org'

    Merci pour ce rappel. Que de blessures le dogme n’a-t-il pas causées…

    Essayez d’appréhender “la trinité” d’une manière compréhensible, on vous répondra par un dogme qui ne doit pas être discuté.

    Essayez d’expliquer que le terme “la Parole” attribué à tout va et sans discernement aux Écritures ressemble étrangement à une 4ème personne de “la trinité”, on vous parachutera le dogme de “l’inerrance de la Bible” pris dans son sens le plus étroit.

    Etc. Combien de dogmes ad hoc ne nous a-t-on pas présentés, juste pour masquer une ignorance que l’on refuse d’admettre (ou une ignorance que l’on ignore…).

    Voilà pour l’esprit “religieux” pris dans son sens péjoratif.

    Concernant les journalistes laïcards, je suis frappé par leur manque de culture, par la confusion qu’ils font entre foi et superstition ou contes de fées – c’en est devenu pathétique.

  2. pierre.feriaud@sfr.fr'

    Nous sommes devant un phénomène beaucoup plus profond. La philosophe Chantal Delsol parle d’une dictature de l’émancipation sur l’enracinement.
    C’est cette doxa actuelle diffusée par la plupart des médias, et pas seulement le monde, qui tend à faire table rase de nos racines pour créer un nouveau monde utopique au nom de l’émancipation totale. C’est un cheminement vers un troisième totalitarisme après celui du nazisme et du communisme.
    (Malheureusement nos médias protestants vont parfois dans ce sens).
    Sa meilleure arme est la dérision, et les médias ne s’en privent pas. Se moquer est beaucoup efficace pour exclure que dialoguer ou affronter.
    Oui on a besoin de s’unir pour défendre notre enracinement. Puisse les Eglises le comprendre enfin!!!

  3. w.varoquaux@wanadoo.fr'

    Hypothèses sur la naissance du christianisme, de Jacques GIRI.

    Je suis très critique sur la fin des réflexions de Jaques GIRI, que m’a transmises Henri PERSOZ.
    Je pense que Pierre, le premier pape, et ses successeurs n’ont eu de cesse d’aller à la convergence pour aller à une église une, unique et puissante.
    C’est d’ailleurs comme cela qu’il faut comprendre la prière “Notre Père” : éviter, à tous prix, la multiplication des sectes au delà d’une religion puissante : la lutte contre les multiples hérésies au début du Christianisme par la torture, sans doute avec l’acquiescement de l’Eglise

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