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Retrouver le silence dans un monde de bruit

 

Hegel écrivait que la lecture du journal du matin est une sorte de prière matinale réaliste. Peut-on prolonger cette réflexion en disant que le smartphone, le magazine people ou la télévision ont remplacé aujourd’hui la prière du matin et celle du soir ? Des théologiens ont tenté d’arranger les choses en disant qu’un chrétien devrait tenir la Bible dans une main et le smartphone dans l’autre. Mieux encore, la solution ne serait-elle pas de lire la Bible sur son smartphone ?

Dans la culture actuelle, il y a difficulté non seulement à lire mais aussi à se recueillir. À pratiquer l’hésychia (quiétude) ou la prière de Jésus (« Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur »), la doctrine spirituelle si caractéristique pour l’orthodoxie. Parce que la société d’aujourd’hui est en train d’endormir les hommes au lieu de les éveiller. Autrefois dans les villes et les paysages urbains, tout était mis en œuvre pour éveiller l’homme ; il suffisait de tourner le regard vers le haut, de contempler. Dans La Cité de Dieu, le projet de saint Augustin est de mettre l’homme intérieur à la base de la polis (la cité). Aujourd’hui cependant, dans les banlieues surplombées par ces constructions de trente étages, il est tellement difficile de contempler ou de rester éveillé dans un monde de bruit.

La tâche du christianisme ne consiste-t-elle pas de plus en plus à aider les hommes à retrouver le silence ? Comment ? En approfondissant l’homme dans son existence la plus réelle. Et cela essentiellement par la culture, mais par une vraie culture. Et puis par la prière : nous pouvons nous accorder tous les matins et soirs, porte fermée, smartphone en mode silencieux, quelques minutes de silence, ne serait-ce que trois. Nous devons distendre notre relation au temps, prendre, de loin en loin, le temps de nous étonner, de « faire eucharistie (c’est-à-dire action de grâce) en toutes choses » (1 Th 5,18) comme le demandait saint Paul. Nous éveiller au miracle d’exister (les êtres, les espaces, soi-même) et cet éveil même est lumière de Dieu, rappel qu’il se révèle en se cachant, qu’il est mystère et amour.

 

À propos Goran Sekulovski

né en 1978, enseigne la patrologie à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris ainsi que l’histoire de l’Église et la théologie à l’Institut supérieur d’études œcuméniques, Institut catholique de Paris. Il a obtenu un poste de post-doctorat d’un an à l’Université de Genève, Faculté de théologie protestante, pour travailler sur le dialogue islamo-chrétien à partir de septembre 2015.

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