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LA RÉSURRECTION DE JÉSUS De quoi s’agit-il

Michel Leconte
La résurrection de Jésus n’est pas, en elle-même, un fait historique. Le seul fait qui soit incontestablement historique est la proclamation de la résurrection par des apôtres et leur témoignage. Les récits d’apparition que l’on trouve dans les évangiles ne rapportent pas des faits, ce sont des proclamations de foi mises en forme de récits.

Dire que Jésus est ressuscité ou, plus exactement, « qu’il a été ressuscité » (par Dieu), c’est dire, en s’exprimant de façon abstraite, qu’il appartient désormais à la transcendance de Dieu, qu’il vit désormais de la vie même de Dieu, il n’est plus ici dans notre monde. Dire « Jésus est vivant, qu’il est ressuscité, est une affirmation de la foi et non un fait empirique. La résurrection est d’ailleurs exprimée par des verbes différents pour balbutier ce dont il est question : se mettre debout, se réveiller ou des termes tels que vie : « pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » (Lc 24, 5), d’exaltation à la droite de Dieu, de glorification, d’élévation aux cieux de celui qui a connu l’abaissement de la crucifixion. Le terme de résurrection qui traduit les verbes grecs égeirô « éveiller, se lever, ériger » et anastasis « mettre debout, surgir » est en fait un mot technique utilisé traditionnellement par l’Église, mais celui-ci prête à confusion, car il évoque spontanément chez beaucoup de croyants la reviviscence miraculeuse d’un cadavre, fut-il métamorphosé.

En un premier sens, dire que Jésus est ressuscité, c’est dire que Jésus continue à vivre à travers son message et son œuvre de manière semblable à Mozart qui continue à vivre à travers sa musique. Christ, c’est un peu le terme pour désigner cette musique spirituelle que nous a laissée Jésus. Ce sens purement symbolique n’est pas à rejeter, c’est une première explication à laquelle toute personne, même non croyante, peut souscrire, c’est sur ce terrain que peut s’enraciner la foi en une résurrection de Jésus.

Les disciples partageaient déjà avec les pharisiens la croyance en une résurrection « au dernier jour », à la fin des temps. Mais face au signe de contradiction que constitue la mort de Jésus sur la croix comme un abandonné de Dieu, la structure de la première prédication a consisté à dire ceci : « ce Jésus que vous avez injustement condamné, Dieu l’a justifié en le ressuscitant d’entre les morts » (cf. Ac 2, 22-36). La résurrection est d’abord perçue dans l’esprit des apôtres comme une intervention de Dieu qui renverse le jugement des hommes et justifie son serviteur en même temps qu’elle les remet eux-mêmes debout et leur redonne joie et espérance. En terme moderne, cette résurrection peut être conçue comme l’identification de Dieu à Jésus, son Fils, le grand « oui » de Dieu à Jésus.

Certes, les disciples et Paul affirment que Jésus « a été vu par Céphas, puis par les douze. » (1 Co 15, 5) le verbe voir est au passif. Alors, quelle a pu bien être leur expérience ? Ils n’ont rien rapporté de celle-ci, mais il me semble possible de dire moins ceci : à partir d’un certain temps et après un moment de désarroi total et d’obscurcissement de leur foi, Jésus fut intensément perçu comme spirituellement présent parmi ses disciples, mais présent d’une manière très différente du temps de sa vie terrestre. Ils ont fait l’expérience que, d’une certaine manière, Jésus reprenait l’initiative de la rencontre. Cela fut pour eux, répétons-le, une expérience spirituelle profonde et non la simple constatation que Jésus avait miraculeusement et corporellement repris vie. Jésus avait cessé d’être une personne historique qui vit à l’intérieur du monde. Les récits d’apparitions que rapportent les évangiles ne doivent pas être lus littéralement, mais selon leur signification profonde. Dans ces récits, le plus important n’est pas nécessairement ce qui est le plus évident.

Alors que s’est-il passé ? Je pense que nous n’aurons jamais de réponse précise à cette question. Les apôtres n’ont jamais rapporté ce qu’ils avaient vécu, même Paul est fort discret sur son expérience (Ga 1, 12 et 15-17). En tous cas, je ne crois pas que Jésus se soit présenté aux disciples d’une façon objective et contraignante qui les aurait en quelque sorte obligés à admettre sa résurrection, je pense que c’est dans la foi, qu’ils ont pu croire en la résurrection et que ce fut probablement au terme d’une relativement longue expérience spirituelle, même si on peut penser que quelque chose s’est produit et a déclenché leur prise de conscience initiale. Peut-être quelque chose de l’ordre d’un « insight » soudain, d’une brusque levée des ténèbres psychiques dans lesquelles ils étaient plongés depuis le choc de la crucifixion de Jésus, quelque chose qui a remis leur être et leur pensée en mouvement ? Il est aujourd’hui impossible de saisir ce que put être cette expérience, mais tout indique que ce fut certainement pour eux une révélation : la révélation que le Dieu d’Israël prenait partit pour ce Jésus, pourtant condamné pour blasphème par les plus hautes instances religieuses et pour sédition et trouble à l’ordre public par le préfet romain Ponce Pilate.

La relecture des Écritures leur a peu à peu rouvert un espace de sens : les prophètes assassinés, le serviteur souffrant d’Isaïe 53, les psaumes, les prophètes, ces textes et traditions ont parlé aux disciples quand ils les ont rapprochés des événements vécus et quand ce que Jésus avait dit et fait est remonté à leur mémoire. Les disciples ont dû faire l’expérience que c’était comme si Jésus lui-même venait relire les Écritures avec eux comme il l’avait fait jadis. Jésus, pensaient-ils, semblait venir lui-même trouer les ténèbres dans lesquelles ils se trouvaient plongés, dissiper leurs doutes, les mobiliser à nouveau, pour les envoyer en mission proclamer la Bonne Nouvelle.

Évidemment, les non-croyants pourront toujours penser que les apôtres ont été victimes de leur désir, qu’ils ont été la proie de leur imagination exaltée. Mais demeure, de toute façon, la prédication de Jésus dont nous parlent les évangiles, cela restera toujours pour moi le plus positif. La cause de Jésus vaut toujours et il vaut la peine d’en prendre le relais, de continuer à en vivre et à la faire vivre dans l’esprit de ce qu’il a voulu et vécu. Il me semble que les symboles de résurrection, glorification, exaltation essaient de signifier qu’en Jésus, quelque chose de la puissance de la vérité et du sens du monde et de cette réalité ultime qu’on appelle Dieu, s’est vraiment exprimé en cet homme.

Je comprends que les disciples aient pu dire que Jésus était mort « pour nous », pour que nous puissions vivre de sa foi comme Martin Luther King est mort pour ses frères noirs et Gandhi pour la réconciliation des hindous et des musulmans. Dans la mesure où l’Évangile nous inspire, nous pouvons dire, avec les premiers disciples : Jésus est mort pour nous. Je pense que si Jésus n’était pas mort de cette façon-là, sa mémoire n’aurait pas pu être gardée aussi vive. Jésus est devenu pour nous ce qu’il est, parce qu’il a été assassiné et que sa mort confirme par le sang la logique de sa vie.

La résurrection, « c’est affirmation, une affirmation prodigieuse, inouïe de la Vie, le Christ est commencement et naissance de la vraie humanité, la grande victoire sur la Mort, pas seulement la fin biologique, mais cette grande Mort qui hante la naissance même. » La résurrection, « c’est bien la puissance venant en nous, capable d’éteindre la fascination de la Mort et les délires où se défait l’homme, ce mortel. N’est-ce pas d’entendre la voix de la mère et la parole du père que l’enfant entre en humanité ? Mais la Parole, ici, est celle du Père tout-puissant ! » (Maurice Bellet, « Si je dis Credo », Paris, 2012.)

 

 

 

 

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À propos Gilles

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a été pasteur à Amsterdam et en Région parisienne. Il s’est toujours intéressé à la présence de l’Évangile aux marges de l’Église. Il anime depuis 17 ans le site Internet Protestants dans la ville.

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