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Don Quichotte et la crise du construire ensemble avec l’islam

Les récentes actualités en France ont ouvert une dangereuse boîte de Pandore, où l’émotivité phagocyte le champ de la rationalité. Il s’agit pourtant de continuer de comprendre pour dépasser ensemble les douleurs de l’événementiel. La connaissance mutuelle reste donc la clé de voûte des apaisements et notamment avec les citoyens de confession musulmane. Reste que la compréhension des principes et des pratiques musulmans continue de faire cruellement défaut, autant que les apports pragmatiques permettant de dépasser les méfiances réciproques et les controverses stériles. Des instruments pour une politique efficace et adaptée à la prévention des actes radicaux doivent s’envisager, à juste titre, ceci sans créer de la confusion, de l’essentialisation ou de l’amalgame. Mais force est de constater que la saturation du discours sur l’islam reste proportionnelle au degré de sa méconnaissance. Notons que si beaucoup perçoivent les musulmans comme un problème, ils font pourtant bien partie de la solution. Le pari de la confiance est loin d’être gagné et un climat de crise majeure constitue un terreau favorable à l’entretien d’imaginaires galvaudés. Le cliché mental est ainsi mis au diapason avec la violence du réel. C’est précisément dans ces turbulences accrues que doivent malgré tout perdurer les sorties des ghettos mentaux, sociaux et culturels. Il convient donc de plaider pour des rencontres transformatrices où s’entretient le corps social, sans angélisme stérile, ni diabolisation à tout va. Le dilemme entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est engagé. Dans les Nouvelles Peurs (2013), le sociologue Marc Augé pointait du doigt que si nous pressentions l’urgence, nous constations tout autant notre impuissance à agir. L’histoire du temps présent est traversée par ces crises castratrices, mais le possible reste une donne de l’équation. L’entretien médiatiquement lucratif de la peur n’a pas encore fini de poindre le bout du nez, mais il ne faudra pas cesser d’espérer, tel un Don Quichotte dans l’hypermodernité.

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À propos Farid El Asri

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est anthropologue et islamologue (à Rabat et à Bruxelles).

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