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Cercle montpelliérain (34) Montpellier

Réunion du 8 novembre 2014

Chers amis,

Veuillez trouver ci-dessous :

le compte-rendu des débats et questions de notre réunion

Comme d’habitude nous avons essayé de transcrire, le mieux possible, les interventions des personnes présentes à la réunion.

– Penser et croire ou bien croire et penser ? Y a t-il une chronologie ? dans quel ordre ? Les deux ordres se conçoivent.
– Sur les questions concrètes n’y a-t-il pas presque toujours une part plus ou moins grande de « croire » dans ce que l’on « pense » ? Inversement dans l’ensemble de ce que l’on « croit » n’y a-t-il pas très souvent une part de « pensée » ?
– En astronomie on a longtemps fêté les lois de Kepler comme une victoire du « penser ». On y a « cru ». Par la suite on s’est aperçu que ces lois n’étaient que de bonnes approximations de la réalité. Actuellement certains fêtent la relativité comme une nouvelle victoire du « penser », d’autres, plus circonspects, hésitent entre « penser » et                « croire », d’autres encore attendent la suite…
– Dans une même vie, il y a souvent des va et vient entre le « plutôt croire » et le « plutôt penser ».
– Quelqu’un insiste sur le penser d’abord : exemple de Salomon qui demande la Sagesse à Dieu, c’est à dire l’intelligence.
– Croire sans chercher à penser est dangereux.
– C’est une pulsion adolescente qui pousse à croire tout et n’importe quoi, pourvu que cela soit extrémiste, et de le croire sans discernement. Cela peut amener au fanatisme religieux. Une foi adulte réfléchit, exerce la raison, l’esprit critique.
– Quand nous pensons nous développons un processus qui avance en s’appuyant sur des faits certains, mais aussi sur
des faits probables ou des faits crédibles et auxquels nous croyons.
– Nous sommes tous conditionnés en grande partie d’une part par ce que nous avons appris quand nous étions enfant de toutes sortes de sources (les aléas de la vie, les parents, la culture ambiante, les traditions, l’école, le KT, …) et d’autre part par le rejet partiel de cet héritage lors de l’adolescence. A l’âge adulte nous ne nous libérons que partiellement de ce fardeau. La devise pourrait donc être : « Essayons de penser et de croire librement »
– Dans son article André Gounelle écrit : « La Bible n’autorise pas tout. Il existe des discours qu’elle interdit…. ». Si on se fie à la Bible de cette façon-là on ne peut donc pas complètement « penser et croire en toute liberté ». Il faudrait probablement nuancer la maxime d’Évangile et Liberté, par exemple en disant « presque en toute liberté ». Mais ce n’est pas dans le style des maximes que de nuancer leur propos. Cela leur ferait perdre toute leur vigueur.
– Quand on prétend opposer « l’autorité de la Bible » et la maxime de la revue E & L ne veut-on pas opposer cette maxime non à la Bible dans sa diversité, mais à un ensemble restreint de versets bibliques interprétés de façon, elle aussi, très restrictive ?
– Il ne faut pas opposer systématiquement athéisme et croyance. Les athées croient aussi en des affirmations indémontrables et parfois même assez peu probables (par exemple que les très subtiles lois de fonctionnement de l’univers sont dues au hasard). Pour athéisme on cherche d’autres mots : agnosticisme, indifférence, conception du monde sans croyance, anti-théisme, incroyance, scepticisme…
– La foi excède la pensée. L’Évangile est, pour l’un, une “révélation” de Dieu qui amène au Christ, pour un autre, au contraire, il y a d’abord la rencontre de Jésus au travers des textes bibliques, de prédications, de lectures, d’échanges,
ce qui amène à Dieu.
– On souligne la pluralité des religions, la nécessité du respect de toute croyance, de l’écoute de l’autre, l’idée que divers chemins mènent à Dieu, qu’il y a peut-être (ou qu’il aura) d’autres christs…
– Mais pourquoi chercher ailleurs ? Ne faut-il pas d’abord creuser l’héritage qui nous a été transmis ou donné, avancer sur les chemins qui se présentent à nous, garder l’esprit critique, percevoir nos limites et celles des autres…
– La croyance “patchwork”, l’universalisme sont à éviter.
– Nécessité absolue de développer l’éducation à la raison.
– Notre liberté de penser et de croire est aussi limitée par notre inconscient. Les psychanalystes nous apprennent qu’il faut de nombreuses séances de psychanalyse pour lever nos barrières intérieures qui nous empêchent de penser et de croire librement. D’autres méthodes que la psychanalyse existent.
Mme Sylvie Queval conclut en disant que :
« Penser et croire en toute liberté » ne nous est pas « donné au départ » mais « à conquérir progressivement » à force de travail de réflexion et de remises en question.

Le mot de la fin est donc : ” Continuons à progresser vers le penser et le croire en toute liberté”

Dominique Galup et Robert Meyer


 

–  le texte de l’intervention de Mme Sylvie Queval lors de notre réunion

« Penser et croire en toute liberté » est le slogan de la revue Évangile & Liberté depuis 2008. Un concours avait été ouvert aux lecteurs en décembre 2007 et c’est cette formule qui avait alors retenu le choix des rédacteurs, elle est due à Monsieur Bard et elle figure toujours en bonne place sur chaque couverture de la revue. L‘éditorial de Laurent Gagnebin du numéro 279 de mai 2014 la méditait. Ce texte s’inscrit dans sa continuité.

Penser et croire en toute liberté
Réflexion sur une maxime

Penser, croire, deux verbes qu’on oppose le plus souvent.
Penser suppose l’usage de la raison, de l’intellect. Le penseur – celui de Rodin en est la meilleure image – est représenté comme en train de s’interroger, réfléchir, douter, peser et soupeser les arguments ; la pensée passe pour laborieuse voire douloureuse.
Croire, c’est donner son adhésion à un jugement ou un propos sans demander d’explication et parfois même en les refusant. Un « je vous crois » épargne tous les arguments et raisonnements. Le croyant donne acte à celui qu’il croit, il lui donne sa foi, lui fait créance.
Tout semble donc opposer ces deux mouvements de l’esprit, penser et croire. Le langage courant emploie certes parfois un verbe pour l’autre et bien des « je pense que » ne sont que des « je crois que » mais un minimum d’examen rétablit la différence.

Il n’est alors vraiment pas anodin de se donner comme maxime cette formule qui attelle deux verbes apparemment contradictoires en leur adjoignant une modalité « en toute liberté ». L’idéal de liberté n’a rien d’original mais comment peut-on l’appliquer à la fois à la pensée et à la croyance ? Comment peut-on se donner comme objectif de penser librement tout en croyant librement ? Comment tenir ensemble le penser libre et le croire libre ?

*

Croire contre la raison ?

A lire la première Epître aux Corinthiens, on serait tenté de juger irréconciliables la foi et la raison. Les propos de Paul résonnent en nous : « J’anéantirai l’intelligence des intelligents … Dieu n’a-t-il pas confondu la sagesse de ce monde … il Lui a plu de sauver les croyants par la folie de la prédication … » (I, 19 – 21). Ces propos ont servi de justification à tous ceux qui voulurent radicaliser l’opposition foi/raison et faire de l’une l’envers de l’autre. Ainsi Pascal (1623-1662) pose « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce qu’est la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Penser ou croire, il faut alors choisir et la conjonction « et » n’est pas de mise ici aux yeux d’un Pascal.

Pourtant, un passage de l’Evangile de Marc ouvre une voie à la conciliation, il s’agit de Marc 12,
28-34 : un scribe demande à Jésus quel est le plus grand commandement et celui-ci cite, en réponse Deutéronome 6, 4-5 mais avec un léger ajout, il déclare « tu aimeras le Seigneur ton

Dieu, de tout ton cœur (kardia), de toute ton âme (psuchê), de toute ta pensée (dianoia) et de toute ta force (ischus) ». Trois de ces quatre termes reprennent le texte du Deutéronome, le cœur qui désigne le centre de la volonté et des décisions, l’âme qui est la force vitale, le dynamisme et la force qui est puissance. Tout l’intérêt est dans l’ajout du quatrième terme, la « dianoia ». Ce mot grec désigne la réflexion, la pensée qu’on dit « discursive » parce qu’elle passe par la médiation d’arguments successifs pour arriver à ses conclusions.
Ce que Jésus présente comme premier commandement, c’est d’aimer Dieu intelligemment, de façon réfléchie, en se servant de sa raison et pas seulement par un élan spontané du cœur.

Pour bien comprendre cet appel à une foi réfléchie, il faut bien mesurer l’écart entre crédulité et crédibilité. La crédulité nous porte à croire sans réfléchir, elle est la porte ouverte aux superstitions en tous genres, elle gobe tout, y compris ce qui n’est pas crédible. La crédulité accepte une lecture littérale des miracles, une vierge enfante, Jésus marche sur l’eau, multiplie des pains … Elle n’est pas en quête de l’intelligence des textes, de leur sens. Tout au contraire, une foi réfléchie et un amour de Dieu guidé par la « dianoia » s’interrogent sur le sens des récits mythiques et paraboliques, ils font usage de la raison et n’accordent que ce qui est crédible.

Croire n’est pas savoir

Toutefois, refuser une opposition frontale entre foi et raison ne revient pas à ignorer les différences entre elles. Passer d’un extrême (opposition radicale des deux termes) à un autre (confusion des deux) ne réglerait rien.
Parler de « foi réfléchie » ne revient pas à confondre les deux secteurs bien séparés que sont la science et la religion. Il y a un usage scientifique de la pensée qui ne doit rien à la religion. La science s’interroge sur le comment des choses, elle recherche les lois de fonctionnement de l’univers. La religion s’interroge, elle, sur le pourquoi et le pour quoi des choses, elle pose des valeurs, elle est quête de sens. Il n’y a pas à préférer l’une ou l’autre, ce sont deux domaines complémentaires dont l’humanité a également besoin. Confondre science et religion serait, selon l’amusante comparaison de Gilles Castelneau, comme se demander « si les progrès de la médecine font évoluer la musique »
Poser la distinction n’impose nullement de réserver la raison à un seul domaine pour livrer l’autre à l’irrationalisme et à l’obscurantisme. Il ne s’agit que de distinguer deux usages de cette raison qui fait le propre de l’homme.

Une pensée et une foi libres

Cette foi réfléchie dont se revendique notre revue, peut, seule aujourd’hui – croyons-nous – répondre aux objections de l’athée qui se gausse des croyances ridicules et, pire, scandaleuses. Ainsi la croyance en un Dieu tout puissant conduit immanquablement à l’idée d’un Dieu cruel et injuste, à moins qu’il ne soit sadique, un Dieu qui laisse les plus faibles de ses créatures livrées aux pires atrocités. Pour se dire chrétien, faut-il nécessairement faire sien un credo vieux de quelques vingt siècles sans se demander dans quel contexte il a été composé, dans quel univers culturel il est apparu et si ses mots font encore sens ? On tue le christianisme en le figeant dans ses formulations anciennes.

Elle est typiquement là, la liberté de penser et de croire que revendique la revue Evangile &

Liberté, elle est dans ce droit que l’on s’octroie de revisiter des certitudes anciennes en les restituant à leur contexte et donc en en montrant la relativité. Chaque époque doit inventer sa façon de dire sa foi ; une même conviction peut s’exprimer sous bien des figures. Ainsi, pour dire que le message évangélique n’était pas mort avec Jésus, une génération a employé le langage symbolique de la résurrection : Jésus est mort mais sa parole continue de vivre dans le cœur de ceux qui l’ont suivi et écouté. L’usage libre de notre pensée nous délivre de la croyance en un arrière-monde et nous conduit vers une foi libre qui est confiance dans les forces de vie.

L’idée d’associer penser et croire n’est pas nouvelle, l’histoire offre plusieurs exemples de ces croyants qui furent aussi des penseurs (Thomas d’Aquin, Averroes et d’autres) mais le risque est toujours le même : ils dirent leur foi dans le langage de leur époque, avec les concepts de leur temps. D’autres ensuite ont érigé leur pensée en dogme, l’ont figée. Cela menace toute pensée et c’est contre cette tentation de pétrifier la pensée qu’il faut lutter, contre le penchant à faire d’un discours daté une vérité intemporelle.
Le troisième terme de notre maxime – la liberté – prend ici toute sa force : c’est au nom de la
liberté que nous pouvons associer pensée et foi qui semblent inconciliables.

Sylvie Queval


 

Prochaine réunion au temple de la rue Maguelone à Montpellier,  le samedi 10 janvier 2015 à 14h30

Thème : “Jésus pour le XXI° siècle“, selon John Spong, évêque anglican. (article dans le mensuel Évangile et Liberté d’août-septemre 2014, page 16)

Avec les cordiales salutations de tous les membres de notre conseil d’animation

 

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À propos Henri Zwally

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Protestant réformé de sensibilité libérale Membre de l'Église protestante unie de France

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