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Magic in the moonlight

Sous les apparences lisses d’un roman à l’eau de rose, Woody Allen nous livre un conte philosophique dont la morale est contenue dans le titre « Magic in the moonlight », la seule magie qui soit, est celle du clair de lune.

Woody Allen retrouve les années Trente. L’action nous conduit sur la côte d’azur dans la société fortunée où les demeures ressemblent à des décors de théâtre et où la vie n’est d’ailleurs que représentation. Dans ce monde, on apprécie fort le mystère ; le spiritisme fait la fortune de ceux, celles en l’occurrence, qui savent en user. Dans ce monde où le fantastique est monnaie courante, nous accompagnons le personnage central, Stanley, au long d’un parcours finalement initiatique qui va le révéler à lui-même. Prestidigitateur de son état, Stanley prétend ne pas s’en laisser conter. Il connaît les mille et une façons de duper un parterre de spectateurs, de lui faire prendre l’illusoire pour le vrai. Ce n’est donc pas à lui qu’on fera croire que le réel cache quelque mystère que ce soit. Lui qui sait faire apparaître et disparaître un éléphant, refuse radicalement de croire à tout arrière-monde et cultive un matérialisme radical.
magic moonlightLe film est construit comme une pièce de théâtre. Une succession de tableaux met en scène notre héros confronté à diverses situations. Au cœur du film, la scène du clair de lune sert de pivot à l’action. Woody Allen étudie son personnage en entomologiste et pour qu’il n’y ait aucun doute, il le place dans un observatoire. Là, par une belle nuit de presque pleine lune, Stanley s’endort malgré la présence auprès de lui d’une charmante jeune-fille qui n’attend que ses avances. Le romantisme ne le menace pas !
Il faudra à cet homme froid qui se dit pessimiste, faire l’expérience de la crédulité ; il lui faudra être la victime naïve d’une grossière manipulation pour qu’enfin ses yeux s’ouvrent sur lui-même. Ce qu’il apprend c’est que la vie ne vaut d’être vécue qu’en y consentant à une part de magie. Lui, l’orgueilleux, assuré de n’avoir besoin d’aucune part de rêve, comprend finalement ce qu’il a manqué au clair de lune.
Les fréquentes références à Nietzsche sont là pour encore éclairer le spectateur. Bien sûr, le monde n’a pas de sens, nos vies sont sans avenir et le réel ne recèle rien de secret. Et c’est bien pourquoi nous avons besoin de magie, celle du prestidigitateur qui fait rêver, celle de la spirite qui fait espérer, mais surtout celle du clair de lune qui rend amoureux. Dès qu’enfin Stanley a compris cela, son monde s’illumine. Pour sa cuvée 2014, Woody Allen nous livre un film drôle et tendre mais aussi une fable profonde et riche sur ce qui rend la vie vivable. C’est un bien grand philosophe !

Magic in the Moonlight. De Woody Allen, avec Colin Firth, Emma Stone, Eileen Atkins. 22 octobre 2014, 1h38.

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À propos Sylvie Queval

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a été enseignant-chercheur en philosophie à l’Université de Lille 3. Depuis sa retraite, elle anime le cercle Évangile et liberté de l’Aude.

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